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Voguer selon les caprices du vent
A Port-Mathurin, un catamaran à trois mâts, le Taraipo (qui signifie ?construit dans la nuit? en polynésien) attire les regards. Cette embarcation à deux coques a mouillé à Rodrigues, il y a quatre semaines, au bout d?un long périple. A bord, l?Ecossais John Jameson, 64 ans et son équipière, une Suissesse, Nicole Kilchoer, 35 ans. John et Nicole voguent sur les mers depuis deux ans. Ils ont presque complété un tour du monde en catamaran, mais ils ne veulent pas aller jusqu?au bout de leur aventure. ?Une fois qu?on aura fait le tour du globe, on pourrait ne pas avoir la même motivation pour continuer?, confie John alors que Nicole esquisse un sourire complice.
Il arrive que le couple navigue pendant un mois sans toucher terre. ?Nous vivons de la pêche. Comme nous ne pouvons stocker qu?un maximum de 250 litres d?eau, nous avons aussi à recueillir l?eau de pluie pour nos besoins à bord?, explique Nicole.
L?express Rodrigues a rencontré les deux globe-trotters sur le port, munis de leurs sacs à dos et d?un jerrycan pour s?approvisionner en eau à la fontaine. ?Nous aimons beaucoup Rodrigues, c?est pourquoi nous sommes restés aussi longtemps (quatre semaines). C?est une île spéciale. Il n?y a pas d?agressions et les gens sont sympas. Les fruits et les légumes ont meilleur goût?, reconnaît John.
Avant d?arriver à Rodrigues, ils ont visité la Nouvelle-Zélande, les îles Fidji, l?Australie, la Nouvelle-Calédonie, Singapour, la Malaisie, les Maldives, les Chagos et la Thaïlande, entre autres. ?A l?archipel des Chagos, nous ne sommes pas descendus à terre en raison de l?interdiction?, précise John.
?Nous avons parcouru 3 200 milles de Thaïlande à Rodrigues, mais nous n?avons utilisé que 20 litres de gazole pour la traversée. J?adore partir avec le vent?, raconte le sexagénaire.
Droit devant
Souvent, le couple coupe le moteur et laisse le catamaran voguer selon les caprices du vent pour arriver à une destination quelconque. Pour avoir l?électricité à bord, ils disposent de différents moyens : un panneau solaire, un générateur et une éolienne. Le catamaran est équipé d?un ordinateur qui permet au couple de rester en contact avec les siens. Il y a aussi certains magazines qui achètent leurs articles et leurs photos. Nicole sait aussi fabriquer des bijoux-coquillages, surtout des boucles d?oreilles, qu?elle revend ensuite dans son pays, la Suisse. ?Mais nous n?avons pas de télé à bord?, précise Nicole.?Des gens se demandent comment nous pouvons rester autant de jours en mer. Nous passons beaucoup de temps à nous raconter des blagues?, dit-elle.
?Comme c?est un bateau à deux coques, chacun peut se mettre d?un côté quand on a besoin d?espace. Je pense, sincèrement, que nous sommes complémentaires?, lance John, malicieusement. John a acheté le Taraipo sur une plage du Portugal en 2003. Nicole l?a rejoint dans son périple il y a deux ans. Mais le catamaran a été construit, il y a vingt ans, par un amateur hollandais, Peter Scargo.
?Je l?ai connu à travers l?Internet. J?étais en Nouvelle-Zélande et c?était mon rêve d?aller aux îles Fidji. J?ai cherché un bateau qui avait besoin d?une équipière et je suis tombée sur John. Je n?ai pas attendu pour aller à sa rencontre. Aujourd?hui, il est ma lumière?, dit Nicole.
La jeune femme se dit sans attache. Elle a déjà travaillé comme institutrice et dans le catering business. Elle a aussi fait des études en psychologie. John fait de la voile depuis son enfance. Il a déjà enseigné dans une école de navigation à la voile et entraîné des champions de la discipline au niveau olympique, en Grande-Bretagne et en France. Il est père de trois enfants, dont un fils, Sean, qui dirige la plus grande école de planche à voile dans le monde, en Grèce. Pendant son voyage, il lui est arrivé de rester seul en mer pendant une période record de 40 jours sans toucher terre. ?Je suis déjà passé tout près de l?Amazonie, mais je ne suis pas descendu à terre?.
Après Rodrigues, ils ont mouillé à la marina du Caudan Waterfront. Après Maurice, ils mettront le cap sur la Réunion, puis les Seychelles, Madagascar, l?Afrique du Sud et le Brésil. ?Quand j?aurais touché le Brésil, j?aurais fait personnellement un tour du monde. Mais, je ne veux pas arriver au bout du voyage. Je veux le continuer jusqu?à la fin de mes jours?, confie John.
?Des fois, pendant les intempéries, Nicole perd la boule et veut rentrer par le premier avion. Mais elle se ravise très vite pour donner libre cours à sa passion pour la mer?.
A Rodrigues, ils ont oublié les eaux tumultueuses et ont repris des forces pour poursuivre leur périple?
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