Publicité

Le tsunami qui viendra de La Fournaise

30 septembre 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Raj JUGERNAUTH

Le tsunami qui arriverait de la Réunion serait entre 20 et 40 mètres de haut. Il toucherait Maurice 15 minutes après avoir été généré par l?effondrement d?un pan de La Fournaise, soit environ 90 millions mètres cubes de roches et terres et de débris en tous genres, y compris des bâtiments. Pas beaucoup de temps pour se mettre à l?abri sur les côtes mauriciennes.

Toute la côte sud-ouest et ouest de Maurice seraient touchée. De Souillac à Grand-Baie en passant par le Morne, Flic-en-Flac, Albion, Baie-du-Tombeau notamment.

À Port-Louis, la vague plus haute que les cocotiers de la place Bissoondoyal balayerait et effacerait du paysage le Caudan, l?hôtel du gouvernement, le Champ-de-Mars? Elle irait s?écraser sur la colline Monneron dans un terrible et effroyable phénomène sonore.

C?est le scénario catastrophe que Kelfoune Karim a présenté la semaine dernière au séminaire La Réunion face aux risques naturels : gouvernance locale et coopération régionale.

«À l?aide de la modélisation numérique, nous avons évalué la hauteur des vagues liées à d?éventuelles déstabilisations du Piton de La Fournaise ainsi qu?à des déstabilisations sous-marines du plateau insulaire. Nous avons quantifié cet aléa tsunamique sur les côtes réunionnaises et mauriciennes», a affirmé Kelfoune Karim lors de ce séminaire organisé par la Région Réunion et l?université de la Réunion.

Les experts sont partagés sur ce scénario, à la Réunion comme à Maurice. Prem Saddul, géomorphologue estime qu?un effondrement brusque du Piton de La Fournaise n?est pas possible et de ce fait, il est certain qu?il n?y aura pas de tsunami généré de cette façon. Il se base principalement sur le fait que le volcan actif de la Réunion n?est pas du type explosif comme le Mont St Hélène, le Pinatubo ou le Krakatoa. Il est du type effusif comme celui d?Hawaï et coule lentement avec une grande fluidité.

Une lave de moins en moins fluide

Mais Vassen Kauppaymuthoo, ingénieur en environnement et océanographe qui a été formé en France et au Canada pense que c?est possible que La Fournaise explose, comme le Krakatooa. «Malgré le fait que Le Piton de la Fournaise soit un volcan effusif et non explosif ?»

Il explique : «La Fournaise est un volcan très actif et non explosif du type hawaïen, comme l?a été le volcan du Trou aux Cerfs par exemple. Mais des études de la lave émise ces derniers temps par La Fournaise indiquent un changement de composition. Cette lave devient en ce moment de moins en moins fluide. La lave pourrait avoir de plus en plus du mal à s?écouler et on pourrait avoir une espèce de bouchon qui provoquerait alors une terrible pression dans la chambre magmatique qui pourrait alors exploser avec une grande violence.»

Ce qu?avance Vassen Kauppaymuthoo n?est pas du domaine de l?hypothèse ou de la fiction. «Le Piton des Neiges, et le Trou-aux-Cerfs sont des volcans qui ont été alimentés en laves à partir de ce qu?on appelle un point chaud. C?est aussi le cas pour La Fournaise.En fait, tous les volcans éteints de Maurice ont été alimentés par un point chaud. Or, un de ces volcans a explosé. En l?occurrence le Piton du Milieu parce que sa lave était devenue moins fluide vers la fin de sa vie et son explosion a projeté des rochers sur toute l?île et jusqu?à la Réunion. Une explosion de La Fournaise affecterait toute la région, sur un rayon compris entre 300 à 400 kilomètres à la ronde.»

Prem Saddul : «Une thèse peu plausible »

Prem Saddul, géomorphologue, qui est souvent consulté par les autorités françaises, ne croit pas qu?un effondrement du Piton de La Fournaise donnerait lieu à un tsunami.

Il n?écarte pas cependant la possibilité de cet effondrement qui, précise-t-il, serait plutôt un glissement sur une pente douce vers la mer sans qu?aucun tsunami ne soit provoqué.

«Je suis catégorique. L?hypothèse de la formation de méga tsunamis qui affecteraitent notre région, suite à un effondrement brutal de l?appareil volcanique de La Fournaise comme le prédit le scientifique français Kelfoun Karim, est très peu plausible», dit-il.

Le géomorphologue s?appuie sur le fait que le volcanisme de La Fournaise est de type hawaïen, c?est-à-dire effusif et non explosif. Par ailleurs, ajoute-t-il, ses pentes vers la mer sont très douces. «Même si La Fournaise est classée parmi les plus hauts volcans de notre époque, il est un volcan bouclier avec des pentes assez douces vers la mer. Les cratères Dolomieu et Bory se trouvent à une distance de cinq kilomètres de la mer. Je n?écarte pas le phénomène d?effondrement et de glissement mineur comme cela s?est déjà produit dans le passé sur le flanc du volcan. Mais ces glissements seront du type «rotational flips» c?est-à-dire en sandwich. Donc, ce qu?avancent les scientifiques français sont des hypothèses cataclysmiques dignes d?un scénario d?Oliver Stone.»

L?explosion du Krakatoa entendue jusqu?à Rodrigues

Le volcan Krakatoa dormait depuis 1680. Subitement, le 20 mai 1883, il se réveille. L?activité n?inquiétera pas pendant au moins trois mois, malgré le fait que les navires passant aux larges de l?île naviguent pendant des heures dans une obscurité totale tellement les émissions de cendres sont épaisses.

Le 26 août à 13 heures , c?est l?apocalypse. Une violente explosion est entendue à plus de 50 km du volcan, suivie d?une autre, encore plus forte vers 14 heures, puis d?une série de détonations sans cesse plus violentes jusque vers 17 heures.

L?explosion de 14 heures est accompagnée de projections phénoménales de cendres dont une partie est propulsée à plus de 27 km de hauteur et a tout recouvert dans un rayon de 160 km autour du Krakatoa, plongeant toute cette région dans une nuit totale et cela en plein jour.

À 10 h 02, le 27 août vient le pire, une explosion effroyable, le bruit le plus fort jamais entendu par des oreilles humaines résonne dans toute la région. Ce bruit assourdissant est ressenti aussi au centre de l?Australie, et dans le sud-ouest de l?océan Indien, y compris à Rodrigues et à Maurice qui sont situées à plus de 4 800 kilomètres du Krakatoa. Dans un rayon de 160 kilomètres autour du volcan, la nuit est totale pendant vingt-deux heures.

Une mer colossale haute de plusieurs dizaines de mètres déferle à plusieurs reprises les 26 et 27 août sur les côtes de Java et de Sumatra. Dans les régions basses, tout est balayé, détruit, tordu, emporté par des vagues monstrueuses venant les unes après les autres.

À Merak en Indonésie, une vague de 46 métres de haut déferla sur la ville, et quand elle s?est retirée, rien n?indiquait que l?endroit ait jamais été habité. à Teluk Betung, grand port de la région de Sumatra, l?eau monta de vingt-deux mètres, nivelant tout sur son passage.

Une oscillation anormale des eaux devait même être enregistrée par les marégraphes jusque dans La Manche, à 18 000 km du lieu de la catastrophe.

Publicité