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« Start-ups » : Nul n?est prophète en son pays

15 juillet 2007, 00:00

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Début des années 2000. La vague des start-ups atteint Maurice et l?el-dorado virtuel qu?est Internet re-présente des possibilités illimitées. De plus, les histoires d?entreprises d?outre-mer, basées sur les nouvelles technologies et rachetées pour des millions de dollars, commencent à passionner les Mauriciens. Plusieurs tenteront l?aventure, mais la plupart connaîtront une triste fin, à l?image de l?ambitieux portail V-Street.

Mais aujourd?hui, quelques entreprises basées à Maurice et opérant sur le Net subsistent. Quelques-unes se démarquent encore plus. Car alors que la population ignore pratiquement tout des activités de certaines boîtes sur Internet, ailleurs, des sites mauriciens bénéficient d?une notoriété et d?une crédibilité à faire pâlir les plus importants portails européens. Fait notable qui pourrait expliquer bien des choses, ces start-ups sont plus ouvertes vers un public étranger que local.

À l?image de Vinivi, dont le fondateur, Gilles Granger, déclare : « Je suis plus connu à l?étranger, ça, c?est sûr. À Maurice, les gens ne comprennent pas vraiment ce qu?on fait. » Car l?activité de cette start-up peut facilement dérouter les profanes. Gilles Granger et son équipe s?occupent, en effet, d?un site Internet se spécialisant dans la comparaison des prix et de la qualité des services des hôtels à travers le monde.

« Au départ, on s?est rendu compte qu?il y avait un déficit d?informations pour les voyageurs voulant se renseigner sur le Web, expli-que Gilles Granger. Trente à 40 % des touristes européens planifient leurs voyages sur Internet et c?est le créneau que nous exploitons. » Ainsi, grâce à une communauté qui a su se développer à travers les années, Vinivi compte aujourd?hui 30 000 hôtels référencés à travers le monde, et sur lesquels les clients partagent leurs avis en fonction de leurs expériences vécues, qu?elles soient positives ou négatives.

« Au cours de nos recherches, nous nous sommes rendu compte que le seul compétiteur que nous avions, était un site anglophone, visant principalement l?Amérique du Nord. Nous étions le premier à exploiter le créneau francophone », précise Gilles Granger. Ainsi, avec plus de 300 000 pages vues par mois, Vinivi est aujourd?hui un partenaire du moteur de recherche Google, et est référencé sur plus de 300 blogs différents, chacun accueillant 10 000 à 20 000 visiteurs par jour.

Viser un marché étranger plutôt que local

Situés dans le cadre pittoresque de Trou-aux-Biches, les locaux de Vinivi s?apparentent à l?image que l?on se fait de la start-up : une grande salle, deux tables, huit ordinateurs et huit employés. Mais le succès de la société ne dépend pas que de sa notoriété. Ainsi, Gilles Granger explique que ses partenariats avec les tour-opérateurs et autres professionnels de l?hôtellerie permettent à l?entreprise de s?assurer un chiffre d?affaires confortable. Il évite toutefois de mentionner des sommes exactes.

Gilles Granger explique le succès de Vinivi par le fait qu?il a visé un marché étranger plutôt que local. « La différence entre nous et les start-ups mauriciennes qui se sont crashées, est le fait d?avoir réalisé l?inflexibilité du marché local. Je ne suis pas sûr que les Mauriciens soient prêts à changer leurs habitudes de consommation. » D?autant que la pénétration d?Internet chez les Mauriciens demeure largement en dessous de ce qu?une « cyber-île » pourrait espérer. « Il y a un réel problème de démocratisation d?Inter-net à Maurice, et le coût étrangement élevé n?est pas étranger à cela. »

Un avis que partage Bernard Grac, directeur de la start-up Capitaltouch. com, basée à Quatre-Bornes. Tout comme Vinivi, cette entreprise vise un marché étranger, mais se montre plus diplomate sur l?état du marché national. « Il s?éveille, lentement, mais sûrement. La culture Internet s?impose en douceur. Mais les tarifs de connexion ne sont pas encore à la portée du pouvoir d?achat de bien des familles, et les bandes passantes sont encore trop modestes pour envisager certaines ambitions internationales », précise Bernard Grac.

