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Des pierres de rêve qui ensorcellent Malivel

10 novembre 2007, 20:00

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Le nom de Michèle Malivel devient familier aux amateurs de Belles Lettres et de Beaux-Arts, pour avoir apprécié ces deux précédents recueils de souvenirs mauriciens et familiaux (Le Secrétaire de Marcel Proust et Passeport pour Moka) ou encore ses nombreux exposés sur l?histoire de la peinture.

Avec son roman provençal Comme un rêve de pierre, elle nous entraîne à présent quelque part en Provence, au carrefour sans doute des départementales D 83 et D 33, du côté du Pont-de-Crau, sur un monticule sans doute assez surélevé pour permettre, par-dessus le Canal de Craponne, une vue imprenable sur l?orgueilleuse tour de Montmajour, mais aussi sur Arles « où sont les Aliscams/Quand l?ombre est rouge, sous les roses/Et clair le temps ».

C?est alors qu?elle ne prête pas une attention assez grande à la mise en garde « Prends garde à la douceur des choses/Lorsque tu sens battre sans cause/Ton c?ur trop lourd » de ce délicieux Paul Jean Toulet, cet autre Michèle Malivel, pour avoir comme elle roulé sa bosse en Indochine, dans l?ancienne Isle de France, mais qui préfère quand même son Pays Basque à la Provence de Mistral, de Daudet, de Bizet, de Cézanne, de Van Gogh.

Son roman est avant tout une magistrale démonstration philoso-phique des relations harmonieuses qui doivent exister entre une demeure et, non pas ses propriétaires, mais ses occupants. Elle nous invite surtout et avec empressement à ne pas inverser les rôles. Nous ne choisissons pas notre demeure. C?est elle qui nous choisit. Toute violation de domicile ne sert à rien même si elle est l??uvre d?un affreux bourgeois, pouvant prouver, documents notariés à l?appui, qu?aux yeux de la loi des hommes, il peut se prétendre le proprio incontestable des lieux.

Le roman d?amour liant à jamais Michèle Malivel à cette bastide ensorceleuse commence, bien sûr, par un coup de foudre. Il intervient, évidemment, un jour de fort Mistral qui nettoie le ciel de toutes ses impuretés du fait de l?homme, pollueur né et invétéré. Le coup de foudre est en tout cas assez irrésistible pour rendre encore plus insipides la villa de lotissement, nouvellement acquise mais déjà fade et ennuyeuse car dépourvu de tout mystère, étant comparée à une bastide fière de siècles d?histoires ce que des bijoux de fantaisie fabriqués en série sont à un joyau unique et inestimable.

Il reste encore à l?envoûtée de convaincre mari et enfants à l?idée qu?il leur faut vendre la villa de pacotille pour acquérir cette demeure de rêve. Non pas qu?elle soit le moindrement luxueuse. Elle est d?ailleurs tellement délabrée qu?on ne leur réclamera que le prix du terrain. Elle sera belle et séduisante de tout le temps passé à lui rendre, non pas tant sa splendeur que la vérité historique, faisant partie de son patrimoine.

Hymne de gratitude

Il nous arrive à tous d?apercevoir, au cours de nos randonnées, des demeures de rêve. Nous y résistons au désir d?être possédés par elles, grâce à la fidélité nous liant à notre patrimoine immobilier et familial. Malheur à qui se défait de la demeure léguée par ses ancêtres. Il démontre seulement qu?il n?est pas digne d?eux.

Le roman de la découverte de la salle voûtée médiévale, passe au second plan par rapport à cet hymne de gratitude à la demeure capable de donner une dimension enrichie à notre existence humaine. Comme le dit si bien Michèle Malivel : nous devons devenir l?âme d?un corps qui est notre demeure. Nous devons mériter la maison de nos rêves.

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