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«On ne peut pas blâmer le messager»

9 septembre 2006, 00:00

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● <B> D?abord quel est le but de votre visite à Maurice ? </B>

J?ai été invité par la Banque mondiale à une réunion avec votre Premier ministre et son cabinet. Nous venons de quatre différents pays qui ont appliqué le processus de réforme et nous sommes là pour partager notre expérience et voir si elle peut vous être utile.

● <B> Cette visite a donc été organisée par la Banque mondiale ? </B>

Disons qu?elle a été l?intermédiaire car elle a les contacts et sait quels sont les pays qui font face à des difficultés.

● <B> Vous êtes sans doute conscient que la critique principale adressée à la réforme est qu?elle a été dictée par la Banque mondiale. Est-ce que votre venue ne vient pas plutôt compliquer les choses ? </B>

Il est important de ne pas confondre le message avec le messager. Le message est que les choses doivent changer. (Rires?) On ne peut pas blâmer le messager pour ce message !

● <B> Vous a-t-on blâmé depuis votre arrivée ? </B>

(Sourire?) Pas à ce stade !

● <B> Vous avez dit à plusieurs reprises qu?il y a une vérité essentielle ; qu?un pays ne peut subventionner tout le monde. Comment se fait-il que ce n?est que maintenant que nous apprenons cette grande vérité ? </B>

Parce que pendant longtemps vous aviez des privilèges qui ont donné à Maurice des revenus additionnels qui dépassaient sa productivité. Mais vous allez maintenant dans le sens contraire. Et cela veut dire que Maurice aura tout simplement moins de revenus, que Maurice devra évoluer sur la scène internationale au même titre que les autres pays. Et en sus de cela, vous devez maintenant acheter votre pétrole à un prix plus élevé. Clairement votre pays a moins d?argent.

● <B> Une population habituée à être subventionnée accepterait-elle cette «vérité» ? </B>

Il est très important que les gens comprennent la situation parce que s?ils ne prennent pas conscience du problème, l?issu va s?avérer plus coûteux pour votre pays. Ce serait catastrophique si un gouvernement qui réalise que les gens ne comprennent pas, décide de se rétracter et contracte des dettes juste pour subventionner la population.

Donc, il est très important de faire comprendre aux gens qu?il n?y a pas de choix.

● <B> Et comment réconciliez-vous cette nouvelle donne, cette vérité, avec l?état-providence ? </B>

L?état-providence est surtout une série de programmes sociaux que le gouvernement met à la disposition de la population. Mais cela nous ramène à la question de financement. Aussi longtemps qu?il y a une source externe de revenus et de ressources, ces programmes peuvent être financés sans problème. Mais la situation actuelle fait que l?état-providence, tel que vous la comprenez, doit changer. Je ne parle pas de démantèlement, je parle de transformation. Je parle de rendre le système plus efficace et utile pour que ceux qui ont vraiment besoin d?être protégés. Et c?est le défi qui attend votre gouvernement.

● <B> Quel était l?accueil que les Mexicains avaient réservé à votre proposition de ciblage ? </B>

(Sourire?) J?avais mon joker ! J?avais appliqué la mesure dans un état lointain au Mexique pour la tester sans le dire aux autres. Et quand j?ai commencé à vendre l?idée au pays et que les gens objectaient en disant que ça n?allait jamais marcher puisque les parents allaient se servir de cet argent pour aller au cinéma, se droguer ou se saouler, j?avais cette étude d?évaluation pour démontrer que ce n?était pas vrai.

Et c?est un fait très simple, croyez-le ou non ; les gens sont responsables. Ils savent mieux que quiconque de quoi ils ont besoin et comment gérer leur argent. Donc au lieu de subventionner le riz, donner leur cet argent additionnel et laissez-leur la liberté de décider comment ils vont l?utiliser. Et ils vont répondre à cet appel à la responsabilité.

● <B> Finalement, il ne suffit qu?à franchir le pas politique ? </B>

Il faut comprendre que les instruments qu?on a utilisés dans le passé pour aider les gens ne sont plus utiles. Avant l?invention de la voiture, les gens voyageaient à cheval. Ils voyaient la voiture comme quelque chose de suspecte. Et puis ils se sont adaptés.

