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Honeymoon Travels Pvt Ltd
Cette comédie signée Reema Kagti, est un film résolument indien bien que le format soit loin de celui du film indien traditionnel. Laissant aller au vent les traditions, comme Raima Sen son sari dans une scène de ‘para-sailing’, ce film est en phase avec l’image que nous avons de l’Inde d’aujourd’hui affirmant son identité face au monde mais s’ouvrant en même temps vers l’extérieur et acceptant la modernité. Ces six couples en lune de miel voyageant par autobus à Goa sont représentatifs de cette Inde-là de par la diversités de leurs horizons et par ce qui les travaille de l’intérieur. Nouveaux mariés cinquantenaires (Boman Irani & Shabana Azmi), couple tiraillé entre modernité (Dia Mirza) et tradition (Ravi Shorey), couple ‘Internet’ Indienne et NRI (Sandhya Mridul & Vikram Chatwal) et couple arrangé ; certains de ces personnages sont ancrés dans la réalité. D’autres, comme le couple parfait (Abhay Deol & Minissha Zara) ou le couple chic, relèvent soit de la métaphore subtile, soit de l’allusion directe. En tout cas, pour nous expliquer tous ces cas, Reema Kagti a recours à des moyens qui n’ont rien à voir avec les traditions du cinéma indien telles que nous les connaissons. Retours en arrière avec images retro accompagnés de commentaires d’un animateur d’une émission radio (réelle ?) pour nous montrer la rencontre d’un petit garçon et d’une petite fille de la communauté parsi, le suicide par pendaison d’une mère dépressive et les tiraillements familiaux au sein d’un couple illustré par un match de boxe entre les mariés. Tout cela étant accompagné de références à certains grands succès du cinéma populaire indien, parfois avec des extraits de films.
En plus de cette liberté de ton, Honeymoon Travels... n’arrête pas d’étonner par l’excellence de son scénario. Reema Kagti, met dans ces histoires personnelles autant de fantaisie que de moments humains, autant d’humour que de commentaires sociaux. Les histoires de morts tragiques côtoient la guerre des sexes, les superhéros, les midinettes, l’homosexualité masculine cachée, l’univers des films indiens ‘typiques’ (un regard critique sur les films indiens, dans un film indien), etc. Le fait même que toutes ces histoires, toutes d’un genre différent, aient pu être orientées de manière à rejoindre une seule histoire dans un film de deux heures est déjà une prouesse – surtout quand on pense à certains scénaristes américains qui ont tant de mal à faire converger ne serait-ce que trois récits. Mais Reema Kagti ne s’arrête pas à cette seule prouesse d’écriture, elle va encore plus loin : elle joue avec cette cohérence, donnant l’impression de la perdre, mais le retrouvant toujours après une pirouette ou un soubresaut. C’est comme voir un jongleur faire son numéro avec une douzaine d’objets hétéroclites, les faisant décrire des figures extraordinaires dans l’air pour toujours les rattraper in extremis à notre grand émerveillement. Le numéro auquel se livre la réalisatrice est brillantissime au point presque de prendre le pas sur le récit principal ; il devient au moins l’un des principaux ingrédients du film.
L’interprétation a ses grands moments : Ravi Shorey en mari traditionnel complètement largué devant l’Inde moderne, et Shabana Azmi à chacune de ses apparitions. Elle a aussi ses moments de charme et ses moins bons moments (l’accent américain de Vickram Chatwal aurait pu avoir été mieux travaillé). Peu importent ces petits défauts, on retiendra de Honeymoon Travels… la virtuosité de son écriture et aussi son affirmation identitaire positive loin de toutes rodomontades pseudo-patriotiques. Sans compter que tout cela est adroitement réalisé et qu’on y voit de belles images de Goa. Il se pourrait bien que d’ici quelques décennies, quelques doctes spécialistes parlent de la Nouvelle Vague du cinéma indien.
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