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Miselaine Soobraydoo et le sacre européen

3 mars 2007, 00:00

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C?est avec gourmandise que Miselaine Soobraydoo raconte sa première tournée triomphante en Europe. «J?étais partie avec un but : apprendre, grandir, me donner totalement au théâtre et avoir ce regard neuf, si nécessaire pour continuer à donner vie à ma passion.» Miselaine peut en effet jubiler.

Cette artiste, qui tient le haut du pavé de la scène comique locale depuis un certain nombre d?années avec ses complices des Komikos, a chez elle, cette faculté à faire cohabiter une énergie dévastatrice et une vulnérabilité désarmante. Le public européen et la presse spécialisée de Namur, en Belgique, sont venus les applaudir depuis le 12 janvier dernier. La plume du journaliste Jean-Louis Kuffer, du journal 24 heures, en témoigne de la plus élégante des manières. « (?) les mimiques impayables de Miselaine Soobraydoo, dans le rôle du tyranneau Architruc, font l?originalité du spectacle, tout en couleurs et en verve endiablée ? »

Ahmed Madani, le metteur en scène du Centre dramatique de la Réunion, acclamé lui aussi pour avoir osé livrer une version à la fois classique et contemporaine de l??uvre de Robert Pinget, explique : « Il y avait une exigence nécessaire pour parvenir à un niveau de performance. Miselaine a relevé le défi. Elle a fait un pas considérable dans cette majesté à se prendre en charge. Elle a su explorer en elle ce qu?elle ne met pas en évidence lorsqu?elle est aux côtés de Komikos. C?est une actrice qui possède les deux facettes du comique et du tragique. Le public a été subjugué par sa manière d?émouvoir et cette incarnation entre ombre et lumière, cette façon bien à elle d?appréhender la vie. »

Miselaine Soobraydoo totalement dépersonnalisée dans la peau d?Architruc, ce triste sire, sans royaume, a bluffé le public. « Le public était à mille lieux de s?imaginer qu?Architruc était joué par une femme. La famille de Robert Pinget, présente au théâtre, lui a sauté dans les bras tant la charge émotionnelle était forte. Son humanité a subjugué. Les Mauriciens devraient être fiers d?avoir une artiste de sa trempe qui n?est hélas pas du tout reconnue à sa juste valeur chez vous,» se désole Ahmed Madani.

Sans le soutien de l?ambassade de France, l?aventure européenne de Miselaine Soobraydoo n?aurait jamais abouti. « Je salue l?initiative et le soutien de l?ambassade de France qui a co-produit cette pièce avec le Centre dramatique de l?océan Indien. Sans leur foi en notre capacité, nous n?aurions jamais été aussi loin, » soutient la comédienne.

«J?ai a-do-ré ! J?ai aimé travailler dans le froid, même s?il fallait constamment traîner ma valise et mes bagages du train à l?avion et de l?avion au train. »

Imaginez plutôt. Après le théâtre de Namur, escale au Théâtre européen Vidy-Lausanne. Un théâtre au bord de l?eau, foyer de la création contemporaine, la scène la plus rayonnante d?Europe qui donne quatre espaces de libertés au spectacle vivant. Sur scène : Miselaine Soobraydoo, Erik Isanna, du Téat Lacour de la Réunion, et Roméo Andriamandresy Hasivelo, dit Légo, le Malgache, chaudement applaudis par un public surpris par la vitalité de ce « Pinget cuisiné à la tropicale, » comme l?a titré Jean-Louis Kuffer. «Le succès de notre pièce a été surprenant car nous avons essayé une autre manière de la mettre en scène et de la présenter. Notre version faite de vie, d?une joyeuse énergie, n?est pas ce que les Européens préfèrent en général. Ils ont dit avoir été touchés par la nouveauté de notre version d?Architruc, » explique Ahmed Madani.

Confondus avec des Antillais, Miselaine, Erik et Légo, ont mis un point d?honneur à «bien vendre nos îles.» «Le public européen a été surpris qu?il y ait des comédiens dans de si petites îles. Nous avons tout fait avec amour et chaque soir, nous étions à fond dans nos personnages. Nous sommes une équipe solide qui a bouffé du théâtre matin, midi et soir, » raconte la pétillante Miselaine Soobraydoo dans un éclat de rire.

Ainsi, chaque soir, le public attendait les comédiens dans le hall du théâtre, pressé de pouvoir les féliciter. « J?ai a-do-ré ! J?ai aimé travailler dans le froid, même s?il fallait constamment traîner ma valise et mes bagages du train à l?avion et de l?avion au train. C?était pour moi chaque jour une nouvelle phase de formation et je peux dire que j?en ai pris plein la gueule ! » s?exclame la comédienne.

Revenue pour dix jours seulement, le temps de voir où en sont ces nombreux projets en gestation à La Ravanne, Miselaine Soobraydoo auditionne des aspirants comédiens qui seraient disposés à intégrer la troupe des Komikos. «Que ceux qui pensent avoir du talent et qui sont prêts à bosser dur, nous contactent. On peut être artiste et gagner sa vie ici. Pour y parvenir, il faut se bouger et avoir l?envie d?y arriver. »

En attendant de donner vie à son one-woman show et de renouer avec ses complices des Komikos, Miselaine Soobraydoo regagne la France pour une tournée dans de nombreuses régions du pays. Voilà une raison de plus pour chérir cette artiste entière, prête à tout pour rendre son art vivant.

Auditions en cours à la Ravanne, appelez sur le 234 10 67 jusqu?à la mi-mars.

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