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Divali : Que serait Ram sans Rawan ?
Rama, Krishna, Durga, Kali... La liste des avatars et ?roops? (voir encadré) qui ont dû mener combat pour le bien est longue. Un combat qui ne finit jamais, sans cesse recommencé contre le mal qui est doté de certains pouvoirs obtenus de Dieu? en récompense de leur dévotion ?
A regarder tout cela de plus près, certains ont commencé à s?interroger. Que serait Ràma sans Rawan ? Et qui était ce fameux Rawan ? Un dieu ? Rien d?étonnant alors, de voir un temple surgir des terres en Inde pour le glorifier. Ce temple est construit à Jodhpur, dans l?Etat du Ràjasthan, au coeur même d?une région où le dieu Ràma est célébré avec ferveur (voir encadré).
Mais qui était Rawan ? ?Na bhuto, na bhavishiatee?, nous répond le chef prêtre de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation, Acharya Mohan Prasad Saklani.
Traduisant sa réponse, le chef prêtre dit qu?elle provient des écrits des anciens. Elle dit que jamais le passé n?a connu si fin érudit que Rawan et que le futur n?en produira pas un autre de son niveau. Entouré de ses étudiants, des aspirants prêtres hindouistes parmi lesquels on compte deux femmes, ce spécialiste de la théologie hindoue est catégorique : Rawan n?est pas un dieu. Mais sans lui, il n?y aurait pas eu Ràma, dira-t-il en réponse à d?autres questions (voir encadré).
Il nous parlera aussi des dimensions manquantes de plusieurs cérémonies et rituels à Maurice. Notamment de la place de Lakshmi lors de la célébration du Divali. C?est là, toute une philosophie de la gestion de sa fortune. Mais qu?importe si cette fête est célébrée à Maurice d?une façon minimaliste. Ils sont peu nombreux, aujourd?hui, ces Mauriciens qui célèbrent la fête de Divali, aussi appelé Dipavali, pendant cinq jours.
Mais l?important, c?est que cette fête continue à être célébrée, depuis son origine et sa perpétuation à travers l?épopée de Ràma.
Ainsi, comme l?ont fait des milliers de générations avant eux, les hindouistes se réveilleront tôt ce matin et après des ablutions, se plongeront dans des prières. Le temps de s?arrêter, de réfléchir, de penser et de se repenser. En ce jour, ceux qui ont abandonné la tradition végétarienne ne consommeront pas de chair. D?autres se priveront de sel. Mais tous allumeront des ?diyas?, petites lampes de terre que les guirlandes électriques remplacent de plus en plus.
Seule exception à la célébration, ceux qui ont connu des décès dans la famille. Ils ne pourront pas célébrer si 40 jours ne se sont pas écoulés entre le décès et le jour de Divali. Mais il est aujourd?hui rare de voir des récitals de l?épopée du Ràmàyana (voir encadré) en ce jour. Ces versets sont chantés par des groupes et des temples avant la fête.
De fait, le Ràmàyana est un texte qui n?est pas lu, mais chanté avec des instruments de musique traditionnels de l?Inde. La tradition chantée de ce texte a été réintroduite à Maurice, il y a une vingtaine d?années, par le Human Service Trust. Cet organisme, ainsi que la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation, compte peu à peu amener les hindous de Maurice vers les racines et réintroduire les rites et rituels qui ne sont pas actuellement célébrés. La fête de Divali pourrait alors prendre une signification plus profonde pour être célébrée sur cinq jours comme dans plusieurs Etats de la Grande péninsule.
● Selon le Ràmànaya, Ràma ne pouvait vaincre Rawan parce que ce dernier avait certains pouvoirs, dont une certaine invincibilité. Mais qui était Rawan et d?où lui venait cette invincibilité ?
Rawan était, en fait, le petit-fils d?un sage, qu?on connaît sous le nom de ?Rishi? en Inde. Il devint un homme très religieux. C?était un dévot du dieu Shiva. Il se mettait souvent en pénitence au nom de son dieu, priait et étudiait énormément. Il a alors prospéré et est devenu un puissant érudit et un roi qui avait la bénédiction du Créateur. Mais sa connaissance et sa puissance devaient le perdre. Il a mal tourné, est devenu fier, féroce et convaincu de son don d?immortalité. Il a instauré une espèce d?empire du mal. L?enlèvement de Sita, la femme d?un autre que Rawan convoitait, donne une indication de ce qu?était son règne. Le règne du mal survenu simplement parce que les prières d?un homme ont été exaucées et qu?il est devenu tout puissant. Avec la puissance est arrivée la fierté. Avec le résultat que vous connaissez.
