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Médecins : Hôpitaux en mal de spécialistes
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Médecins : Hôpitaux en mal de spécialistes
Voilà trois ans que le ministère de la Santé a fermé le centre de cardiologie de l?hôpital Nehru de Rose-Belle. Les cardiaques du Sud doivent se rendre à Candos, même pour les traitements urgents. Fermé pour manque de cardiologue, le ministère ne peut trouver aucun cardiologue pour réanimer ce centre. Pourtant un Mauricien sur deux meurt de maladie cardiovasculaire. La situation est identique pour le diabète. Les hôpitaux manquent cruellement de médecins spécialistes en médecine interne pour s?occuper des diabétiques et des hypertendus. Il n?y a aucun diabétologue dans l?île.
?Il faut tout de suite une bonne douzaine de cardiologues dans les services de l?État. Malheureusement on n?en trouve pas car la spécialisation dans ce secteur est difficile et parce qu?il n?est pas facile de trouver de la place pour de telles études à l?étranger. Quand on en trouve cela coûte trop cher?, nous explique le Dr Sungkur, ex-chief medical officer du ministère de la Santé. Il parlera aussi des salaires peu attrayants offerts à ces spécialistes, raison pour laquelle plusieurs d?entre eux ont quitté le gouvernement pour travailler dans le privé où le ?sky is the limit?, en ce qui concerne les salaires. Le Dr Goordoyal, président du Medical Council tient un langage identique en ajoutant que les cardiologues étrangers, même les Indiens, ne sont pas intéressés à travailler à Maurice en raison des salaires proposés, soit environ Rs 42 000 pour un consultant et Rs 38 000 pour un spécialiste. ?Dans cinq ans, la situation sera catastrophique, car plusieurs des cardiologues qui sont en ce moment dans le service public prendront leur retraite. Si on pousse l?âge de la retraite à 65 ans, on aura un répit peut-être?, nous explique le Dr Sungkur. Il préconise la formation de spécialistes à Maurice pour contourner le problème de manque de place dans les universités étrangères et le prix exorbitant de la formation.
Les docteurs Sungkur et Goordayol font aussi ressortir qu?il y a un manque aigu de spécialistes dans les secteurs suivants : cardiologie, diabétologie, médecin interne, anesthésie, gynécologie, obstétrique, ophtalmologie, cancérologie, chirurgie et neurochirurgie, entres autres.
Malgré cela, les hôpitaux sont parvenus jusqu?ici à réaliser des prouesses, explique le Dr Goordoyal. Ils ont en général une liste d?attente ne dépassant pas deux mois en moyenne pour les opérations, à l?exception de l?hôpital des yeux de Moka où la liste pour certaines opérations dépasse une année.
Conventions avec des hôpitaux étrangers
Cette situation s?explique par le manque de spécialistes pour certains types d?opération. Pour y remédier, cet hôpital, tout comme le Centre de cardiologie de Pamplemousses, font appel à des spécialistes étrangers qui viennent opérer bénévolement à Maurice.
Cette formule, mise en place à travers des conventions avec des hôpitaux ou des gouvernements étrangers, semble être un palliatif que le ministère gagnerait à généraliser en attendant de pouvoir former des spécialistes sur place. Notons que les spécialistes étrangers qui viennent opérer à Maurice s?occupent aussi de la formation des Mauriciens, à l?instar du professeur Kalangos pour la chirurgie cardiaque pédiatrique et le professeur Cyrus Tabatabay pour les opérations high tech des yeux au laser. En ce qui concerne les généralistes, le pays n?a aucun souci à se faire. L?école de médecine SSR Medical College et les pays de l?Est en forment suffisamment pour notre besoin, affirme le Dr Sunkur. Selon lui, le problème d?attente aux urgences et dans certains dispensaires est causé par l?attitude des Mauriciens, l?absence de contrôle sur la régionalisation, l?absence de centralisation des dossiers et l?absence de carnet de santé. (Voir hors texte.)
Quand il y a urgence pour les petits bobos
Il est presque 9 h 30. C?est un lundi. Un très mauvais jour pour les urgences dans tous les hôpitaux et dispensaires déclarent les médecins et les administrateurs. Pour preuve, la salle d?attente des urgences de l?hôpital Victoria à Candos est bondée. Presque plus de place pour circuler. Elle grouille de monde, des hommes principalement. Mais aussi quelques femmes, des enfants et un nourrisson.
?C?est systématique. Tous les lundis la foule débarque dès le matin. Il y a ceux qui viennent pour de petits bobos, une égratignure subie durant le week-end, un mal de tête réel ou fictif. Beaucoup sont à la recherche d?un certificat médical. Sur cinquante ?malades? seuls un ou deux méritent d?être là. Ceux qui estimeront qu?ils n?ont pas obtenu le médicament ou le certificat médical voulu se rendront au dispensaire ou aux urgences d?un autre hôpital?, explique un médecin habitué à cette foule et à la violence dont elle fait souvent preuve.
