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Dans les coulisses du CPE

11 novembre 2007, 00:00

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La correction des épreuves du Certificate of Primary Education (CPE) mobilise nombre d?enseignants et suscite des interpellations chez les parents et les élèves. Comme Maniska Babajee, 11 ans, ils sont environ 27 000 candidats à avoir passé les examens. Mardi prochain et pendant une dizaine de jours, quelque 160 000 copies seront passées au crible par les enseignants-correcteurs du Mauritius Examinations Syndicate (MES).

Après que leur fille a participé à ces examens, les parents de Maniska confient leurs angoisses face à l?impératif de produire des bons résultats. « On est un peu stressé. Quelquefois aussi, on a des moments de doute après les récents problèmes constatés pour le School Certificate. Nous espérons que les correcteurs feront bien leur travail », soutient Manda, mère de la candidate.

Au niveau du MES, on veut donner tous les gages aux parents et aux élèves.

« Toute la logistique de correction des épreuves est fin prête pour mardi et les correcteurs ont été briefed pour que l?exercice se déroule dans les meilleures conditions », explique Lucien Finette, directeur du MES. Il rappelle aussi que pour la difficulté qui avait surgi au niveau du School Certificate « il s?agissait d?un problème de transmission et non de correction. La correction avait été bien faite et nous avons, cette année, mis en place d?autres procédures ».

Avant le début des corrections, il y a eu, en amont, un travail de préparation assidu depuis la fin des examens, le 26 octobre. Dans cette optique, les copies ont été acheminées dans les centres de correction sous la responsabilité du MES. « Il y a eu la préparation des copies, avec l?allocation d?un code outre l?index number existant. Cela pour préserver l?anonymat des copies. Puis, il y a eu l?exercice d?échantillonnage pour établir le marking scheme ou corrigé de référence dans chaque matière. Aujourd?hui (jeudi NdlR) on a eu des réunions avec tous les Chief Exa-miners concernant ce marking scheme. Ils doivent instruire les marqueurs de leur équipe », avance Lucien Finette.

Malgré tout le protocole de sécurité (voir hors-texte) et les moyens de contrôle, il n?est pas interdit d?imaginer que le mécanisme de correction puisse, éventuellement, comporter des failles. Cependant, le principal talon d?Achille demeure la routine qui peut, à terme, créer des risques.

Trois salves de corrections

Ashik Junglee, conseiller technique de la General Purpose Teachers?Union (GPTU), ne croit pas en l?absence totale de marge d?erreur. « En moyenne, 3 000 copies sont corrigées par groupe de correcteurs. La marge d?erreur existerait dans le système à cause de la quantité de copies confiées à chaque correcteur et à la pression pour terminer les corrections dans les délais. Quand l?exercice démarre, nous sommes déjà sous pression, sachant les attentes des parents. Pour réduire l?impact de ce phénomène, il serait souhaitable de diminuer le nombre de copies à corriger. »

Toutefois, Lucien Finette estime que le système mauricien demeure un des plus rigoureux, avec trois salves de corrections. Pour la première, chaque chef d?équipe a un lot déterminé de copies. Celles-ci sont mélangées pour qu?un lot comporte des copies venant au moins de 50 écoles.

Puis vient la deuxième phase de révision : les copies sont redistribuées en lots de 100 et sont marquées d?une couleur d?encre différente. La troisième phase est celle de quality control, où sont réévaluées les copies et les notes sur la marge pour savoir s?il y a eu erreur qui aurait pu changer le résultat. À chaque étape il y a une vérification des échantillons par les Chefs d?équipe. La première phase de correction est traditionnellement marquée d?un stylo rouge ; la deuxième d?un stylo noir et la troisième d?un stylo vert.

La saisie des notes finales est effectuée trois fois. Si pour la même copie, il y a une différence, un rapport est émis par le système informatique du MES. Alors les officiers du MES procèdent à d?autres vérifications. D?autant plus que la présence de vérificateurs internationaux est un gage supplémentaire de sécurité. « L?année dernière, nous avions des professionnels de l?université de Cambridge et l?université de Laval. Cette année-ci, nous avons ceux de Cambridge et parmi eux, il y a un auditeur spécialiste du système informatique », rappelle le directeur du MES.

