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Un risque accru de pandémies

26 avril 2007, 00:00

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Le réchauffement climatique va-t-il, entre autres conséquences, modifier la répartition géographique des insectes servant de vecteurs à des maladies infectieuses ? Le paludisme pourrait-il réapparaître en Europe occidentale, d’où il a disparu au Xe siècle ? Dans les pays en développement, des régions jusque-là indemnes seront-elles touchées par ces maladies ?

Selon le récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), “les projections des changements climatiques affecteront probablement l’état de santé de millions de personnes, particulièrement celles à faible capacité d’adaptation”. Parmi les mécanismes en cause, les experts pointent “la modification de la répartition spatiale de certains vecteurs de maladies infectieuses”.

Jusqu’à l’épidémie de chikungunya qui a frappé en 2006 l’océan Indien, et notamment l’île de la Réunion, la renommée du moustique Aedes albopictus ne dépassait pas le cercle des entomologistes. Ceux-ci considéraient d’ailleurs qu’il n’était pas le meilleur vecteur des arbovirus - ensemble de virus transmis par des moustiques ou des tiques, comme le chikungunya. Avant 1980, A. albopictus était présent en Asie du Sud et du Sud-Est, au Japon et dans l’océan Indien. Depuis 1980, il s’est étendu à la Chine, à l’Océanie, au bassin méditerranéen – sud de la France compris –, en Afrique (Nigeria et Cameroun) et à une partie du continent américain, dont les États-Unis.

L’équipe de Didier Raoult (CHU La Timone, Marseille) indiquait, dans le New England Journal of Medicine, qu’à l’image de l’émergence en 1999 du virus West Nile aux États-Unis, “le virus chikungunya pourrait s’établir dans n’importe laquelle des zones tropicales ou tempérées où A. albopictus est présent aujourd’hui, ou dans celle où il migre”.

Simon Hales et ses collègues de la faculté de médecine de Wellington (Nouvelle-Zélande) ont réalisé une modélisation de la dengue, maladie virale transmise par un vecteur la plus répandue au monde, pour laquelle il n’existe ni traitement efficace, ni vaccin. En 1990, près de 30 % de la population mondiale vivaient dans une région où le risque de transmission de la dengue était de 50 %. En 2085, avec les modifications prévisibles touchant les populations et le climat, plus de la moitié des habitants de la planète, soit 5 à 6 milliards d’individus, seraient exposés au risque de dengue, contre 35 % si le climat ne se modifiait pas.

Depuis les années 1970, le paludisme s’est largement développé dans une grande ville comme Nairobi (Kenya), pourtant située à plus de 1 600 m d’altitude. À quoi faut-il attribuer cette extension vers des zones habituellement exemptes et dont les habitants ne sont que faiblement immunisés contre elle ? Est-elle imputable au réchauffement climatique ou à d’autres facteurs - insuffisance des campagnes de démoustication, apparition de moustiques résistant aux insecticides ou mouvements de population ? Toute la difficulté réside dans l’incapacité à différencier ces différents paramètres qui, de plus, ne s’excluent pas.

Jean-Pierre Besancenot, du Centre de recherches de climatologie à l’université de Bourgogne, écrivait en 2000 : “Si en 1990, 45 % de l’humanité vivaient dans des régions où sévit le paludisme, le taux pourrait atteindre 60 % dans un demi-siècle, du double fait de l’élargissement de la zone impaludée et de sa forte croissance démographique”.

Paul BENKIMOUN</B> © Le Monde 2007</B> <I>Distribué par The New York Times Syndicate</I>

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