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Froid comme la morgue
Le moment fatidique. Celui où l?on ouvre la porte du frigo. On retient son souffle. L?odeur de formol nous enveloppe quand même. Nos yeux relisent machinalement la pancarte : «Please close the door smoothly», accrochée au mur blanc.
Le préposé empoigne la lourde porte. Le grincement qui accompagne l?instant est, évidemment, dans notre imagination. Dedans, les cadavres sont étiquetés et enveloppés dans des draps. Pas la moindre parcelle de chair qui dépasse. Des neuf places disponibles à la morgue de l?hôpital Jeetoo, deux sont vacantes. Parmi les cadavres, celui d?un bébé qui n?a pas encore été réclamé?
Le délai légal pour réclamer un corps est de trois mois, précise Ahad Hossen Abdool, Regional health director. Passé ce temps, les cadavres non-réclamés sont enterrés aux frais de l?Etat au cimetière de Bois Marchand, précise ce responsable qui nous guide durant la visite.
«Kan mo ti ape apran, skelet lor lili ar mwa aswar. Ou kone kan ounn fatige, ou nek poz li la, ou dormi a kote.»
Pour son ?il exercé de professionnel, la mort, les cadavres, c?est la normalité. «Kan mo ti ape apran, skelet lor lili ar mwa aswar. Ou kone kan ounn fatige, ou nek poz li la, ou dormi a kote.»
Si les morts reposent en paix par 2°C à la morgue de l?hôpital Jeetoo, ceux de l?hôpital Victoria ont été transférés à la morgue de l?établissement de Flacq.
Les vivants, eux, veillent au grain. Car la morgue est une zone à laquelle le public n?a accès qu?autorisation à l?appui. Il faut d?ailleurs passer une grille et traverser la cour de l?hôpital pour s?y rendre. «En général, c?est une seule personne qui vient jusqu?à la deuxième salle où sont gardés les corps, pour l?identification», explique le Dr Abdool.
La morgue de Jeetoo se compose, en fait, de deux salles principales. La première est celle destinée aux autopsies. A l?heure de notre visite, aucune n?était en cours. La table de travail avait l?apparence du marbre fraîchement lavé, le sol était encore un peu humide. Et toujours cette odeur de «formalin», puissant désinfectant.
Tout à côté, un établi avec des récipients en plastique de tailles diverses. Dans l?angle, sur une autre table, une bougie rouge qui a quasiment entièrement fondu. C?est la seule tache de couleur rouge que nous verrons dans ce cadre clinique et froid.
«C?est la cire qui a fondu», précise notre guide. Elle sert à sceller tous les échantillons qui sont prélevés lors d?une autopsie. Mais le post-mortem est affaire de police. Pas celle de la Santé. Dehors, le soleil brille plus fort que jamais. La vie continue.
ADMINISTRATIF : PANNE A L?HOPITAL VICTORIA
C?est le député Jayen Cuttaree qui a soulevé la question de la panne à la morgue de l?hôpital Victoria, à l?Assemblée nationale mardi. «Depuis trois semaines cette morgue ne fonctionne pas. Les cadavres sont transférés à l?hôpital de Flacq et les parents doivent aller jusqu?à là-bas par leurs propres moyens.
C?est incroyable !», a-t-il affirmé. En réponse, le ministre de la Santé, Satish Faugoo, a confirmé que cette morgue ne fonctionne plus depuis le 18 octobre mais qu?un appel d?offres pour sa réparation a été lancé le lendemain même. Le seul soumissionnaire a fait parvenir les réponses aux spécifications additionnelles que le ministère lui a envoyées.
Le contrat est de Rs 108 000. Il a affirmé que les réparations devraient être faites dans deux à quatre semaines.
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