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«Les mauvaises conditions de travail se trouvent ailleurs»
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«Les mauvaises conditions de travail se trouvent ailleurs»
● Quel constat faites-vous des conditions de travail des travailleurs étrangers ?
La nature même du travail de l?ouvrier de textile demande qu?il s?assoie devant une machine pendant dix heures. C?est un travail éprouvant qui demande concentration. C?est peut-être la raison pour laquelle beaucoup de Mauriciens n?ont pas pu s?ajuster. Mais au niveau des salaires, le textile est équivalent voire supérieur aux autres secteurs, dépendant du niveau de l?employé. Des machinistes gagnent jusqu?à Rs 10 000 par mois.
Les conditions de travail dans le textile sont dures mais les conditions de travail en Asie sont terribles. La journaliste de Sunday Times aurait dû aller en Asie pour avoir les vrais faits et véritablement parler de «slave labour» !
● Est-ce la raison pour laquelle des travailleurs quittent leur pays pour venir travailler à Maurice ?
S?ils étaient bien lotis chez eux, ils ne seraient pas venus ici. Et ils demandent un renouvellement de leur contrat. Un Sri Lankais gagne Rs 1 000 chez lui et il gagne de Rs 7 000 à Rs 10 000 ici. Les salaires sont convertis en dollars pour ceux qui veulent envoyer de l?argent chez eux.
● Dans ce cas-là, pourquoi y a-t-il autant de grèves ?
Les gens sont mécontents pour plusieurs raisons et ce n?est pas à moi d?en juger. Mais ils n?ont pas toujours raison et, dans la majorité des cas, les problèmes ont été réglés à l?amiable. N?y a-t-il pas de grève en Europe ? Bien sûr que si. Et les travailleurs étrangers ont les mêmes droits que les Mauriciens. Les allégations de la journaliste de Sunday Times ne sont pas fondées et ne sont pas vraies. Elle dit aussi que ces travailleurs avaient eu la promesse d?obtenir des salaires cinq fois supérieurs à ceux qu?ils ont maintenant. Donc, si je comprends bien, elle est en train de dire que ces travailleurs auraient dû gagner entre Rs 35 000 et Rs 50 000. Ce n?est pas sérieux. Croit-elle vraiment que n?importe quelle industrie de textile paierait ce salaire à un travailleur du textile ?
● Mais avez-vous entendu ces plaintes selon lesquelles les travailleurs recevaient moins que ce qui leur a été promis ?
Non. Peut-être que sur 1 000 employés, deux ou trois diront qu?ils pensaient qu?ils allaient gagner plus. Mais encore une fois, ces personnes, si elles ne sont pas satisfaites, peuvent partir si elles le veulent.
● Comment se fait le recrutement de ces travailleurs ?
Nous avons deux agents, un en Inde et un autre au Sri Lanka. Ils ont pris l?engagement de ne se faire payer que $ 200 par travailleur. Cette somme comprend le billet d?avion, le visa, les tests médicaux et autres. Ils agissent aussi en tant qu?arbitres car les agents s?assurent que les travailleurs ont le profil que nous recherchons et pourront travailler dans l?usine.
● J?imagine que ce qui dérange les gens, c?est que les usines emploient les gens en masse. C?est un peu cela qui rappelle l?esclavage ?
Mais le principe est le même que celui de chasseur de tête en Europe.
● Pas tout à fait. Là, vous recrutez en vrac !
Si, si, c?est pareil. Les employés sont interviewés un à un et nous ne recrutons pas en masse. Tous les contrats sont vérifiés par les autorités indiennes ou sri lankaises. Donc le système que nous avons mis en place est un bon système. Mais comme dans tous les systèmes, il y aura aussi des abus. Cela ne veut pas dire que Maurice est un pays où l?on abuse des travailleurs !
● Quelles seraient les répercussions de cet article britannique sur le pays ?
Cela entache l?image du pays en faisant croire que ces abus sont communs et que les autorités ne font rien pour les arrêter. Les clients potentiels auront peur de venir vers nous parce qu?ils croiront que Maurice ne respecte pas les droits des travailleurs. Mais nous allons réagir et nous voulons que le journal s?excuse et retire ses allégations. C?est la seule chose que nous puissions faire puisque l?article a déjà été publié.
● Je note qu?une des premières réactions de Sir Phillip Green a été de transférer le problème et de dire qu?il ne sait pas ce qui se passe dans les usines à Maurice ?
Non, ce que Phillip Green a dit, c?est qu?il doit enquêter et c?est normal parce qu?il ne vit pas ici et il ne va pas savoir si ces allégations sont vraies ou pas. Et il a comme preuves, des audits qui ont été faites il y a quatre semaines dans nos usines. Ces audits ont été faits par des auditeurs indépendants.