Une situation inquiétante

Vinod Seegum estime également que l?angoisse des instituteurs-correcteurs est associée à une peur que l?application de la formule A + puisse, à la faveur d?un point, faire d?eux des destructeurs de l?avenir des enfants. « Dans un contexte où la compétition a cédé la place à une concurrence tous azimuts ce risque est tel qu?aucun système de contrôle ne peut totalement l?éliminer. »

Et une situation inquiétante a été enregistrée cette année. « Il s?est avéré que le papier d?histoire/géographie contenait une question sans réponse. On a demandé aux enfants de donner la raison pour laquelle un moulin à vent a été restauré dans le quartier du Caudan. Or, aucune construction de ce type n?a fait l?objet de travaux là-bas. » En effet, on utilise des livres et des Atlas préconisés par le ministère, et aucune restauration de moulin à vents au Caudan n?est mentionnée dans ces livres. « Pour faire justice aux candidats, il faut éliminer cette question ou accorder seulement un point au lieu de trois », soutient notre interlocuteur.

Le MES reste confiant

Malgré toutes ces inquiétudes, le MES reste confiant et annonce même que les résultats de cette année seront meilleurs.

« D?après les indications de l?année dernière les résultats seront améliorés cette année. D?où l?augmentation du nombre de collèges nationaux. Cette tendance s?explique du fait que davantage de candidats répondent à la partie B des questionnaires. Cette partie exige l?usage de leur sens d?analyse et de critique et l?application de leur savoir. La mémorisation ne suffit plus. On constate que les enseignants préparent davantage les candidats à utiliser l?analyse pour répondre à cette partie », explique Lucien Finette.

N?empêche que le système d?enseignement laisse sur le carreau une moyenne annuelle de 30 % d?écoliers, dont la scolarité se solde par un échec aux examens de fins d?étude. « Auparavant, on parlait de 40 % d?échec. Maintenant on en est à 30 %. L?objectif c?est de faire réussir tout le monde », affirme le directeur du MES.

Pour Lucien Finette, l?examen est la façon la plus objective d?évaluer la performance au niveau national.

« On a un système pédagogique qui est devenu administratif, consacré à l?application des procédures d?admission dans les collèges. Nous utilisons un examen qui repose sur l?évaluation des forces et des faiblesses comme un système de sélection et d?élimination avec des laissés-pour-compte », regrette Ashik Junglee.

Les examens de fin d?études primaires sanctionnés par l?attribution du fameux CPE demeurent le passage annuel obligé pour des milliers de petits Mauriciens.

Fort de son expérience, le MES se pose comme un garant aux milliers de candidats et de parents qui se tournent vers lui pour être rassurés. Cependant, le plus gros défi auquel notre système éducatif est confronté est celui de la nécessité de réduire le taux d?échec.

TEMOIGNAGES

Louis Li Sim Yan, père de Frédéric

« On est plus libre maintenant, mais nous avons des appréhensions, notamment pour les 75 % du A +. J?ai peur qu?avec la pression, mon fils Frédéric, qui étudie à l?école St. Jean-Baptiste de la Salle, ait pu flancher. Mes sentiments par rapport à la correction, c?est qu?il faut faire surtout preuve de pédagogie. Les correcteurs doivent voir au-delà. L?intelligence ne peut pas se voir dans une réponse. Je prends l?exemple de mon fils aîné que certains ne diraient pas intelligent. Mais il est appliqué dans ses études, et ses performances sont satisfaisantes. »

Maya Sewnath, mère de Priyanka

« Nous y pensons, comme tous les parents, mais nous essayons de garder la tête sur les épaules. Maurice a connu différents niveaux d?éducation. Aujourd?hui nous pouvons fournir à notre fille, qui est à l?école Hugh Otter Barry, un encadrement propice pour ces épreuves. On essaie de ne pas trop la stresser maintenant. Ainsi, je lui ai fait comprendre que les star schools ne sont que des écoles et rien d?autre. Elle aura 12 ans bientôt et je lui laisse le temps de s?épanouir. Pour ce qui est du MES, nul n?est parfait. Il y a forcément une an-goisse, mais nous n?y pouvons rien. »

