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Le long calvaire de Yasmeen
Elle souhaitait que la rénovation de sa maison soit complétée avant le retour des siens. Mais c?est une personnalité complètement détruite que ces derniers ont retrouvé à leur retour de la Réunion. Yasmeen (prénom fictif), 42 ans, a été violée à plusieurs reprises dimanche dernier par le maçon qu?elle avait engagé pour effectuer des travaux.
Arrêté deux jours après, le présumé violeur, Steeve Sarah, 44 ans, a été reconduit en cellule policière après sa comparution au tribunal de Curepipe mardi. Depuis, Yasmeen tente, entourée de ses proches, de reprendre une vie à peu près normale.
Pourtant, ce dimanche fatidique, rien ne laisse présager l?issue horrible qui attend cette mère de famille. En vacances à l?île de la Réunion avec son époux et ses deux enfants, elle avait préféré écourter son séjour pour compléter les travaux de rénovation de sa maison, avant le retour des siens.
Il est environ 9 heures quand l?ouvrier frappe à sa porte. Yasmeen l?invite à entrer dans la maison, croyant qu?il est venu poursuivre les travaux de rénovation commencés quelques jours plus tôt.
Il la plaque contre le mur
Mais sitôt la porte refermée, l?homme plaque la mère de famille contre le mur. Il retire le couteau qu?il a dissimulé sous sa chemise et le place sous la gorge de sa victime. Steeve Sarah place son autre main sur la bouche de la femme et menace de la tuer s?il lui prend l?envie de crier. Tétanisée par la peur, Yasmeen n?ose pas résister. Le maçon abusera d?elle à trois reprises, sans qu?elle puisse s?y opposer. Les trois plus longues heures de sa vie.
Avant de prendre la fuite, le suspect fait main basse sur Rs 45 000 mais laisse les objets de valeur et les devises qui se trouvent dans la maison. Souillée et encore sous le choc, Yasmeen parvient tout de même à se saisir du téléphone et contacte l?un de ses neveux, un policier affecté au poste de police de Ph?nix. Ce dernier prévient immédiatement ses collègues de Beau-Bassin avant de se ruer chez sa tante. La femme est transportée à l?hôpital pour y recevoir des soins.
Description exacte de l?agresseur
Entendue par les policiers à l?hôpital, Yasmeen parvient à leur donner la description exacte de son agresseur. Un avis de recherche est aussitôt lancé et l?information transmise à tous les postes de police de l?île. L?enquête est alors confiée à la Criminal Investigation Division (CID) de Curepipe, sous la direction du surintendant de police Prem Raddhoa.
La victime a été examinée lundi par le Dr Satish Boolell, Chief Police Medical Officer. Ce dernier a confirmé qu?il y a bien eu viol et a noté des traces de blessures sur différentes parties du corps. Sitôt au courant du viol, son époux ainsi que ses deux enfants ont sauté dans le premier avion pour Maurice pour être au côté de la jeune femme.
« Nous n?arrivons toujours pas à croire qu?une chose pareille lui soit arrivée. C?est une famille calme et que tout le monde apprécie », laisse entendre une habitante de la localité. Et d?ajouter que personne n?a rien entendu le jour du viol.
Steeve Sarah a été arrêté deux jours plus tard par la CID de Curepipe, alors qu?il se trouvait dans une pension de famille à Pointe-aux-Sables. Interrogé, il a avoué avoir commis le viol. Il a été examiné par le médecin de la police avant sa comparution au tribunal de Curepipe, le lendemain matin, sous une accusation provisoire de viol. La police ayant objecté à sa remise en liberté sous caution, et il a été reconduit en cellule policière.
Yasmeen, soutenue par les siens, devra maintenant commencer un long travail pour espérer reprendre sa vie là où elle s?est arrêtée ce dimanche 24 septembre. Son agresseur derrière les barreaux, cette mère de famille dévouée, laisse entendre une connaissance, aura besoin de temps pour « se remettre d?un tel traumatisme ».
Le manque d?encadrement des victimes
Le viol dont a été victime Yasmeen n?arrive hélas que trop souvent. Les chiffres parlent d?eux-mêmes : 33 cas ont été rapportés à la police l?année dernière, alors que 15 cas ont été enregistrés durant les trois premiers mois de cette année. Et la tendance ne semble pas s?infléchir. Tout comme Yasmeen, les victimes de viol doivent, la plupart du temps, affronter seules ces épreuves. Nombreuses sont les associations qui déplorent l?absence d?une structure adéquate qui encadrerait au mieux les victimes de viol en leur apportant un soutien psychologique. Les efforts du ministère de la Femme en ce sens ne semblent pas aboutir, malgré les multiples garanties données par la ministre de la Femme, Indira Seebun. Et le manque de psychologues et de personnel compétent rend la prise en charge des victimes difficile. « Nous faisons de notre mieux pour venir en aide aux victimes de sévices sexuels, mais il faut avouer que nous manquons de moyens », laisse entendre un officier du ministère.
Un triste constat, partagé par les ONG qui viennent en aide aux victimes de viol. « Nous faisons de notre mieux, mais nous ne pouvons pas nous substituer à l?État qui devrait avoir plus de moyens », explique, quant à lui, le représentant d?une ONG locale. Une situation alarmante quand on sait que le nombre de viols a sensiblement augmenté ces dernières années. De juillet 2004 à avril 2005, 26 cas avaient été enregistrés alors qu?entre juillet 2005 et avril 2006, 27 cas avaient été rapportés à la police. Il faut cependant toutefois souligner que les cas rapportés ne sont que la partie visible de l?iceberg.
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