● Pourquoi est-ce que ces audits ont été faits ?
C?est une pratique normale pour s?assurer que nous sommes en conformité avec la Social Compliance Charter. Et la raison derrière ces audits est justement pour éviter ce qui vient de se passer parce que nous avons les moyens de réfuter les allégations du journal.
● L?article en question dit aussi qu?Arcadia n?est pas signataire du «Ethical Trading Initiative»?
Je ne peux pas commenter mais je peux vous dire qu?Arcadia est un Fair Trader Retailer. Donc ils ont dû être contrôlés. Arcadia est un des détaillants qui paie le meilleur prix sur le marché aujourd?hui.
● A qui ?
Aux usines. Donc Arcadia achète beaucoup de ses produits de Maurice. S?ils étaient aussi peu éthiques que cela et s?arrêtaient au seul critère prix, ils n?auraient pas été nos clients parce que Maurice n?est pas bon marché. Ils se seraient tournés vers le pays le moins cher.
● Quel est le pays le moins cher ?
Le Bangladesh ou encore la Chine. Le point que je veux mettre en avant est que les allégations de la journaliste à l?effet qu?Arcadia vient à Maurice pour faire des économies ne sont pas vraies. Nous ne sommes pas moins chers que ces autres pays. Ici, nos clients trouvent le social compliance et la qualité.
● Et où se trouve Maurice sur l?échelle des coûts ?
Je dirai qu?après l?Europe, Maurice est le pays où les coûts de production sont les plus chers. C?est la raison pour laquelle je réfute totalement les arguments de ce journal. Les mauvaises conditions se trouvent ailleurs, pas ici. Vous savez que beaucoup de travailleurs étrangers, quand ils rentrent chez eux, peuvent se permettre de construire leur maison grâce à leurs économies qui viennent de leurs salaires à Maurice ? La journaliste Claire Newell est en train de comparer les salaires des employés du textile aux salaires britanniques mais on ne peut pas le faire. Ce n?est pas comparable. D?après elle, les gens qui ne gagnent pas des salaires comparables aux salaires anglais sont des esclaves. Dans ces cas-là, l?Angleterre ne devrait pas s?approvisionner en dehors de l?Europe.
● Et être prêt à en payer le prix ?
Tout à fait. Un t-shirt basic est à £ 12. Vous savez, c?est ce genre d?arguments qui va détruire la création d?emplois dans les pays du tiers-monde. Des emplois qui permettent aux pauvres de gagner leur vie et de les améliorer de façon importante. C?est l?industrie du textile qui a permis à Maurice de commencer sa révolution industrielle.
Si nous n?avions pas d?industrie du textile, nous ne serions pas là où nous sommes. Et nous sommes toujours là, à contribuer à l?économie du pays.
● Je vois sur les étiquettes des vêtements : «Fair trade, finding a better deal for third world countries». Qu?est-ce que cela veut dire ?
Fair Trade veut dire que le coton que nous utilisons et qui vient de l?Afrique, est acheté à un prix garanti qui est deux fois plus que le prix mondial. Du coup, le planteur gagne un meilleur prix. Et ainsi de suite. Toute la chaîne de production sera plus chère parce que le planteur est celui qui est le plus pauvre et il est aussi celui qui profitera le plus du Fair Trade. Eventuellement, le consommateur paiera plus cher aussi parce qu?il sait que celui qui a été le plus gagnant de cette chaîne est le planteur ? celui qui en avait le plus besoin.
● Préférez-vous travailler avec les Mauriciens ou avec les étrangers ?
Les travailleurs mauriciens sont excellents mais ils ne courent pas les rues. A l?époque, ils venaient de l?industrie sucrière et acceptaient de travailler ici. Mais aujourd?hui, leurs enfants ont des diplômes et ils ne viendront pas travailler ici, à moins que ce ne soit comme manager. Cette transition est normale.
Les gens veulent faire un travail plus valorisant et nous avons donc besoin des étrangers pour les remplacer. Ce que nous voulons, c?est que les travailleurs étrangers soient traités comme des Mauriciens.
● Ce qui n?est pas le cas?
Je ne suis pas d?accord avec vous. Ils ne sentent pas qu?il y a de la discrimination envers eux parce que, sinon, ils ne seraient pas revenus travailler à Maurice.
● Vous leur avez demandé s?ils ont pu facilement s?intégrer à la vie mauricienne ?
Je suis sûr qu?ils sont très heureux. Ils ont l?occasion d?aller à la mer les week-end. Voyez ce qui se passe à Dubayy. Les conditions de travail à Maurice ne sont pas pires qu?ailleurs.
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