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Les nuages qui ne se dissipent pas
Tout a été fait dans les règles, persistent les promoteurs du projet de même que le ministre de l?Education, Dharam Gokhool. Mais les détracteurs ne sont pas encore convaincus. L?opinion publique non plus. Tant il y a un entremêlement d?intérêts et d?enjeux, dont politique, financier et éducatif.
L?une des principales questions autour de ce dossier concerne la durée de fonctionnement d?un établissement indien avant de venir s?implanter à Maurice. Dans ses règlements, la University Grants Commission (UGC) de l?Inde, organisme régulateur de l?enseignement supérieur, stipule qu?une université indienne ne pourra obtenir l?autorisation de s?installer dans un pays étranger qu?à la condition qu?elle existe depuis cinq ans. Du côté de la branche locale de l?Eastern Institute for Integrated Learning in Management University (EIILM University), on soutient que cet établissement n?est pas tenu de se soumettre à cette clause du fait qu?il n?est pas financé par l?UGC.
De la même manière subsiste un autre flou quant à la condition imposée aux universités qui veulent lancer une branche à Maurice. Celle-ci est explicitée par la Tertiary Education Commission (TEC) qui fait ressortir dans ses règlements qu?une institution proposant des études supérieures doit avoir soumis sa demande douze mois avant le début des cours. Or dans le cas de l?EIILM University, la demande officielle a été faite par le Ramnath Jeetah Trust le 12 décembre 2006 et le lancement officiel six mois plus tard, le 10 juillet 2007. Dans une précédente déclaration à l?express, Sunil Jeetah, directeur de cet établissement se défend d?un tel fait : «Nous avons fait l?ouverture officielle du bâtiment, mais nous n?avons pas encore démarré les cours. Je ne suis par ailleurs pas au courant de cette condition. La TEC ne nous l?a pas imposée et si elle ne l?a pas fait, cela veut dire que cela ne s?applique pas à nous qui n?opérons qu?une branche d?une université.»
TEC et promoteurs se renvoient, comme sur d?autres points, la balle. Ce qui laisse la voie ouverte à toutes sortes d?interprétations, dont l?ingérence politique.
Parmi les faits troublants, il demeure que l?EIILM University de Sikkim, l?Etat indien où a été enregistré l?établissement, ne figure pas sur la liste des universités recensée sous l?article 2(f) de l?UGC Act (1956). Au Jeetah Trust, on brandit une partie du Government Sikkim Gazette qui donne force de loi à la création de l?EIILM University et où il est stipulé que le siège de l?institution sera à Sikkim et qu?elle pourra avoir des campus, des branches régionales et des centres d?études à travers l?Inde et à l?étranger avec l?approbation de son Board of Directors. Une nouvelle fois, les promoteurs mauriciens du projet font ressortir qu?une université privée qui ne bénéficie pas des fonds de l?UGC peut fonctionner selon ses seuls règlements. ?Vous devriez savoir que ni l?EIILM University ni le Ramnath Jeetah Trust n?a fait de demande pour des fonds auprès de l?UGC?, rappelle, à cet effet, le président du Trust, Ramnath Jeetah, faisant également ressortir qu?à la fois le gouvernement central et le gouvernement d?Etat ont le pouvoir d?établir des universités.
Pas de publicité
Ce sont les travaux de différentes instances de la TEC qui sèment le doute sur cette question. En effet, les minutes d?un sous-comité de la commission en date du 27 décembre 2006 précisent que la demande de la mise en place d?un Branch Campus de l?EIILM University en association avec le Ramnath Jeetah Trust est sujette à une certification de l?UGC à l?effet que cette institution est une université reconnue. Toutefois, dans ses recommandations, un sous-comité de la TEC, dont les travaux datent du 8 février 2007, omet de faire mention, à ce chapitre, de la nécessité d?obtenir une certification de l?UGC sur la fiabilité de l?EIILM University.
Toutefois, durant la visite d?une délégation de l?UGC, la TEC a approché le président de cet organisme qui lui a indiqué qu?une université privée doit se conformer aux règlements de l?UGC avant de pouvoir s?établir dans un autre pays.
D?un autre coté, dans un document daté du 27 avril 2007, la TEC explique que les représentants de la branche locale de l?EIILM University ont maintenu que cette institution ayant été mise en place par une loi de l?Etat Sikkim, elle n?a pas besoin d?une autre forme de reconnaissance avant de s?installer dans un pays autre que l?Inde.
Parmi d?autres questions soulevées figure celle ayant trait au nombre de cours nécessaires pour débuter une université. La branche locale de l?EIILM University peut-elle, en ce sens, utiliser le titre d?université ? Six cours avaient été annoncés alors qu?un seul a été avalisé jusqu?ici? Dans le même ordre d?idées, une institution n?a pas le droit de faire de la publicité pour des cours qui n?ont pas encore été avalisés. L?EIILM University, elle, ne s?est pas privée d?en faire?
Le dossier est-il clos pour autant ? Si l?opposition parlementaire semble chercher un deuxième souffle dans sa quête des vérités, l?autre partie qui défend le dossier semble se satisfaire du statu quo. Mais dans toute l?affaire, il reste encore à voir dans quelle mesure l?intérêt des enfants mauriciens sont tenus en compte dans ce brouillamini.
Critère d?admissibilité selon la TEC
Afin d?obtenir le titre d?université et de pouvoir opérer à Maurice, une institution étrangère doit se soumettre à une liste de critères et de procédures de la Tertiairy Education Commission. Parmi les critères, une institution post-secondaire aspirant au titre d?université doit garantir des diplômes de niveau international. C?est à l?institution de faire sa demande auprès de la TEC. Elle doit fournir toutes les informations sur son contenu académique et son infrastructure.
Elle doit avoir existé pendant une durée de cinq ans. Elle soumettra à la TEC un ?Self-Analysis Report?.
Outre les garanties financières qu?elle doit fournir, elle devrait disposer suffisamment de places pour 1 000 étudiants inscrits au sein de trois facultés au minimum. 35 % de son personnel enseignant doit posséder des diplômes avancés, dont des maîtrises et des doctorats.
Si l?institution remplit toutes ces conditions, la TEC soumettra sa demande à un ?Scrutiny Panel?. Celui-ci effectuera une visite dans les locaux de l?établissement, vérifiera les documents soumis et tiendra des réunions avec les soumissionnaires du projet. A la suite de cet exercice, un rapport sera rédigé.
Si le rapport est approuvé, la TEC passera en revue le programme d?études que propose l?institution.
Pour des institutions qui n?auront pas obtenu le titre d?université et qui ne proposeront que des diplômes, elles pourront fonctionner comme des ?Colleges of Higher Education?.
Et pour les étudiants qui auront réussi leurs diplômes, un dispositif devra être mis en place pour qu?ils puissent entreprendre des ?degree courses? sous l?égide de l?institution en question ou au sein d?une autre université. Après trois ans de fonctionnement ? et après avoir démontré sa capacité à développer ses propres programmes de degrés ?, l?institution sera qualifiée pour obtenir le titre d?université en remplissant également d?autres conditions.
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