Publicité

Faudra-t-il un jour débatiser Noël ?

25 décembre 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Lui ne s?est aperçu de la substitution de langage qui, d?année en année, sur les frontons des mairies et édifices publics, transforme le traditionnel souhait de ?Joyeuse fête de Noël? en ?Joyeuses fêtes de fin d?année? ou ?Joyeuses fêtes? tout court ? Ce n?est pas simple fantaisie sémantique. Le nom de Noël, qui évoque la naissance du Christ, événement fondateur de l?histoire et de la foi chrétiennes, est-il devenu politiquement incorrect dans la société multiculturelle d?aujourd?hui, au point qu?il faille éviter de le prononcer ? Plus qu?en France, avant le 25 décembre, aux Etats-Unis, en Angleterre, en Espagne, en Allemagne, des initiatives avaient été prises contre un affichage trop voyant de la fête de Noël, pour ne pas risquer de choquer la sensibilité des croyants des autres religions.

En Angleterre spécialement, une ?guerre de Noël?, comme écrit la presse, a éclaté. Les symboles de la fête, qu?ils aient un lien avec le rite chrétien (la crèche) ou n?en aient aucun (le sapin), disparaissent peu à peu du paysage. Selon The Sun, dans plus des trois quarts des bureaux londoniens, les décorations de Noël auraient été déconseillées, voire interdites. Dans la commune de Luton, Noël a été rebaptisé Luminous. A Birmingham, le nom a été remplacé dans les documents administratifs par celui de ?Fête de l?hiver?. Dans les postes britanniques, sur les timbres de fin d?année, à la place de la crèche, de l?étoile des bergers et des trois rois mages, ce sont des bonshommes de neige et des rennes qui ont été imprimés.

Cette ?débaptisation? de Noël ne se fait toutefois pas sans réaction dans la population britannique, où des associations chrétiennes s?insurgent contre ?les dérives qui démolissent la fête chrétienne la plus aimée?. Et Mgr John Sentamu, archevêque d?York, numéro deux de l?Eglise anglicane, a accusé ?les athées et les sécularistes agressifs de vouloir balayer les symboles chrétiens de la vie publique? pour créer cette ?situation absurde? : tenter de faire croire que la fête de Noël offense les autres traditions, notamment hindoue ou musulmane, présentes sur le sol britannique.En Espagne, à Saragosse, un établissement scolaire a interdit la récitation de poèmes et le chant de cantiques de Noël. Comme en Grande-Bretagne, il s?agit de ne pas indisposer les enfants des autres religions. A Munich encore, au coeur de la Bavière catholique, où les traditionnels Weihnachtsmärkten (?marchés de Noël?) sont souvent baptisés, depuis l?an 2000, ?Milleniummärkten?, la presse fait observer que, dans les quartiers à forte proportion d?immigrés, les Weihnachstfesten (?fêtes de Noël?) se font moins nombreuses et plus discrètes. L?Italie elle-même n?échappe pas à cette vague de laïcisme et, à Bolzano (Trentin-Haut-Adige), dans une école maternelle, les enseignantes ont décidé cette année d?éviter tout chant de Noël. Aux Etats-Unis, la polémique est vive. A Chicago, la mairie a interdit, sur le marché de Noël de la ville, la diffusion de bandes-annonces du film La Nativité. A Riverside, en Californie, lors d?un spectacle sur glace, une chorale d?enfants interprétant des chants de Noël a été interrompue sous prétexte que la star invitée, Sasha Cohen, de confession juive, médaillée d?argent aux Jeux olympiques de Turin en 2006, se produisait sur la glace. La patineuse n?avait rien demandé et s?en est étonnée.

Sans doute ne faut-il pas surestimer ces indices d?une volonté de cacher les symboles d?une fête aussi typiquement religieuse que celle de Noël, récupérée et défigurée, depuis longtemps déjà aux yeux des fidèles chrétiens, par la société marchande.

Publicité