La gratuité a un sens particulier

Comme de nombreuses idées d?entreprises, Capitaltouch. com est à l?origine une expérience personnelle que Bernard Grac a voulu partager avec d?autres personnes. « Alors que je m?installais à Maurice, je me suis rendu compte qu?il y avait un manque d?informations sur le pays et les démarches à suivre. D?où l?idée de faire un guide économique d?envergure internationale », confie-t-il.

Et à Capitaltouch. com, la réflexion est la même qu?à Vinivi, mais dans un autre créneau. « Si vous prenez la filière officielle, le Board of Investment par exemple, il va inciter les gens à s?installer à Maurice, mais en ne vendant que du positif. Je me suis rendu compte qu?il y avait un manque d?informations gratuites sur Internet », poursuit Bernard Grac. Mais sur Internet, la gratuité a un sens particulier. Car tout comme les médias classiques que sont la télévision et la radio, les espaces de publicité rapportent beaucoup.

Si pour une visite, un espace de publicité ne rapporte que quelques centimes d?euro, soit à peine quelques roupies, Bernard Grac vient vite balayer tout doute : « Vous savez combien de visites le site jeuneafrique. com reçoit par mois ? 500 000. Notre projet envisage de mettre à la disposition des étrangers un guide économique en plusieurs langues. Nous parlons ici d?un marché de 3,5 millions de personnes. » Le calcul est vite fait et le modèle de start-up paraît, a priori, extrêmement rentable.

Ce genre de discours n?a toutefois été qu?un rêve brisé pour de nombreux Mauriciens. Le désenchantement de la première vague de ce type de boîte à ici semble avoir calmé plus d?un, malgré les efforts du National Computer Board (voir hors-texte). Mais Bernard Grac semble avoir la réponse sur l?échec de ces malheureux « pionniers ».

« Environ 95 % des premières start-ups, au début de l?ère dite ?nouvelle économie? ont été développées par des informaticiens ?bi-douilleurs? pour la plupart, et sans aucune expérience du climat des affaires ou des méthodes fondamentales utilisées dans le monde économique », explique-t-il. « Cette absence totale d?expérience et de connaissance du tissu économique a été fatale à la plupart des ?jeunes pousses? innovantes. » Ainsi, les lois du marché local des technologies de l?information et de la communication ne sont pas les seuls facteurs du succès d?une start-up.

Il suffit d?un peu de créativité et de notions des affaires. Car, comme le résu-me le directeur de Capitaltouch. com, « Maurice dispose de véritables atouts pour viser le monde : sa culture, ses langues, ses ressources humaines. Le pays est fait pour des » pionniers » du Web, comme dans d?autres secteurs. Mais Maurice doit oublier le temps du plagiat, des copies qui permettaient d?engranger des profits rapides et faciles ».

Que 35 % de réussite

Le bilan n?est pas flatteur. Face au flamboyant succès des start-ups d?outre-mer qui ont fait rêver plus d?un, certaines boîtes ne tiennent même pas quelques mois. Ainsi, pour ouvrir la voie aux jeunes créatifs mauriciens, il existe un centre qui les encadre, afin de prévenir des échecs prématurés. Initiative du National Computer Board (NCB), le NCB-ICT Incubator Centre est opérationnel depuis 2003. Prenant en charge les nouvelles démarches d?affaires de jeunes passionnés en informatique, le NCB les accompagne grâce à des stages.

À ce jour, le centre a accueilli 23 start-ups, avec un total de 138 employés.

Seuls huit ont passé l?épreuve et opèrent aujourd?hui sans accompagnement ni aides, soit seulement 35 % Parmi les mesures mises en place pour encourager et aider la formation de start-ups, le NCB prévoit des programmes d?encadrement et de conseils sur le financement, des facilités pour les locaux, la logistique, comme l?accès à Internet haut débit, et la sécurité informatique. De plus, le NCB organise aussi des séances de formation avec d?autres institutions comme partenaires, notamment le Board of Investment, ou encore la Banque de développement.

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