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L?autre visage de Shakeel Mohamed

22 avril 2007, 00:00

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Shakeel Mohamed, voila un nom qui a fait grand bruit ces derniers temps. Il était au c?ur de la polémique qui faisait rage autour de l?Azaan, l?appel à la prière. Et ce personnage est lui-même sujet à controverse. Les avis à son sujet divergent. Pour certains, il est un incendiaire, un joueur d?échecs et pour d?autres, un gentleman plutôt bel homme, un tantinet charmeur.

Avec des informations si disparates, nous allons à sa rencontre sans savoir sur quel personnage on va tomber. Mais nous sommes tout de même un peu curieux. Qui se cache derrière cet homme si médiatisé ?

À l?heure de la rencontre, Shakeel Mohamed arrive avec quelques minutes de retard. Ce qui est tout de même excusable pour un homme de loi qui est de surcroît politicien. Son emploi du temps chargé et son téléphone qui sonne sans cesse en est la preuve. Vêtu de son complet veston cravate, Shakeel Mohamed a une allure imposante, surtout de par sa grande taille.

Un bonjour à peine esquissé, un regard furtif et la conversation est vite entamée. Avec lui, pas de détour, pas de formule de politesse stérile. Et pendant cette rencontre, l?homme qu?il est aujourd?hui est mis de côté au profit de l?enfant, de l?adolescent, du jeune homme qui a fait ses premiers pas dans le monde des adultes.

Shakeel Mohamed voit le jour en 1968 à Rose-Hill. Il fait sa scolarité à l?école primaire Notre-Dame des Victoires, avant d?entamer ses études secondaires au collège du Saint-Esprit. Mais il les terminera au collège Royal de Curepipe. Contrairement aux autres enfants de leur âge, sa s?ur et lui devront passer trois années sans leurs parents.

« Lorsque j?étais au collège, mon père a travaillé en tant qu?ambassadeur en Égypte. Nous l?avons tous suivi, mais après, ma s?ur et moi sommes revenus à Maurice pour poursuivre notre scolarité. Cela a été très dur de vivre sans les parents. On se sent un peu perdu. Il nous manquait cette ancre-là dans la vie », confie l?homme de loi.

Il semble effectivement que la famille a une place prépondérante dans la vie de Shakeel Mohamed. « J?aime bien être indépendant tout en ayant mes parents à mes côtés », laisse-t-il entendre, un sourire amusé au bord des lèvres.

« Mon meilleur ami, c?est mon père. On parle de tout : de la politique, de l?économie, du droit, des femmes. »

Aujourd?hui encore, ils cheminent ensemble. Shakeel Mohamed travaille actuellement aux Mohamed Chambers, le cabinet de son père.

« J?ai de l?espoir pour mon pays »

Contrairement à ce que croit tout le monde, la carrière de son père n?a pas influencé Shakeel Mohamed dans son choix d?études. « Il ne nous a jamais forcés à faire quoi que ce soit. Il nous demandait seulement de travailler honnêtement. En fait, j?ai fait mes inscriptions à l?université sans même qu?il le sache. Je le lui ai dit que lorsque j?ai été accepté. Fallait bien payer ! », lâche-t-il le regard amusé. Son désir de faire du droit lui est venu lorsqu?il était au collège du Saint-Esprit. Le petit garçon timide qu?il était, s?était transformé en chef du groupe de débats. Il commençait déjà à avoir de la répartie.

C?est donc à l?université de Buckingham qu?il entame son LLB. Pendant ses études, Shakeel Mohamed travaille comme agent de sécurité, ce qui lui permet d?avoir une certaine autonomie. « Le premier salaire que j?ai reçu était quelque chose d?extraordinaire. C?est une sensation que l?on n?oublie pas. »

Mais sa passion, c?est la loi, elle le fascine. « C?est quelque chose de vivant, de dynamique qui est en constante évolution. Et sans que l?on s?en rende compte, tout dans notre vie est régi par la loi. » Après Buckingham, il prend la direction de Londres où il fait ses études de barreau.

Au bout de quelques années passées en Angleterre, c?est sur l?insistance de son père que Shakeel Mohamed revient au pays. Comme quoi l?autorité paternelle a une grande influence dans sa vie.

« Personnellement, je ne voulais pas revenir. Et je veux toujours repartir. Je prépare un éventuel départ pour Genève ou New-York dans l?avenir. » Car pratiquer le droit à Maurice est pour lui la source d?une certaine frustration. « Il est très difficile de pratiquer à Maurice à cause de son système archaïque. Il faut un changement radical du système. »

Shakeel Mohamed porte aussi un regard critique, même acerbe sur la mentalité mauricienne. Il ne voit pas de patriotisme. Le Mauricien porte des visières qui l?empêchent de voir au-delà de ses frontières pour explorer toutes les possibilités que lui offre le monde. Mais l?homme de loi ne désire les bras croisés devant tout ce qu?il voit et analyse. « J?ai de l?espoir pour mon pays. Maurice a un potentiel énorme. Il suffit de changer le système. »

D?après ses dires, c?est la raison pour laquelle il a voulu entrer dans le monde de la politique. Il fait ses premiers pas en 1995 avec le MSM. « La politique offre la possibilité d?apporter des changements de l?intérieur », explique-t-il.

Anecdotes amusantes et marquantes

Son parcours professionnel, qui lui a permis de rencontrer les personnalités de ce pays, est truffé d?anecdotes amusantes et marquantes. Il nous raconte qu?il avait eu un jour à traiter une affaire contre sir Gaëtan Duval. Cela concernait une histoire entre un locataire qu?il représentait et un propriétaire que Gaëtan Duval défendait. « Arrivé en cour, je constate que Gaëtan Duval est en retard. Je l?appelle et il me demande de dire à mon client qu?il lui fait une offre de cinq ans sans qu?il ait à payer la location, l?eau et l?électricité. Mon client refuse l?offre lorsque je lui en parle. Mais quand Gaëtan Duval arrive et fait une offre d?une année seulement à mon client, ce dernier accepte ! Incroyable, mais c?était ça le charisme de sir Gaëtan Duval. »

Aujourd?hui divorcé et sans enfants, Shakeel Mohamed avoue sans ambages que sa famille c?est la politique « et mes enfants sont ceux qui ont voté pour moi. » Mais il ne compte tout de même pas abandonner sa carrière d?homme de loi pour se concentrer uniquement sur la politique.

« Je quitterai le barreau pour la politique si l?on augmente le salaire des députés », termine-t-il dans un grand éclat de rire.

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