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Le BEC s?engage sur le kreol mais Gokhool affiche la grande prudence
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Le BEC s?engage sur le kreol mais Gokhool affiche la grande prudence
Une fois de plus, la journée mondiale de la Littératie , décrétée par les Nations-unies, a été dominée par le débat sur la langue maternelle dans nos classes. Le point fort de la journée a été le colloque organisé par le Bureau de l?éducation catholique (BEC) à son siège rosehillien. Démarré hier, il se clôt demain.
Les positions de chacun étaient claires. Alors qu?Hervé de St Pern, directeur du BEC, affirme que le projet PrevokBek a des résultats très positifs et qu?il serait temps d?étendre l?expérience aux écoles primaires, le ministre de l?Education Dharam Gokhool semble sceptique quant à l?utilisation de la langue maternelle comme outil d?apprentissage dans les écoles.
En fait, Hervé de St Pern a des raisons d?être aussi enthousiaste. Au second trimestre, deux tests ont été conduits par le BEC. Le premier en mai 2006 et le second en juillet. Le premier se penchait sur les aptitudes en lecture de 370 écoliers de Std III répartis dans 12 écoles de Moka-Flacq. La seconde expérience avait pris la forme d?un Literacy & Numeracy Test complet. Les « cobayes » étaient 197 élèves de Form I, qui ont effectué le test en kreol, et 192 collégiens de Form III, qui l?ont fait en anglais. Les étudiants provenaient tous de filières préprofessionnelles au secondaire. Les deux sujets étaient identiques mis à part la langue utilisée pour les rédiger.
Et le résultat fut très étonnant. « Le premier test permet de conclure que des difficultés en lecture sont de forts indicateurs d?échec scolaire. Peu d?élèves étaient capables de lire, de comprendre et re-raconter l?histoire », indique Jimmy Harmon, coordonnateur du projet Prevokbek. Les conclusions du second test sont plus surprenantes encore.
Ceux provenant de la Form I et qui ont donc fait le test en kreol ont fait beaucoup mieux que leurs camarades qui sont en Form III et qui ont pris part à la même épreuve en anglais.
31 % de ceux qui ont fait le test en kreol ont atteint une « compétence raisonnable » contre 16 % de ceux qui ont participé en anglais. Pour la partie rédaction, 41 % des élèves de la Form I ont livré des textes fluides et plutôt agréables à lire contre 39 % de ceux qui étaient en Form III. «Nous pouvons également dire que de manière générale, le kreol facilite l?apprentissage en lecture et en écriture », assure Jimmy Harmon. Ces tests ne sont toutefois pas une finalité. Mais ils restent encourageants.
Au BEC, ces deux expériences encouragent à ne pas limiter uniquement l?usage du kreol comme outil pédagogique dans les 11 filières de Prevokbek. Dev Virahsawmy, cheville ouvrière du Prevokbek, souhaite que la langue maternelle soit tout simplement généralisée à l?ensemble des filières préprofessionnelles
Pour Hervé de St Pern, il faut maintenant passer progressivement à l?étape supérieure : préparer l?entrée de la langue maternelle comme médium d?apprentissage au primaire. Pour ce dernier, d?ici 2013, « il faut arriver à dépasser les préjugés et mettre sur pied des méthodes tout en changeant les mentalités. Nous devons trouver le moyen pour que le kreol soit l?outil permettant d?apprendre à lire, écrire et compter ».
Mais le ministre Gokhool affiche la très grande prudence à ce niveau-là. S?il s?est fixé comme objectif que chaque enfant devrait avoir acquis des compétences de base en lecture, écriture et calcul, il ne se hâte pas pour passer au kreol comme médium d?enseignement.
« Maurice a certaines spécificités qui doivent être prises en compte et nous ne devrions pas nous presser. Une politique de langue doit prendre en compte les réalités socio-économiques », dit le ministre. Il précise que tout changement de langue d?apprentissage ne se passe pas sans problème. « Mais je garde un esprit ouvert à toute initiative de ce genre. Le ministère offre son soutien à toute recherche ou projet-pilote », dit le ministre.
S?il considère que le Literacy & Numeracy Programme introduit au primaire en 2003 pour combattre l?analphabétisme a été un cuisant échec, le ministre pense qu?il faut le maintenir et le revoir. Son ministère se penche d?ailleurs sur la question.
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