C?est là que le Ràmàyana doit également être interprété dans un sens plus large. Une mise en garde contre cette fierté et cette tentation d?écraser les autres quand vous obtenez de grands moyens, la puissance et le pouvoir. Brûler l?effigie de Rawan, c?est brûler cette tentation de se tourner vers le mal, de mener des hommes avec cruauté.
● On termine en ce moment en Inde, la construction d?un temple où Rawan sera célébré comme un dieu. Mais l?est-il ?
Absolument pas ! Je vous ai expliqué ce qu?il était. Peut-être dois-je aussi ajouter qu?il était ?Na bhuto, na bhavishiatee?, c?est-à-dire un érudit tel, que le monde n?arrivera jamais à produire un autre de son calibre.
● Mais, en fait, que serait Ràma sans Rawan ?
D?après nos écrits, Ràma a pris naissance précisément pour détruire Rawan. C?était sa mission prédestinée. Cela ne signifie pas qu?il en avait conscience dès sa naissance. La réponse à votre question est maintenant évidente : s?il n?y avait pas Rawan, Ràma ne serait pas né. Dans les écrits sacrés de l?hindouisme, à chaque fois que le mal se manifeste (la plupart du temps avec une force inouïe et avec cruauté), il y a toujours une incarnation divine pour l?éliminer. Sinon, c?est un ?roop?, c?est-à-dire la transformation d?un être divin, et souvent paisible, en une force féroce pour affronter ce mal.
● On parle beaucoup de Ràma à Maurice, contrairement à l?Inde où l?on parle également de Rawan. En fait, le ?Durga Pooja?, les dix jours de prières consacrés à la déesse Durga, se terminent toujours en Inde par des feux pour brûler Rawan. Ce n?est nullement le cas à Maurice. Pourquoi ?
Ce sera le cas l?année prochaine. La Mauritius Sanathan Dharma Temples Federation a déjà pris la décision d?ajouter ce dernier chaînon manquant aux célébrations du ?Doorga Pooja?. Nous allons commencer dans quelques régions seulement, et c?est le dixième jour que nous brûlerons Rawan. Nous estimons qu?avec le temps, cette tradition du dixième jour viendra s?ajouter aux ?Doorga Pooja? célébrés à Maurice depuis l?arrivée des premiers immigrants indiens.
● Pourquoi le dixième jour ?
Le ?Doorga Pooja? dure dix jours pour une raison bien précise. L?épopée de Ràma est décrite dans le Ràmàyana. Or, il est dit dans ce texte que l?affrontement entre le bien et le mal dura dix jours. Ram ne parvenait pas à neutraliser le mal, c?est-à-dire Rawan. Il s?est alors mis à prier, à invoquer dieu et Durga. Ses prières furent exaucées le dixième jour, quand il parvint à éliminer Rawan. C?est pourquoi, en Inde et dans plusieurs pays où des immigrants indiens se sont installés, le ?Durga Pooja? se termine par ce feu de joie. Une représentation de Rawan, des dizaines de mètres de haut, est alors brûlée.
● A-t-on de la documentation pour expliquer les raisons derrière la fête de Divali ?
En effet, et ce sont des documents très crédibles. L?hindouisme a profité de cette civilisation de l?écrit, qui remonte à plus 7 000 ans avant Jésus Christ. Il y a plus de 2 000 ans que le Christ serait apparu. Vous avez maintenant une idée de l?ancienneté de ces textes et de la sagesse, la vision et les révélations qu?on y trouve et qui ont toujours émerveillé ceux qui s?y plongent.
Pour revenir à votre question, la fête de Divali n?était pas liée, au départ, au retour de Ràma à Ayodhia, après sa victoire sur Rawan. C?est, en fait, un roi, Prithu, qui a instauré cette célébration pour fêter la fin des récoltes. En ce temps, la société était entièrement agricole. Cette civilisation dépendait de ses récoltes. Comme elles étaient bonnes et que le peuple prospérait, il fit organiser la fête pour remercier Dieu de l?abondance. Et également pour utiliser à bon escient ce qui avait été obtenu.
C?est après que la fête de Divali fut également associée à la victoire de Ràma sur Rawan et à son retour, avec Sita, à Ayodhia.
● Que signifient les lumières et les gâteaux ?
