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La traque des pourris
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
A Maurice, on se montre trop frileux pour parler des dépenses privées des personnages publics. L?opinion publique ne réclame jamais des explications sur le train de vie ou le patrimoine des dirigeants. Ce n?est pas le cas dans les pays que nous considérons comme les démocraties de référence.
En France, par exemple, un président ne peut mener une vie de luxe sans avoir à répondre sur la provenance de ses fonds. Même quand il passe des vacances en famille à l?étranger, il est mis en demeure d?expliquer comment il finance ses dépenses. Les journaux les plus respectés et les députés de l?opposition trouvent qu?il est justifié de demander des comptes à leur président même quand l?argent des contribuables n?est pas impliqué.
Depuis plusieurs jours, une vive polémique existe sur les vacances de Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis. C?est son lieu de villégiature, une magnifique demeure dans une station balnéaire huppée, qui suscite la controverse. Un député socialiste français a publiquement demandé ?qui? payait les vacances de Sarkozy, estimant leur coût supérieur à sa rémunération annuelle. Le journal ?Le Monde? a interrogé l?agence immobilière qui a loué à la famille Sarkozy la maison dans laquelle elle réside et a révélé le montant faramineux de la location. L?Elysée a réagi en annonçant que le couple présidentiel est en vacances à l?invitation d?amis et qu?il s?est rendu aux Etats-Unis par vol régulier. Les Français ont estimé qu?ils sont néanmoins en droit de savoir qui sont les généreux amis envers lesquels leur président pourrait être redevable un jour. Ce président n?a pas pu se prévaloir du prétexte de ?vie privée?pour garder le silence.
Un personnage public ?n?est pas une personne comme une autre?. Dans une démocratie qui se veut transparente, le public doit avoir accès aux informations sur sa fréquentation, ses avoirs et son train de vie. C?est à cette condition que la moralisation de la vie publique peut se faire.
Chez nous, il n?y a pas que les dirigeants politiques qui mènent un train de vie princier avec des voitures prestigieuses et des villas luxueuses. Il y a un certain nombre de commis d?Etat qui ont amassé des fortunes sans proportion aucune avec leurs revenus déclarés. Il s?agit notamment de ceux qui sont impliqués dans la procédure d?octroi des marchés publics.
Pour des raisons qui sont difficiles à comprendre, la commission anticorruption n?a jamais agi sur la base des richesses ostentatoires des politiciens ou des hauts fonctionnaires même si le Poca lui donne les moyens de mener une investigation sur la provenance de ces fortunes étalées au grand public.
La MRA fait ce qu?elle peut. Elle est en train de traquer des marchands de ?dhollpuris?. Pendant ce temps, l?Icac ferme les yeux sur les pourris.
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