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«L?Eastern University n?est pas là pour faire des profits !»
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«L?Eastern University n?est pas là pour faire des profits !»
● Comment expliquez-vous la polémique autour du Ramnath Jeetah Trust ?
Je regrette de le dire mais le leader de l?opposition n?a pas fait son travail. Tout ce qu?il est en train de raconter au Parlement n?est pas exact. Il y a des malentendus parce que quand on entend le mot « université », cela fait peur.
● Pourquoi donc ?
Je connais très bien le leader de l?opposition. Il veut faire croire que nous ne sommes pas en train de faire un travail sérieux. Voyez le collège Eastern. Nous l?avons construit petit à petit. Aujourd?hui, nous avons 3 500 élèves et 250 employés. Et cela fait peur. Je me suis essayé au secondaire. J?ai réussi et j?ai pensé qu?il était temps d?aller vers le supérieur. Beaucoup de jeunes n?arrivent pas à avoir une place à l?université de Maurice. Qu?arrive-t-il donc à ceux qui ne sont pas admis à l?université de Maurice et qui n?ont pas les moyens d?aller à l?étranger ? Il y avait un vide à combler et c?est ce que nous avons fait.
● Ce vide sera-t-il facile à combler par une université privée ? Prenez l?exemple de l?université de Maurice ? dès que l?on mentionne qu?il faut payer les frais, il y a une levée de boucliers.
Mais les élèves qui ne seront pas admis à l?université de Maurice viendront chez nous.
● Et ils ne protesteront pas contre le fait qu?ils auront à payer leurs cours ?
Nous sommes une université privée. Et nous ne réclamons pas une somme énorme. Pour une année, nous ne demandons que Rs 50 000.
● Cette somme est-elle suffisante pour couvrir vos frais ?
Nous n?avons pas l?intention de faire des profits. Tout ce que nous allons récolter, nous l?utiliserons pour payer le personnel.
● Je suis confuse. Pourquoi ouvrir une université privée si ce n?est pas pour faire des profits ?
Le but est d?aider ces malheureux. Je prends mon exemple - j?ai été une victime de la société. Je ne suis pas allé au collège, je ne suis pas allé à l?université, mais ce sont mes sept enfants qui seront responsables de cette université, dont mon fils, le ministre, après son départ du gouvernement.
Si nous ne dispensons pas d?éducation à ces jeunes, une certaine partie de la population ; ceux qui sont venus ici en 1834 comme laboureurs et qui ont autant souffert, ne pourront pas s?émanciper. Même si aujourd?hui certains ont leur maison, le capital n?est pas avec eux. Le capital se trouve de l?autre côté et c?est la raison pour laquelle l?autre côté veut nous embarrasser. Il ne veut pas que ces malheureux-là aient une éducation, que cette lutte qui a commencé se propage à travers le pays.
● Cette lutte n?est-elle pas dépassée depuis que l?émancipation a été plus ou moins acquise ?
(Hésitations?) On dit que 88 % des Mauriciens sont éduqués à Maurice. Très bien mais à quel niveau ? On ne va pas loin avec un Higher School Certificate. Même à mon niveau, il faut que j?emploie des diplômés pour enseigner dans mon collège. Et actuellement, je cherche des enseignants de mathématiques pour mon collège et je n?en trouve pas ! Si nous ne donnons pas l?occasion à ces jeunes d?étudier pour qu?ils puissent intégrer le système, nous serons en train de mettre en échec l?objectif de l?éducation. 40 000 élèves sont passés par mon collège. Aujourd?hui, nous avons l?éducation gratuite et c?est moi qui l?ai proposée pour la première fois quand j?étais président du Public Accounts Committee.
● Il est sûr que l?éducation gratuite a aidé. Mais est-il vrai de dire qu?elle a laissé des séquelles, dans la mesure où beaucoup de gens s?attendent à ce que l?Etat prenne tout en charge pour eux ?
C?est la politique. Prenons par exemple le transport gratuit. Qui en profite ? Certainement pas les élèves mais bien les propriétaires d?autobus. Les élèves arrivent maintenant en retard à l?école parce que les autobus ne stoppent pas aux arrêts. Même moi je voyage gratuit maintenant. Ce n?est pas de ma faute. J?ai 77 ans et, selon la loi, je ne paie pas quand je prends l?autobus. (Rires?) Ce n?est pas moi qui ai pris cette décision.
● Le transport gratuit est-il une bonne chose ?
Il faut contrôler parce que nous sommes en train de dépenser bêtement Rs 600 millions. Je ne dis pas qu?il faut l?abolir, parce que des gens en ont besoin. Beaucoup de mes élèves sont pauvres.
● Fermons cette grosse pa-renthèse. Est-ce que, comme le dit l?opposition, le Jeetah Trust a eu des faveurs dugouvernement ?
