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Le spot publicitaire
Avec ce que vit l?université de Maurice, on se serait attendu à ce que le principal concerné, le ministre de l?Education, émette une opinion ferme. Jusqu?ici, hormis quelques sollicitations, il a joué profil bas. Sans doute, a-t-il ses raisons. Qu?il pourrait ne pas dévoiler tant les efforts qu?il aurait pu déployer pour éviter cette crise pourraient avoir buté sur la résistance politique et électoraliste des collègues qui verraient l?université comme une cagette pouvant accommoder tous ces jeunes qui ne peuvent pas se payer des études supérieures à l?étranger. On s?arrêtera aux intentions avouées plutôt qu?aux arrière-pensées inavouables.
Cela n?exonère pas pour autant Dharam Gokhool autant que ses prédécesseurs de tout blâme. Une situation pareille dans n?importe quel autre pays aurait abouti à une demande de démission du ministre de tutelle. Mais on est à Maurice. Et à Maurice, on a appris depuis longtemps à consacrer sa vie à gérer le stress et les situations inextricables plutôt qu?à provoquer des secousses qui hypothèqueraient son confort. L?île Maurice geigne en secret. Et le foutoir règne par décret.
Des étudiants appelés à présenter dans les années à venir des mémoires en trio comme si on voulait leur ôter cette légitime aspiration d?une évaluation individuelle. D?autres qui seront, à moins d?une expansion infrastructurelle, dirigés vers des salles de classe des établissements secondaires. On aura tout vu ! Tout cela mis au compte d?une nécessaire révolution des mentalités, comme le demandent certains. La véritable révolution, elle, se trouve ailleurs. «Knowledge hub», «centre d?excellence», «world class education». Qu?est-ce qu?on n?a pas eu à subir comme slogans creux et projets pompeux, annoncés sur le ton apologétique ?
Certes, il est vrai que les choses ne sont pas faciles à faire bouger. Les ministres se sont succédé. La résistance et le corporatisme sont les mêmes. Et les étudiants restent d?une passivité déconcertante. Alors que les parents sont obnubilés par le seul fantasme de réussite de leurs progénitures. Les conditions ne sont donc pas réunies pour une réforme en profondeur. Pour qu?il y ait réforme, il faut de la consultation et un consensus. On a fait aujourd?hui de l?éducation un spot publicitaire. On vend du rêve. Toujours à des prix compétitifs. Toujours plus performante, plus prometteuse, plus? Dans les faits, c?est autre chose. Au primaire comme au secondaire, la course est effrénée. L?élite se dessine en écrabouillant les misérables qui ne tiennent pas le rythme. Sur le plan des études supérieures, faute de moyens, on se limite à faire de la place dans un système qui est loin d?attirer ces professionnels qui ne veulent pas travailler pour un salaire de misère. Petite île aux grandes ambitions. Exceptionnel système éducatif aux résultats en déréliction. Le gouvernement peut avoir des contraintes. Et même s?il ne peut pas tout changer, comme il l?avait promis, il a un devoir politique et moral de sauver cette éducation qui voue un pays à la bêtise.
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