Publicité

Grandeur du Dr Maurice Curé – 2

27 avril 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Nos réminiscences poursuivent ce matin le rappel de la carrière du Dr Maurice Curé (voir l’express d’hier), s’inspirant de l’hommage que lui rend, en avril 1982, The Nation, après que ce journal boolelliste eut annoncé le décès de sa veuve, décès survenu le 6 avril 1982. Nous reprenons ce récit après la fondation de son Parti travailliste (PTr), le 23 février 1936, au Champ-de-Mars.

L’oligarchie et le patronat sucrier s’opposent aux revendications ouvriéristes de Curé. La tension, opposant patronat et classe ouvrière, devient chaque jour plus vive. La coupe de la canne est marquée, en 1937, par une série de grèves sur plusieurs établissements sucriers. Maurice Curé est au four et au moulin, courant d’une grève à une autre, galvanisant le mouvement ouvrier naissant et s’efforçant d’obtenir pour les travailleurs de meilleures conditions de travail. Il est aidé dans sa tâche par le Pandit Sahadeo qui traduit en hindi ses interventions. Hurryparsad Ramnarain, qui contrôle le syndicalisme ouvrier dans le Nord, lui est d’une aide précieuse. Emmanuel Anquetil, qu’auréole une longue et active carrière syndicaliste et travailliste en Angleterre, ne tarde pas à devenir le plus précieux collaborateur de son PTr. Le courageux témoignage de Guy Rozemont permet à Maurice Curé de gagner le procès qu’il intente à Radio-Maurice pour diffusion d’un séga l’insultant. Un siècle plus tôt, la ploutocratie essayait de la même façon de diffamer le Père Jacques Désiré Laval pour le décrédibiliser aux yeux des descendants d’esclaves. Que de crimes ne commet-on pas quand la fortune permet d’assouvir la haine et la cruauté pouvant résider dans un cœur humain ?

Le mouvement ouvrier anti-capitaliste durcit encore le ton, en août 1937. Des planteurs, mécontents du pesage de leurs cannes, se joignent aux manifestants. A Union-Flacq S.E., appartenant à Rajcoomar Gujadhur et aux siens, l’inévitable se produit. Un membre de l’état-major panique et se sert de son arme à feu contre la foule des manifestants. La fusillade cause la mort de plusieurs ouvriers. Cela n’empêche pas le Turf Club de célébrer, peu après, le 125e anniversaire de sa fondation.

Pour calmer les esprits, le gouverneur nomme, le 17 août 1937, une commission d’enquête pour examiner les revendications ouvrières et des planteurs. Elle dépose son rapport le 12 avril 1938. Elle exonère Maurice Curé de toutes les accusations de sédition, pesant contre lui. Elle lui donne même raison sur les points suivants : (i) le pesage des cannes doit se faire en présence d’un représentant des planteurs (ii) les salaires des travailleurs et des journaliers doivent être augmentés (iii) la loi régissant la compensation des travailleurs doit être mise en vigueur (iv) doivent être créés un Bureau du travail, des comités de conciliation et d’arbitrage (v) la liberté syndicale doit être respectée (vi) l’instauration de gages minimaux doit devenir effective (vii) la Banque agricole doit accorder des facilités aux planteurs.

Le 12 avril 1938, le gouverneur Bede Clifford nomme Abdool Latif Osman et Seeparsad Seerbokun pour représenter la classe ouvrière au Conseil Législatif, alors que le choix de Maurice Curé s’impose ici incontestablement. Le 8 avril 1938, débarque du navire Barentz, M.H.T. Oswell, premier commissaire du Travail à Maurice. Le 1er mai 1938, Curé rassemble une foule de 35 000 ouvriers au Champ-de-Mars pour célébrer, pour la première fois à Maurice, la Fête du Travail. Il met en garde contre le retard apporté à l’exécution de certaines recommandations de la commission d’enquête. Il réclame une réduction des heures de travail journalières, une augmentation des salaires, la révision de la Constitution et le droit de vote pour les ouvriers. Il leur dit cela : “Si nos capitalistes connaissaient la grande misère des travailleurs mauriciens, leurs capitaux leur brûleraient les doigts et leurs nuits seraient peuplées de cauchemars et de remords”.

La popularité grandissante de Curé inquiète de plus en plus l’oligarchie et le patronat. Ils multiplient les exactions à son égard. Il perd pratiquement toute sa clientèle privée et se retrouve réduit à la plus grande des misères matérielles et financières. A nous, d’essayer d’imaginer aujourd’hui qu’elle peut être alors la douleur de ce chef de famille devant condamner sa famille à une pauvreté extrême. Son journal, Le Peuple Mauricien, connaît bien vite des difficultés financières insurmontables. Le jour de sa fermeture, Curé devra faire la quête parmi les travailleurs licenciés afin de pouvoir rentrer par autobus chez lui, à Curepipe. Ruiné, endetté, Curé est aux abois et ne sait comment survivre, lui et les siens. Il lui reste encore à connaître la margoze d’une disgrâce politique qui fera l’objet de notre chronique du lundi 30 avril 2007.

Publicité