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La gauche dame “royalement” le pion à la droite

26 avril 2007, 00:00

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La bonne nouvelle de la semaine, c’est incontestablement le taux record de participation, la ruée vers les urnes ou le sursaut démocratique. C’est bon signe. Les électeurs réunionnais se sont aussi réapproprié la chose politique. Cette fois-ci, ils n’ont pas voulu se faire voler le débat comme en avril 2002. Les Français ont bel et bien tourné la page, d’où le taux historique de participation.

Du jamais vu depuis la première présidentielle de la Ve République en 1965. Localement, on est très loin des 43 % d’abstention du 21 avril 2002. Plus de 72 % des Réunionnais ont accompli leur devoir civique. En dépit de cette participation importante, la Réunion s’est une fois de plus illustrée par un vote à contre-courant.

Cette “tradition” électorale a en effet été respectée. En 1995, Lionel Jospin l’avait emporté ici, alors qu’en métropole, il avait terminé 3e derrière Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Cinq ans plus tard, localement, Ségolène Royal (Parti socialiste) arrive largement en tête devant Nicolas Sarkozy. Or, dans l’Hexagone, le candidat de l’ Union pour un mouvement populaire (UMP) la devance de cinq points.

Dans le département, Ségolène Royal fait mieux que Lionel Jospin en 2002. Et en plus elle le venge en se qualifiant pour le deuxième tour. Avec 46,23 % de voix, à la Réunion, la candidate socialiste bat tous les records et réussi même pour une fois l’exploit de peindre en rose la petite commune de la Plaine-des-Palmistes.

Du jamais vu dans cette localité de l’Est pourtant profondément enracinée à droite. Carrément historique ! Marco Boyer en perd son latin. Ségolène Royal l’emporte dans quasiment toutes les communes. Rappelons que 19 de ces localités sont pourtant tenues par des maires de droite ou divers-droite depuis la “vague bleue” de 2001.

Les mesures sociales (SMIC à 1 500 euros, augmentation de 5 % des petites retraites pendant 5 ans...) de la candidate socialiste ont manifestement eu beaucoup plus de portée que les projets économiques de Nicolas Sarkozy, notamment dans les quartiers populaires.

La droite locale va devoir reprendre son bâton de pèlerin et repartir mouiller casaque sur le terrain si elle veut remonter la pente en vue des législatives de juin prochain. Dans les cinq circonscriptions de l’île, la gauche lui dame “royalement” le pion.

Les résultats reflètent à bien des égards la physionomie de la campagne locale où le PS uni est resté fidèle à sa ligne de conduite en faisant bloc derrière sa candidate et en appelant au “vote utile” dès le premier tour. À droite, les “tâtonnements” ou autres déchirements sur la place publique ajoutés à une certaine mollesse n’ont pas avantagé le représentant national de l’UMP.

Quant à la stratégie brouillonne de Paul Vergès, voulant au départ faire de la plate-forme de l’alliance un enjeu présidentiel, puis appelant au dernier moment à soutenir la candidate Marie-George Buffet, déstabilisant ainsi les militants communistes, on peut dire qu’elle n’a pas du tout fonctionné.

<I>“ Du jamais vu depuis 1965(…) plus de 72 % des Réunionnais ont accompli leur devoir civique (…) la Réunion s’est encore une fois illustrée par un vote à contre-courant.”</I>

Avec 2, 97 % des suffrages, elle réalise un score lamentable. Paul Vergès n’a pas réussi à transformer le vote-sanction (anti-PS) en vote d’adhésion. Les militants communistes ne l’ont pas suivi. Le spectaculaire “raté” de la consigne de vote Buffet marque aussi quelque part la fin de l’ère Vergès, qui n’a manifestement plus la main-mise sur la base communiste.

Le score de Marie-George Buffet à la Réunion est à peine supérieur à celui enregistré par Robert Hue en 2002 et proche de celui d’Olivier Besancenot qui n’a bénéficié du soutien d’aucun appareil. Un véritable affront pour le PCR et Paul Vergès qui avaient appelé à voter par la candidate communiste au premier tour.“Votez pour vous” : le slogan décliné par Marie George Buffet tout au long de sa campagne électorale sonne de façon particulièrement creuse ce matin. Ni dans l’Hexagone, ni dans le département, la candidate communiste n’est parvenue à mobiliser un électorat écartelé entre la nécessité de voter utile, et le désir de se rallier à d’autres candidatures jugées plus modernes issues de l’extrême gauche.

Résultat, en métropole comme à la Réunion, Marie-George Buffet est très loin de la barre des 5 %, un seuil dont s’est rapproché Olivier Besancenot à l’échelle nationale. Ce n’est pas une surprise : localement, la représentante du PCF obtient ses meilleurs scores au Port (11,84 %), à Sainte-Suzanne (17,25 %), et à la Possession, commune où elle plafonne pourtant à 5,10 %. Ces chiffres sont, en fait, presque outrageants : dans ces fiefs communistes acquis à sa cause sur le papier, elle est littéralement écrasée par Ségolène Royal qui fait cavalier seul.

Le Parti communiste s’en défendra évidemment, mais la contre-performance annoncée de Marie-George Buffet permet de relativiser aujourd’hui l’influence du PCR sur ses électeurs, et contraint les observateurs à s’interroger sur le poids réel de ce parti au sein de l’électorat.

En 1995, soutenu par Paul Vergès, Robert Hue avait obtenu 10,54 % des suffrages avant de sombrer sept ans plus tard (1,24 %), le Parti communiste se rangeant dès l premier tour derrière Lionel Jospin.

©JIR</I>

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