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Âme ?

24 décembre 2006, 00:00

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L?âme fait partie de ces notions difficiles à définir, qui évoque une croyance plutôt qu?une présence ? en tout cas jamais une évidence. Notion subjective, énigmatique, où nous pressentons « quelque chose » de supra-humain, mais qui participe de notre être profond.

Partons de l?étymologie. L?« animus » latin, l?« anemos » grec : le souffle. « Animus » a une variante, « anima », l?esprit qui a donné « âme ». Elle est donc le principe spirituel gouvernant la vie animale et végétative. Elle est pourtant distincte de l?intelligence qui renvoie à l?esprit raisonnant.

Ce concept de l?âme, on le trouve chez les Égyptiens, sous la forme de l?oiseau ibis à tête d?homme, quittant le corps « inanimé » : qui a perdu son souffle de vie. Chez les peuples mayas, l?âme s?échappe par la bouche du défunt afin de se relier à Dieu. Pour les Indiens d?Amérique, elle est une sorte de feu follet qui se libère du corps. Pour les Bantous du Congo, l?âme est vagabonde. Durant le sommeil, elle se donne liberté d?aller rejoindre des âmes défuntes (ce qui expliquerait le tissu des rêves). Idée similaire dans les expériences de déboulement du « corps astral » chez les mystiques?

Dans certaines traditions, (en Afrique du Nord, Mongolie?) l?homme possède plusieurs âmes, chacune ayant une fonction plus ou moins subtile, et qui se matérialisent sous forme d?abeille, de papillon. Ou qui se réincarnent dans un être différent, éléphant, lion, tigre.

Chez les peuples Celtes, on retrouve cette ambivalence de « souffle » et d?« esprit », s?unissant pour former une « harmonie » (« anamon »).

Par-delà les Druides de Gaule et d?Irlande, c?est ce que l?on fête encore en Bretagne dans l?anaon, au lendemain de la Toussaint. Dans le grec des Achéens, (Homère), l?âme est la psyché, la force vitale, distincte du nous, l?intellect. Quant au sens latin, il désigne le niveau le plus élevé de la pensée.

Quoi qu?il en soit des mille et une figures de l?âme à travers l?humanité, on peut observer qu?elle est une constante dans l?analyse de notre nature complexe. Pour Carl Jung (« Métamorphoses et symboles de l?âme »)

l?« anima » est l?archétype ? le modèle parfait ? du Féminin dans l?inconscient de l?homme : alors que l?« animus » est la marque du Mascullin dans l?inconscient de la femme?

Nous voyons que la question de l?âme, à travers le temps, est loin d?être close ? et ne sera jamais clairement résolue?

Aucune certitude scientifique en ce domaine qui reste ambigu est réfractaire à l?analyse. La réalité d?une âme est une conviction intérieure, le sentiment que ce « quelque chose » qui nous dépasse nous élève au-dessus de la matérialité du monde. Dans ce très beau libre où Louis Pauwels médite sur le réel et l?irréel ? « Ce que je crois » ? on peut lire dès l?entrée dans la discussion : « Je crois que j?ai une âme. Je crois en mon âme juste et infinie. Cette foi n?a rien à voir avec ma personne. Mais j?essaye de conduire ma personne à la sagesse, par considération pour mon âme. Voilà tout ce que je crois. Le reste n?est qu?idées. »

Cette persistante croyance, on la retrouve constamment au fil du quotidien dans des formes de langage incorporées à notre vie. Par exemple : ? le vague à l?âme, (des « Bleus à l?âme » écrivait Françoise Sagan), l?âme en peine ; la grandeur d?âme ; se donner corps et âme ; une vieille demeure qui a une âme ; vendre son âme au diable, (en ce cas, dit joliment une légende allemande, « l?homme perd son ombre »?) Avoir charge d?âmes?

Et c?est ce qui reste, une certaine présence quand tout a disparu. Ainsi chante ce très beau poème de Charles Trenet, « L?âme des poètes » :

« Longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu,leurs chansons courent encore dans les rues? »

Au final, que saura-t-on jamais de l?âme ? En nos temps de rationalité (ou de religiosité par défaut) rien de très certain, ni de précis. N?oublions pas cependant que, périodiquement, des « vérités » scientifiques sont contestées, voire annulées, par des découvertes récentes, lesquelles d?ailleurs?

Quant à notre prétentieux « rationalisme », on constate qu?il dresse les hommes les uns contre les autres, nous éclairant de moins en moins sur la marche du monde. Sans parler de ceux qui font de leur religion une arme redoutable?

La Question de l?âme est désormais à régler, en notre propre solitude, entre le JE et le MOI. En notre âme et conscience.

Michel BEDU >/b>

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