Quelles faveurs ? Si j?étais au Parlement, j?aurais demandé au leader de l?opposition de quelles faveurs il parle. J?avais invité le Premier ministre à l?inauguration de l?université et il est venu. S?il avait senti qu?il y avait anguille sous roche, il n?aurait pas été présent, non ? Il aurait dit qu?il n?est pas d?accord. Si jamais quelqu?un m?a fait une faveur, cela aurait été le Premier ministre, or il travaille pour le pays. Donc de quoi parle-t-on ?
● On a l?impression que ce parti d?opposition veut régler des comptes avec vous à travers cette polémique?
Non, je ne pense pas. Je pense plutôt que cela a à voir avec un ancien directeur de la Tertiary Education Commission (TEC) qui travaille maintenant dans une institution d?enseignement supérieur. Il connaît tous les rouages de la TEC. Mais ce n?est pas correct. Je reviens à votre question : quelle faveur ? Même Navin Ramgoolam a dit en public que «Jeetah zame inn vinn get mwa pou gayn enn faver.»
De quoi parle-t-on ? Quelle faveur aurait-on bien pu me faire ? L?argent ? Je n?en ai pas besoin ! C?est mon argent que j?ai mis dans ce bâtiment à Ebène.
● Donc il ne serait pas vrai de dire que ce parti est en quelque sorte en train de vous reprocher de vous être rapproché de Ramgoolam ?
Je ne suis pas un membre de ce parti. Pendant 50 ans, j?ai travaillé avec les frères Bissoondoyal. Ils étaient là pour donner l?éducation à la masse et j?ai décidé de continuer ce travail. Je ne demande pas la reconnaissance du public. Je ne fais que mon devoir ? celui d?aider, dans la mesure du possible.
● Quel regard jetez-vous, avec votre riche passé, sur la politique aujourd?hui ?
Ramgoolam est compétent. On peut ne pas être d?accord avec lui mais il se tire bien d?affaire dans les conditions que nous savons. Bérenger est un bon ami, il accepte toujours mes invitations à chaque fois que je l?invite au collège. Je suis en bons termes avec tous les partis. Mais mon but est d?aider mon pays.
● Etes-vous satisfait de la performance de votre fils Rajesh, en tant que ministre ?
(Rires?) N?a-t-il pas dit hier (NdlR jeudi) qu?il va vendre des milliards de roupies de tissus ? C?est un bon commerçant ! N?est-il pas allé acheter Rs 60 milliards de pétrole à Delhi ? Il se débrouille. On ne peut pas faire mieux.
● Il a quand même eu mauvaise presse et beaucoup de critiques de l?opposition.
Que voulez-vous ? Il y aura toujours des critiques. L?industrie du textile n?allait pas bien et voyez maintenant. Il a un Phd en textile, Rajesh, et cette connaissance l?aide aujourd?hui.
● On a l?impression qu?il y a deux axes au gouvernement - celui un peu plus libéral et l?autre très gauchiste, duquel fait partie votre fils. Cela vient-il de votre côtoiement de l?Independent Foward Block (IFB) ?
Oui, je suis aussi comme cela. Ce sont les pauvres qui seront à la tête du pays demain. Prenez mon exemple : je n?ai pas eu d?éducation formelle et pourtant j?étais ministre. Il est vrai que je ne le suis pas resté longtemps. Gaétan Duval était venu nous voir pour nous proposer (à l?IFB) de l?argent. Nous avons refusé parce que nous avions des principes et parce que nous avions pris l?engagement auprès du public que nous allions travailler pour lui et que nous serions fidèles à notre leader qui était Seewoosagur Ramgoolam. Mais le même jour, Ramgoolam appelle Duval et lui dit « ki to pe al fer lalians ek bann la, vinn fer lalians ek nou». Et nous sommes partis. Il y a d?autres choses que je ne suis pas habilité à vous dire. C?est cela la politique.
● La politique n?a pas changé ?
C?est pareil. Voyez l?opposition. Sakenn pe get so bout.
● Vous n?avez jamais été tenté de faire un retour en politique?
Quelques années après son entrée en politique, Navin Ramgoolam a tenté de me convaincre d?y retourner. J?ai dit non.
● Pourquoi ?
Parce que je ne pouvais pas trahir mon leader. J?étais avec les frères Bissoondoyal pendant plus de 50 ans. Ces deux frères étaient exceptionnels. Ils étaient sérieux, n?ont jamais volé un sou, n?ont jamais cherché de faveurs. Je suis un peu comme eux. C?est la raison pour laquelle je fais ce que j?ai à faire mais je reste très loin du pouvoir. Mais ce leader de l?opposition na pa konpran nanrien.
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