Shirin Junglee, mère de Sharfa

« Nous avons essayé de garder un équilibre entre les étu-des et la détente. Ma fille, élève à l?école de Beau-Séjour, s?est bien préparée et j?espère qu?elle aura un collège national. Si tel n?est pas le cas, je me contenterai d?un collège régional. Il faut savoir que, pour les épreuves, il y a des questions où il y a trois lignes de réponse. L?enfant qui a présenté sa réponse sur trois lignes aura plus de chances d?être bien noté. Mais Je fais confiance au MES car les copies passent par différents panels. Toutefois, je leur demanderai quand même de noter les étudiants humainement. »

Manda Babajee, mère de Maniska

« On est un peu stressé. Quelquefois aussi, on a des moments de doute après les récents problèmes constatés pour le School Certificate. On est aussi un peu stressé parce qu?il y avait une question en histoire/géo que l?école de Baichoo Madhoo n?avait pas préparée. Il faudrait que les correcteurs ne soient pas trop sévères par rapport à cette question. Avec l?introduction du A +, ma fille a dû investir plus de temps dans les leçons particulières. On tente d?oublier qu?on attend les résultats du CPE, mais le 13 décembre, (NdlR : jour des résultats) sera bientôt là. »

EN CHIFFRES

160 000. C?est le nombre de copies du CPE corrigées par le MES.

70 heures. Voilà la durée nécessaire pour la correction.

3 minutes par question. Tel est, en moyenne, le temps qu?un correcteur passe sur une copie de langues.

Rs 4 000. C?est le montant de l?allocation payée aux correcteurs pour deux semaines de travail.

QUESTION A

LUCIEN FINETTE, DIRECTEUR DU MES

« ON DOIT GARDER LE SENS DES RESPONSABILITES »

Le MES était tout récemment sous le feu des projecteurs à cause des erreurs dans les résultats du « School Certificate » (SC) et du « Higher School Ceertificate » (HSC). Au moment où débute la correction du CPE, l?institution est-elle en mesure de rassurer les parents et les candidats ?

Il ne faut pas oublier que les remous que vous évoquez, c?est nous qui les avons provoqués en les dévoilant au public pour renforcer la crédibilité de l?institution. Nous ne craignons pas de tout faire dans la transparence.

C?est parce qu?il y a une volonté de ne pas faire d?erreur et de corriger une erreur là où elle a pu se produire qu?il y a eu secousse. Juste un rappel pour le problème au niveau du SC, il n?y pas eu d?erreur dans la correction, mais dans la transmission. À aucun prix je ne vais jouer avec l?avenir d?un enfant et la confiance placée en moi.

Je pense qu?on doit mettre de côté tout orgueil et amour-propre et garder le sens des responsabilités envers les candidats, les parents et la population. On n?a pas le droit d?être injuste, car tout le monde est égal et chacun mérite une même attention.

Par rapport aux années précédentes, quelles sont les failles qui ont été notées dans le système de correction, et quelles sont les améliorations qui ont été apportées ?

S?il y a des failles, elles sont généralement corrigées tout de suite. Les éta-pes et les procédures établies par le MES font qu?on ne tolère aucune marge d?erreur dans la correction des épreuves. On a introduit par exemple le control auditing et nous avons aussi les vérificateurs internationaux qui font des spots checks lors des corrections.

Avons-nous l?expertise locale nécessaire pour veiller au bon déroulement des corrections ?

On nous dit que nous avons le système le plus rigoureux et performant, avec trois phases de correction. Nulle part dans le monde on ne procède ainsi.

D?ailleurs, nous nous inspirons de ce qui se fait ailleurs pour le marking scheme et de l?expérience acquise par le MES lors de la correction des épreuves du SC et du HSC. Nous recevons régulièrement des séances de formation avec l?université de Cambridge.

Par ailleurs, on a l?avantage d?être un petit pays, ce qui nous permet de disposer d?un seul marking centre par sujet. Ce qui fait qu?on peut veiller au bon déroulement de la correction. Pour un pays 50 fois plus grand, cela aurait été plus difficile.

Mais le CPE, avec ses 30 % d?échecs, met en lumière l?arbitraire d?un système qui exclut?

Auparavant on parlait de 40 % d?échecs. Maintenant on en est à 30 %. L?objectif, c?est de faire en sorte que tout le monde réussisse. Mais « réussite » peut également dire réussir sa vie. C?est très réducteur de croire que quelqu?un qui n?a pas réussi le CPE, ne peut pas faire autre chose dans la vie.

Azhagan CHENGANNA et Amrish BUCKTOWARSING

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