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Souris City

27 avril 2007, 00:00

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D’abord, le logo du géant Dreamworks, société de production de Steven Spielberg : le petit garçon qui vient se jucher sur un croissant de lune avec sa canne à pêche. Tout est propre, lisse et fait en images de synthèse. Puis, celui des studios Aardman, artisans à qui l’on doit Wallace & Gromit : image fixe d’une étiquette en papier avec “Aardman Studios” écrit dessus. L’idée étant peut-être de faire passer le message que chez ces spécialistes de la pâte à modeler, tout est fait à la main. L’association des deux maisons n’est pas le mariage de la carpe et du lapin, juste une union temporaire née d’une nécessité “scénaristique”, celle de mettre en scène d’immenses quantités d’une eau malsaine et malodorante.

Souris City, signé David Bowers et Sam Fell, est un film d’animation dont l’action se déroule essentiellement dans les égouts de Londres. Le film étant américain, on pourrait écrire en toute mauvaise fois que c’est la raison pour laquelle, avant d’en arriver aux égouts, le spectateur a droit aux sempiternelles images touristiques de la capitale britannique. Piccadilly et le quartier huppé de Kensington, notamment y sont reproduits en images de synthèse. Sauf que les scénaristes ont cette fois, été suffisamment sournois pour justifier ces images. Le héros de cette histoire est un rat de compagnie vivant dans une cage dorée chez une famille fortunée habitant Kensington. Et, en voulant expulser un vulgaire rat d’égout de “sa” maison, il se retrouve, via les W-C et un labyrinthe de plomberie, dans les égouts de Londres. Le monde d’en haut y a été reproduit : le London Eye, Big Ben, l’angle arrondi de Picadilly, etc. sans compter la Tamise.

L’image est assez frappante, peut-être en raison des quelques secondes que l’on prend pour s’apercevoir que toutes ces reproductions sont en matériel de récupération – c’est-à-dire qu’elles sont faites avec des détritus. Ce n’est pas pour inviter les lecteurs à se vautrer avec leurs enfants dans l’ordure, mais l’un des charmes de Souris City est bien dans la manière dont tous ces détritus trouvent une vie nouvelle. Les tout jeunes spectateurs s’en délecteront probablement ou alors, ils apprécieront les gags à la Tex Avery ainsi que les belles scènes d’action dignes des films d’aventures avec poursuites et cascades. Évidemment, avec l’apport technologique des studios Dreamworks, celles-ci sont particulièrement réussies, reproduisant dans les moindres détails tout ce qui tient du mouvement articulé. Sans compter que la profondeur de champ obtenue grâce aux images numériques rend de telles scènes encore plus spectaculaires.

Tout cela respire le produit de qualité conçu pour satisfaire le public ciblé, à savoir les tout jeunes accompagnés par des adultes. C’est vers ces derniers qu’est orienté l’humour dans Souris City. Ainsi, le méchant de l’histoire est un crapaud mafieux qui est un grand admirateur de la famille royale d’Angleterre. Le film abonde en fines allusions, qu’elles soient littéraires (le cafard surpris en train de lire La Métamorphose) ou sur les stéréotypes nationaux (le cousin français du Crapaud – “Le Frog”, dans la version originale – qui parle avec la voix de Jean Reno). Il y a surtout, assurant la bande originale, un chœur de limaces reprenant quelques vieux tubes des années 1960-70. Entendre une chanson de Tom Jones interprétée par des limaces est une expérience à ne pas rater.

Souris City est au final, un film efficace, divertissant et sans temps mort auquel on ne pourra reprocher qu’une seule chose : d’être justement un produit dans les normes, sans ces innovations, ces prises de risques auxquelles la maison Aardman nous avait habitués.

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