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De la parole aux actes

30 juillet 2006, 00:00

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Il fêtera ses 31 ans le 27 août et sera élu vendredi nouveau chef commissaire de Rodrigues. Johnson Roussety n?avait jamais imaginé connaître une ascension aussi rapide. « Non, je ne suis pas le nouvel homme fort de Rodrigues », assure-t-il en souriant, alors qu?il nous reçoit samedi matin (NdlR : hier) dans sa maison familiale à Accacia. « J?ai toujours vécu ici, ma mère nous a élevés, mes trois frères et moi, avec ses minces revenus de couturière. »

Johnson Roussety respire la simplicité. Jeans, pieds-nus, chemise verte (manifestement sa couleur préférée), il se tient prêt à prendre les rênes du pouvoir, tout en restant comme il est, « c?est-à-dire proche du peuple et modeste ». D?ailleurs, ce qui le différencie le plus de Serge Clair, c?est sa proximité. On le voit souvent déambulant dans les rues de Port-Mathurin, savates aux pieds, sirotant une bière avec ses amis du quartier. « Je ne compte pas changer. Pourquoi devrais-je changer d?image ? »

En revanche, celle du pouvoir changera dès son élection vendredi prochain. Ainsi, Johnson Roussety a déjà signifié son intention de mettre de côté les luxueux 4 X 4 BMW et Pajero des commissaires. « On ne va quand même pas rouler dans ces véhicules. C?est une insulte à la pauvreté des gens d?ici. » Autre changement radical : Johnson Roussety envisage de réduire aussi leurs salaires. « C?est trop. »

Ses propos sont, certes, ceux d?un jeune révolutionnaire, déterminé à tourner une nouvelle page sur l?histoire de son île. « Il faut relancer l?économie. Je miserai beaucoup sur le tourisme afin de faire de Rodrigues une destination comparable à Maurice et à la Réunion. Il faut également donner une nouvelle impulsion à la pêche et à l?agriculture. Mais je peux vous dire que Rodrigues ne va plus se cantonner dans ces trois secteurs traditionnels. »

À l?écouter parler, on cerne très vite les deux passions de Johnson Roussety ; Rodrigues et l?économie. « J?ai choisi de poursuivre mes études pour aider au développement de mon pays. » Se qualifiant de « bosseur », il a eu un parcours scolaire que beaucoup de jeunes rodriguais envient : lauréat du Rodrigues College en 1993, il s?envole pour l?université de la Réunion, où il fait un Deug en sciences économiques, puis décroche une licence en économétrie à l?université d?Aix-Marseille II et finalement une maîtrise en sciences économiques à l?université de Paris I-Sorbonne.

Aujourd?hui, professeur d?économie au collège Citron Donis, il aime rester au contact des jeunes pour, dit-il, leur inculquer le désir de développer leur île natale. « Il ne faut plus que Rodrigues perde ses meilleurs cerveaux. C?est aussi une de nos priorités, on réussira uniquement si on arrive à faire venir la croissance. »

Jusqu?à vendredi prochain, Johnson Roussety ne prévoit aucune manifestation. « Il faut qu?on reste calme et empêcher toute division parce que Rodrigues a un sacré retard à rattraper. » Il le dit depuis quatre ans, mais aujourd?hui, il aura l?opportunité de passer de la parole aux actes. Et dans ce domaine, la théorie, seule, ne suffit guère.

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