Selon les écrits, les habitants d?Ayodhya avaient allumé des ?diyas?, c?est-à-dire des lampes en terre pour éclairer la route de Ràma, Sita et les autres qui revenaient de la bataille. C?est aussi le symbole de la victoire de la lumière sur l?obscurité, du bien sur le mal. Les gâteaux, c?est l?esprit de partage, de pardon etc.
LES CINQ JOURS DU DIVALI
Le Divali se célèbre, en fait, pendant cinq jours. Le premier jour est appelé ?Dhanuantari Triodasi? ou ?Dhanwantari Triodasi?, ou simplement ?Dhan Theras?.
Le deuxième jour est connu sous le nom de ?Narak Chaturdasi?.
C?est le 14e jour lunaire (?thithi?) du mois de ?Kartik?. Ce jour-là, Krishna élimina le démon Narakasur et libéra le monde de la peur.
Cette fête est célébrée en grande pompe, principalement par le mouvement ISKCON (mouvement Hare Rama) à travers le monde.
C?est le troisième jour que la fête de Divali, telle que nous la connaissons, est célébrée. Des prières sont dites pour la déesse Lakshmi. Le quatrième jour, des prières dites ?Goverdhan Pooja? sont dites. Le cinquième jour de Divali, le Bhratri Dooj est dédié aux soeurs.
LE TEMPLE DE RAWAN A JODHPUR
Les journaux indiens et les agences de presse de la grande Péninsule n?ont cessé de faire état de la construction d?un temple dédié à Rawan à Jodhpur, dans l?Etat du Rajasthan. Ce sont 200 familles hindouistes de Mudgal Gotrahere qui ont décidé d?ériger ce temple. Elles affirment qu?elles sont les descendantes du roi-démon Rawan. Selon elles, Rawan doit être vénéré parce qu?il était un brahmane, un super humain et qu?il avait régné sur les trois mondes. Elles affirment aussi que l?épouse de Rawan, Mandorari, est originaire de Mandore, qui était l?ancienne capitale de Jodhpur.?On construit un temple à la mémoire de Rawan parce que ses ancêtres sont originaires de Jodhpur. Il s?est marié ici et on y retrouve un temple où Rawan vénérait Dieu. Pendant plus de 20 ans, nous avons pensé à ériger ce temple. Nous avons aujourd?hui les moyens et les hommes pour aller de l?avant?, explique Mamlera Dave, président de l?Akshya Joyti Anusandhan Kendra de Jodhpur dans une interview à l?agence de presse ?ANI? de l?Inde.La statue de Rawan sera d?une seule pièce, taillée dans une roche spéciale du Jodhpur. Dans des confessions, le sculpteur explique : ?J?ai taillé la statue de plusieurs dieux et déesses. Mais c?est la première fois que je sculpte celle d?une personne qui n?est pas reconnue comme un dieu. L?important pour moi, c?est de sauver cet art, ces techniques ancestrales que mes grand-parents m?ont transmis?, explique-t-il. Le temple de Jodphur ne sera pas l?unique temple indien dédié à Rawan.
Le sud de l?Inde en possède déjà quelques uns qui lui sont dédiés.
Le dieu Ràma fut exilé par son père, le roi Dashratha d?Ayodhya. La compagne de Ràma, Sita, ainsi que son frère Laksman, l?accompagnèrent. Ràma retourna à Ayodhya après 14 ans d?exil et après avoir mis fin au règne de Rawan qui avait enlevé Sita. Le gourou Suriadev Bissessur, du ?Human Service Trust?, qui enseigne la musique traditionnelle indienne et le ?Ràmàyana?, explique que ces textes sont écrits soit en sanskrit dans le ?Ràmàyana? de Valmicki ou dans une langue très proche du hindi par Tulsidas.Un texte comprenant les versets mis en écrit par Tulsidas et la version anglaise est en ce moment en vente par le ?Human Service Trust?.
Le ?Ràmàyana? est un texte sacré destiné à être chanté avec des instruments traditionnels. Ce n?est pas un texte qui est lu.Ce sont dans le ?Lanka Kad? que l?on retrouve environ 130 versets qui décrivent la guerre que livre Ràma au Lanka, qui est, en fait, incendié par Hanuman.
Cette bataille dure neuf jours, le dixième étant celui où Ràma parvient à percer le nectar d?immortalité de Rawan.Ce sont les ?Uttar Kand? qui décrivent le retour triomphal de Ràma dans son pays d?origine. Le ?Human Service Trust? forme en ce moment des groupes à travers le pays pour chanter ces versets avec des instruments traditionnels de l?Inde.
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