Ce comportement des Mauriciens qui se rendent aux urgences pour un oui ou pour un non, et souvent dans plusieurs hôpitaux pour le même problème, d?autres médecins en témoignent aussi. Le Dr Goordoyal, président du Medical Council, le Dr Ashok Ragoobur, président de la Medical Health Association (voir ci-contre), ainsi qu?un des jeunes médecins recruté estiment que la solution pour permettre aux urgences de fonctionner normalement et aux médecins de ce département de passer le temps voulu avec les malades ne réside pas dans le recrutement d?autres médecins généralistes.
?À l?époque du ministre Deerpalsingh, on pouvait dire qu?il y avait un manque de médecins généralistes. Par la suite, on a recruté environ 200 médecins de l?Inde. Leurs contrats n?ont pas été renouvelés et ce sont ces médecins que les jeunes Mauriciens sont en train de les remplacer. On ne peut pas dire qu?il y a manque de généralistes aujourd?hui. Les gens se rendent à l?hôpital pour un rien, ils évitent les dispensaires. En fait, ils auraient dû se rendre aux dispensaires en premier et être référé à l?hôpital s?il y a lieu. Nous avons 108 dispensaires à travers le pays et 28 area health centres que le public en général boude? explique le Dr Sungkur. ?Il n?y a pas manque de médecins généralistes à Maurice. Mais il y a un manque d?éducation de la part du public mauricien. Il y a une sous-utilisation des dispensaires et des centres de santé. Il y a gaspillage des ressources et d?argent quand le malade se rend dans deux différents centres et obtient deux différentes auscultations et deux différentes prescriptions. Il faut mettre fin à cela?, nous dit le président du Medical Council. Un jeune médecin nouvellement recruté et qui a déjà travaillé à l?étranger se dit choqué par l?attitude des Mauriciens vis-à-vis de la gratuité de la santé. ?L?autre jour, il y a quatre personnes qui sont arrivées dans une voiture vers 18 h 30. Un malade accompagné de deux autres personnes et un de leurs voisins qui conduisait la voiture. Le malade a pris une carte de même que les trois autres. J?ai demandé à ces derniers pour quelle raison ils l?ont fait, ils m?ont dit qu?ils profitaient de leur visite à l?hôpital pour se faire ausculter. Je peux les ausculter. Mais à cause de ce phénomène, je n?ai pas beaucoup de temps à consacrer à ceux qui sont vraiment malades?, explique-t-il. Il n?est pas au bout de ses surprises car il est aussi tombé sur un malade qui lui exigeait trois jours de congé maladie pour des maux de gorge et de tête allégués. ?Si ces abus continuent, il nous faudra doubler le nombre de médecins généralistes pour pouvoir consacrer aux malades le temps minimum que demande l?OMS?, affirme ce médecin qui n?a pas voulu que son nom soit divulgué.
Questions à Ashok Ragoobar président de la Medical Health Association
● Y a-t-il un manque de médecins généralistes dans nos hôpitaux, surtout aux urgences ?
Je ne crois pas. Mais il faut dire qu?il y a une situation anormale à Maurice. Prenez le nombre de consultants par jour dans nos hôpitaux pour une population de 1,2 million et comparez ce chiffre avec les autres pays où le service de santé est gratuit. Nous dépassons largement ces pays. Pourquoi ? Simplement parce que le Mauricien a pris l?habitude de se rendre à un hôpital pour un simple petit problème, une égratignure ou un mal de tête et il va aux urgences. Il va payer Rs 50 de transport et encombrer les hôpitaux pour obtenir une douzaine de ?panadol?.
● Pour vous tout cela se résume à une question de comportement ?
Oui, il y a trop d?abus. Il faut faire l?éducation du public. Je crois qu?il faut décourager cette tendance à vouloir toujours se rendre à l?hôpital pour l?égratignure que nous avions pris l?habitude de désinfecter nous-mêmes avec de l?alcool ou du mercure au chrome dans le passé.
● Vous acceptez cependant qu?un médecin ne peut pas passer seulement deux minutes avec un malade ?
Oui et non. Une personne égratignée par une vitre cassée ne mérite pas plus de deux minutes quand il y a 150 malades qui attendent et qu?il n?y a que deux médecins. Notez aussi que parmi les 150, il y a une majorité de gens égratignés et souffrant de maux de dos ou encore de maux de tête. Et que si vous tardez, ils rouspètent, ils crient et sont quelquefois violents. De toutes les façons, on respire maintenant un peu mieux avec le recrutement de 100 médecins. Dans certains endroits où il n?y avait qu?un seul médecin, il y en a maintenant deux.
● Il y a, dit-on, un manque de spécialistes ?
Probablement, c?est la raison pour laquelle l?Etat a recruté plusieurs spécialistes sous contrat après leur retraite. Je crois qu?il y a un manque de médecins spécialisés en médecine interne, de rhumatologue, de cardiologue, etc.
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