● <B> À vous entendre, on croirait que c?est tellement facile de faire la transition. Est-ce qu?une question de temps ? </B>

C?est une question de leadership, de communication, de discussion et aussi de savoir ce qui est mieux pour soi. Les gens comprennent le besoin d?un changement quand on le leur explique, ils comprennent le besoin de s?adapter. Et s?ils comprennent que ce que vous faites est pour le meilleur, qu?il n?y a pas de calcul politique, il n?y aura pas de problème éventuellement parce que les gens savent quand une mesure n?est pas honnête. Je ne dis pas que c?est facile, je dis que cela peut se faire.

● <B> Vous disiez aussi qu?il ne fallait pas mélanger l?instrument et l?objectif. Pensez-vous que c?est ce que nous sommes en train de faire ? </B>

Dans beaucoup de cas, vous entendez les gens dire que c?est terrible que le prix de la farine et du riz ont augmenté mais ce n?est pas ce qu?ils sont réellement en train de dire. Ce qu?ils veulent dire, c?est que si le prix de la farine est plus élevé, cela réduit les revenus d?une famille et ils devront consommer moins. Ils disent que la farine est plus chère. En fait, ils trouvent que leurs revenus se réduisent.

● <B> Y a-t-il une méthode idéale de faire le «means test» pour le ciblage? </B>

Non, il n?y a pas de recette unique puisque cela dépend de beaucoup de facteurs inhérents aux pays. Il y a des principes généraux mais il faut les adapter aux réalités locales. Les considérations techniques doivent être réconciliées aux considérations politiques et c?est au pays en question de trouver le bon équilibre.

● <B> Est-ce que le ciblage est applicable finalement à tous les secteurs ? </B>

Vous avez appliqué le ciblage dans le passé sans vous en rendre compte. Par exemple, si vous buvez un diet coke, vous n?êtes pas subventionné mais si vous mangez de la pâte, vous êtes subventionné. Mais ce n?est pas une façon intelligente d?appliquer le ciblage puisqu?il n?y a pas de bonnes raisons de subventionner ceux qui mangent de la farine à la place de ceux qui boivent des boissons gazeuses.

Ce que vous êtes en train de faire maintenant, c?est d?identifier les gens que vous voulez aider à Maurice ? les familles où les parents n?ont pas été à l?école ou bien celles où les enfants n?ont pas été au collège, etc. Et le processus de rendre le ciblage explicite a aussi un autre avantage ; le système va aussi vous dire quand ces gens-là n?auront plus besoin d?être aidés.

● <B> Est-ce que le ciblage devra éventuellement être appliqué aux services comme l?éducation et la santé ? </B>

Non parce qu?il y a des droits qui sont universels. L?accès à l?éducation et à la santé est parmi ceux-là. Votre politique sociale doit être un mélange de quelques programmes universels pour tout le monde et certains programmes ciblés. Ce qui importe, c?est que les comptes soient bons !

● <B> Avez-vous eu l?occasion de rencontrer les membres de l?opposition ? </B>

Non, nous n?en avons pas eu l?occasion.

● <B> Que pensez-vous de la critique de l?opposition à l?effet que vos collègues et vous-même êtes en train d?agir comme les agents politiques du gouvernement ? </B>

(Sourire?) Je n?ai pas lu les journaux depuis que je suis ici.

● <B> Personne ne vous en a parlé ? </B>

(Rires?) Vous me le dites maintenant. Je pense que c?est propre au jeu politique et cela se passe partout. Mais je pense que les étrangers peuvent apporter une expérience comparative, un sens de la référence. La décision sera la vôtre à la fin. Quand nous avons entrepris des réformes au Mexique, nous avons aussi invité des gens d?ailleurs pour écouter leur expérience, leurs erreurs, leurs suggestions. Et de cette expérience, vous puisez ce dont vous avez besoin et mettez le reste de côté. Si cela fait de moi un agent, très bien !

● <B> Pensez-vous que Maurice sortira de l?impasse économique dans laquelle elle est ? </B>

Vous devez être tenace et consistant. Beaucoup de gens vont résister, certains parce qu?ils n?ont pas d?informations mais ce problème peut être résolu. Certains résisteront parce que l?on touche à ce qui les concerne directement. à ceux-là, il faut dire que le pays est pauvre et c?est la raison pour laquelle nous devons taxer votre propriété et nous n?allons pas changer d?avis. Mais vous verrez qu?avec une bonne l?information, il ne sera pas difficile de convaincre les gens de l?impératif de la réforme.

<I>Propos recueillis par </I><B> Deepa BHOOKHUN</B>

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