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Pas de ?lundi cordonnier? pour Ah-Kit
?Là ou s?arrêtent nos pas?, dit la chanson militaire. Ceux qui font halte à l?échoppe d?Ah-Kit, cordonnier, réparateur et fabricant de chaussures à Rose-Hill, n?entendent certes pas? le bruit des bottes.
Ces visiteurs perçoivent plutôt un mélange de senteurs de peaux et de colle en pénétrant l?antre où se reposent les supports malades de notre ?à venir?: tandis que ceux-là sont empilés sous les étagères, les nouveaux nés, impatients, sont prêts au grand bond en avant, voulant bien être chaussés par la vie, miroirs de nos envies, indispensables atouts de soirées couronnées d?ivresses, armes fatales de Cendrillons supercoules?
Dans le local exigu qui pourrait être celui d?un marionnettiste, règne une étrange atmosphère, comme une porte ouverte sur un autre âge. Celui, où des cordonniers comme Ah-Kit étaient la norme et les vendeurs de chaussures, l?exception : ?Ayo, sa finn fini aster. Azordi ena de trwa zenness. Me kordonier komplet ape disparet ! ?. Ceux qui, comme lui peuvent animer, ?fer kiksoz ar enn bout lapo.?
Il faut pourtant bien de la patience ici. Le temps, avec les pas, semble lui aussi avoir arrêté sa progression. Au milieu d?un dédale de sacs plastique, joyeux chaos organisé, les chaussures attendent sans protester, la lente guérison du maître des heures : ?revini samdi?, promet-il à une jeune femme qui sait que son attente ne sera pas aussi chère payée que l?achat de nouvelles sandales. Alors, plutôt Rs 200, 300.. et voilà des chaussures neuves comme au premier jour ! Pas de lundi cordonnier pour ce démiurge qui entretient l?âme des pieds.
Et puis, sans trop faire attention à la mine pressée de rides du client qui surgit, furetant d?un simple coup d??il, il diagnostique : ?kapav mett enn semel ar li?. Car à Ah-Kit, tous les outrages des marches effrénées sont des paysages familiers : ?Mo pou egaliz sa. Soulie la enkor perse. Apre sa mo koud li?.
Il n?y a rien qu?il ignore de ce que nous croyons si bien traiter, de l?empeigne des délicats soulie madam aux talons plats de ces messieurs. Privilégiant encore pour ces derniers le cuir naturel (direct de la tannerie), Ah Kit s?est résolu aux semelles synthétiques pour elles.
Le temps n?est pas toujours un allié, ?40 banane mo ladan?. Et si certaines choses et certains êtres marchent toujours de la même manière, le pied carré du cuir tanné, lui, a pris l?ascenseur, laissant tous les petits poucets pieds nus, et n?empruntant désormais que des chemins balisés par des tapis rouges, couvrant de précieux orteils de VIP : ?Mazine enn kout : li ti Re 1.75 a lepok?!
En puisant dans ses propres souvenirs, Ah Kit évoque l?heure prospère où il employait une vingtaine de personnes. Aujourd?hui, il est seul, ou presque, à répondre à toutes les demandes.
Jusqu?à en acquérir une certaine sagesse : ?Sa metier la finn fer mwa kompran dimounn so karakter. Sa ki impasian, sa ki kompran, sa ki pran soin??, nous dit cet ancien de la Fire Brigade, qui une fois la semaine, arrête les pendules du nécessaire gagne-pain pour chausser? des chaussures à tétons, ?après quatre heures??
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