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Derrière le visage des pensées
Elle s?introduit avec le réalisme des jeunes de son âge. Aleezah Owadally ne regarde pas les étoiles. à 21 ans, la jeune fille a découvert un autre monde. Mais elle se garde de la séduction que les strass et paillettes peuvent exercer. «à quoi bon rêver», confie-t-elle, «si le rêve peut à tout moment tourner au cauchemar».
Au lieu de rêver, elle a choisi d?affronter la réalité. être «Face of the Month», c?est bien et c?est tout. «La jeunesse a une voie à indiquer», dit-elle. Comment ? Elle, elle a choisi la sienne. Sans faire de bruit. Presque sur à la pointe des pieds. C?est vrai que depuis qu?elle a participé à ce concours de beauté, «d?une nature différente de ceux qu?on organise habituellement», précise-t-elle, le regard des gens sur elle a changé. La petite musulmane de Port-Louis est devenue un visage connu. Cependant, affirme-t-elle d?un ton ferme, le regard des autres n?a pas provoqué un regard différent d?elle sur le monde dans lequel elle vit. «être belle ou moins belle, cela n?a pas de sens. Tout le monde est pareil», souligne-t-elle, les yeux rivés dans le vide comme si elle se parlait à elle-même.
Alors la beauté plastique, cela peut servir. Comme remporter un concours, se faire connaître, développer un autre relationnel avec les gens, surmonter ses propres limites? «La véritable beauté, elle est intérieure», martèle-t-elle. Cliché ? Parlant au nom de cette jeunesse à laquelle elle appartient, elle veut surtout la voir puiser en elle-même sa force. C?est sa conception de la beauté intérieure. Simpliste peut-être mais tellement efficace.
«Il faut se redécouvrir continuellement», explique-t-elle. Pourquoi? Pour pouvoir aider les autres, réplique-t-elle en toute candeur. Un autre cliché ou un rêve, celui-là assumé en toute simplicité ?
<B>Et les hommes ?</B>
À l?image de la jeunesse mauricienne, Aleezah Owadally ne théorise pas. La vie est ce qu?elle est. L?important est de se faire une petite place au soleil. C?est la raison pour laquelle, elle n?attend pas, par exemple, le prince charmant. Sa vision des choses est d?un pragmatisme désarmant. «Là je fais ma formation. Ensuite j?espère pouvoir décrocher un diplôme de spécialisation à l?étranger. Enfin trouver un bon boulot et m?acheter une voiture», déclare-t-elle.
Une fois le cycle complété, la jeune fille est convaincue que ce ne sera plus à elle d?aller trouver le prince charmant. «C?est lui-même qui viendra vers moi, car les hommes d?aujourd?hui, avant de s?engager avec une femme, cherchent d?abord à savoir si elle a une situation!», pense-t-elle.
La question de l?amour liquidée avec un cynisme mêlé à un sens pratique des choses, Aleezah Owadally veut surtout se consacrer à ses études. Comme d?autres jeunes de son âge, elle a quitté la filière scolaire pour prendre le train de l?aventure de la société de l?information. Après son School Certificate, elle quitte donc l?école et commence une formation en informatique.
«Je suis attirée par tout ce qui bouge», fait-elle remarquer. Et l?informatique, c?est un secteur qui bouge. Aussi simple que cela.
Donc depuis plus d?une année, elle prend des cours chez Harel Mallac pour devenir technicienne en informatique. Son ambition : être une spécialiste de la gestion informatique en réseau. Benjamine d?une famille de trois enfants, toutes des filles dont l?aînée est psychologue et la cadette make-up artist, elle est focalisée sur un seul objectif : réussir sa vie professionnelle. Pour cela, s?il faut faire abstraction de cette école, «où tout le temps, on parle de changement mais où rien ne change et où les parents sont obsédés à obtenir les meilleures écoles pour leurs enfants», elle n?y voit aucun problème. Tout comme elle ne voudrait pas se poser trop de questions sur ce budget qu?on vient de faire passer. «Qu?on soit pour ou contre, nou nou roule ladan mem, nou pou passe ladan mem», lance-t-elle d?un air désabusé.
<B>Génération de l?avenir</B>
Par contre sa voix s?anime et les mains dessinent dans de petits gestes le monde qu?elle nous raconte, dans ses mots, souvent crus jamais hypocrites, sa vision de ce qu?est une jeune fille mauricienne qui revendique sa musulmanité. Elle tient à en parler. «Nous sommes la génération de l?avenir mais il faut savoir retenir ses valeurs culturelles. Je suis très ouverte en tant que personne mais je connais mes limites en tant que musulmane. Je suis heureuse que ma participation au concours Face of the Month ait encouragé d?autres filles musulmanes à s?y inscrire.»
Elle s?arrête un instant, reprend son souffle avant d?enchaîner d?un débit assuré : «Toutefois, je sais aussi que je ne poserai jamais en bikini parce que j?ai une certaine conception du respect que je dois avoir pour mon corps. Parallèlement, je me refuse à juger ales autres. à chacun sa manière de concevoir son monde à partir de son héritage culturel et familial. Moi, je me définis par rapport à ma culture mais je dis aussi qu?il faut vivre en fonction de ce qu?on est et accepter les autres tels qu?ils sont.»
C?est la seule occasion où Aleezah Owadally se montre aussi volubile. D?un seul trait, le regard pétillant de ses convictions profondes, elle veut seulement ouvrir la fenêtre qui donne sur ses pensées. La franchise est naïve chez elle, l?intelligence émotionnelle. Elle observe beaucoup le monde mais le dit rarement. Sauf lorsqu?elle est mise en confiance et là, elle fait la démonstration de sa façon de voir. Jouant continuellement avec son pendentif, comme si elle caressait cette idée, elle dit son appréciation que le racisme n?existe pas à Maurice. Et puis, dans un éclair, une expression jaillit, elle vient de précéder sa pensée: «Nous sommes une société multinationale !»
Un regard en arrière suffit à ramener l?image de cette jeune fille qui arrivait à l?entretien quelque peu intimidée. Une demi-heure plus tard, elle rayonne de ses mots, surprend sans le savoir, fait oublier qu?elle est là parce qu?elle a participé à un concours de beauté. Elle raconte une histoire. Celle d?une jeunesse mauricienne qui dit sa soif du bonheur. Pas de grands idéaux mais vivre dans la réalité qui l?entoure. Alors lorsqu?elle regarde un film à l?eau de rose, elle peut se laisser gagner par un certain sentimentalisme mais elle ne versera pas de larmes. Ses notes sont ainsi. Légèrement acidulées. Aux couleurs d?une vie qui ne fait pas de cadeaux. Tout est dans la mesure. Aleezah Owadally vient de passer.
Elle laisse derrière elle l?image d?une jeunesse indifférente aux belles promesses et si prometteuse dans sa différence.
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