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Liban : le dilemme des Mauriciens

30 juillet 2006, 00:00

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Les bombes israéliennes, qui s?abattent chaque jour sur le Liban, ont forcé à l?exode plusieurs dizaines de milliers de personnes. Les mêmes images de ressortissants étrangers fuyant les zones de combat reviennent sans cesse dans les journaux télévisés. Les bras chargés de valises, ils se pressent aux frontières pour trouver refuge dans des pays amis. Et pourtant, certains, dont des Mauriciens, ont choisi de ne pas céder à la panique et de rester au Liban, leur pays d?accueil, quoi qu?il leur en coûte.

Les explosions qui détruisent les bâtiments du centre-ville les uns après les autres ont fait de Beyrouth une ville fantôme. Installée dans l?Est du pays depuis bientôt 18 ans, Sabita Naroottee fait part de son intention de ne pas quitter son pays d?adoption malgré la guerre qui fait rage sur le pas de sa porte. Cette mère de famille, mariée à un Libanais, ne veut même pas envisager de partir en laissant sa famille derrière elle. « Je ne peux pas me faire rapatrier avec ma famille. Il est hors de question que je les laisse ici. Cela fait des années que je vis au Liban, et il est hors de question pour moi de m?enfuir maintenant », explique-t-elle. Et de souligner que l?Est du Liban a été relativement épargné par le conflit, les échanges de tirs entre le Hezbollah libanais et l?armée israélienne ayant essentiellement lieu à la frontière entre les deux pays.

<B> Un second exil</B>

« Il nous arrive aussi d?avoir très peur, car nous entendons les avions israéliens passer à basse altitude », témoigne Sabita, que nous avons joint au téléphone. Les habitants trouvent alors refuge dans leurs habitations, craignant des tirs de missiles. La situation extrêmement tendue dans le pays n?a en rien entamé sa détermination à faire face, même si elle laisse entendre qu?elle accepterait d?être rapatriée si les autorités sont d?accord pour que sa famille l?accompagne. Mais elle nous fait comprendre qu?elle le vivrait comme un second exil.

Tout comme les quelque 200 ressortissants mauriciens qui se sont installés au Liban, Sabita explique s?être construit une vie dans ce pays qu?elle « apprécie » et qu?elle a appris à aimer au fil des ans.

Belinda Gaspard est, elle, accrochée aux informations diffusées en continu à la télévision depuis le début du conflit. « Je dois dire que j?ai beaucoup de chance, car je suis assez éloignée de la zone où se font les échanges de tirs », nous confie-t-elle, entre deux grésillements sur la ligne téléphonique, la communication étant défectueuse.

Originaire de Baie-du-Tombeau, elle a emménagé dans une maison à la montagne où elle dit se sentir en sécurité.

« J?ai tenté à plusieurs reprises de joindre mes proches à Maurice pour les rassurer, mais nous avons énormément de problèmes pour communiquer. Je ne pense pas quitter le pays pour l?instant », souligne cette trentenaire installée au Liban depuis plus de quatre ans.

Un constat que partage Indira Rugoonauth qui a trouvé un emploi dans le pays il y a trois mois. Habitant dans une zone loin des échanges de tirs, elle explique être en « parfaite sécurité » et ne pas vouloir quitter le Liban dans un avenir proche. « Mon employeur prend soin de ses employés et je n?ai vraiment pas à me plaindre », assure-t-elle.

D?autres compatriotes se trouvent, eux, dans l?impossibilité de quitter le pays, faute de moyens, nous ont affirmé les Mauriciens que nous avons contactés. « Il y a certes un grand nombre de Mauriciens qui désirent quitter le Liban, mais ils éprouvent quelques difficultés à le faire », laisse entendre Sabita. Certains d?entre eux font, en effet, face à des difficultés financières, car les banques ne leur accordent qu?un prêt assez limité. Ce qui se révèle loin d?être suffisant pour procéder à l?évacuation de toute leur famille.

<B> La crainte d?éventuels pillages</B>

D?autres encore, attachés à leurs biens et craignant d?éventuels pillages, essaient tant bien que mal de trouver un moyen de tout emporter avec eux, en vain.

Les routes menant vers la frontière sont bondées, obligeant les candidats à l?exode à emporter avec eux le strict minimum. Beaucoup refusent ainsi de sacrifier toute une vie de travail en espérant que la situation se décante.

Le conflit armé, qui oppose le Hezbollah libanais à l?armée israélienne, franchit chaque jour une étape dans l?escalade de la violence. Les ressortissants mauriciens continuent pour l?heure de mener une vie à peu près normale tout en s?efforçant de ne pas penser au jour où ils devront se résigner à plier bagages?

AUCUN RAPATRIEMENT POUR L?HEURE

L?ambassade de Maurice au Caire n?est pour l?heure en présence d?aucune demande de rapatriement provenant de ressortissants mauriciens actuellement au Liban. Rashid Soobadar, ambassadeur de Maurice au Caire, explique être en contact permanent avec nos compatriotes et que ces derniers n?ont pas manifesté le désir de quitter le pays. « Nous leur avons fait savoir que nous étions prêts à prendre toutes les dispositions s?ils veulent s?en aller, mais aucun d?entre eux ne s?est manifesté pour l?instant », explique Rashid Soobadar.

Les ambassades de pays amis, comme l?Inde, la France et l?Angleterre ont été approchées pour apporter leur aide aux ressortissants mauriciens qui souhaiteraient quitter le Liban. Tous se sont dits prêts à apporter leur soutien si nécessaire.

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