Publicité
«Le peuple jugera?»
● Dans quelques jours , cela fera un an que vous êtes au pouvoir. Comment évaluez-vous la performance de votre gouvernement ?
Je pense que nous avons été très performants malgré les moments difficiles. Je voulais dès le premier jour hit the ground running. Et la population est témoin de la quantité de travail abattu durant les 100 premiers jours. Nous avons fait beaucoup de choses. Nous avons pris beaucoup de décisions, mais nous avons, surtout, donné une nouvelle direction au pays.
Nous avons aussi dû prendre des décisions courageuses parce que nous croyons que l?intérêt du pays doit primer. J?ai la satisfaction d?avoir pris les décisions qu?il fallait, même si nous allons passer par des turbulences. Je suis donc satisfait d?avoir fait, dans les circonstances que nous savons, ce que nous devions faire.
● Et comment évaluez-vous votre propre performance en tant que Premier ministre ?
(Sourire?) C?est difficile pour moi d?évaluer ma propre performance. Je laisse cela au peuple.
● Mais lorsque vous faites votre introspection, êtes-vous satisfait d?avoir donné le meilleur de vous-même ?
Disons qu?on n?est jamais satisfait à 100 %. Le monde idéal n?existe pas. Il est certain que je n?aurai rien fait différemment dans ces moments difficiles. Tout est une question de choix, vous savez.
● Vous le dites très souvent. Vous avez donc eu à faire des choix difficiles ?
En effet. Mais, en même temps, ce choix dont je parle est une question de mentalité. Les Mauriciens doivent changer de mindset, afin que le pays puisse progresser et devienne un pays où il fait bon vivre.
● Croyez-vous dans le changement de mentalité des Mauriciens ?
Mais on doit bien commencer quelque part. Il y a eu trop de laisser-aller à Maurice. Les gens sont habitués à la facilité et ne réalisent pas que personne ne nous doit rien. Les conjonctures ont changé. Il est très important de faire comprendre aux Mauriciens que nous n?avons pas le choix et qu?il faut changer de mentalité. J?ai totalement confiance dans la nation mauricienne. Mais, et je le répète, il faudra changer de mentalité.
● Qu?arrivera-t-il si les Mauriciens refusent ce choix ?
Nous n?avons pas le choix de ne pas faire ce choix ! Nous devons changer. Il faut arrêter de penser que les autres nous doivent des choses.
● Mais quand vous avez une population habituée à des « labous dou », qui est encolère à chaque fois que le budget ne lui donne pas de cadeaux?
Je suis d?accord là-dessus. Mais c?est la raison pour laquelle nous avons fait un budget de rupture. Il n?y a pas de meilleure façon pour faire les gens comprendre que les choses ont changé qu?en ne leur donnant pas ce dont ils sont habitués à avoir. Ce n?est qu?ainsi qu?ils vont réaliser qu?ils doivent dépendre d?eux-mêmes. Et qu?il faudra être responsable.
● Pensez-vous que le message de la philosophie de votre budget est passé ?
(Hésitations?) Je pense que les gens commencent à comprendre, mais nous avons aussi fait beaucoup d?efforts pour mieux faire passer le message. Nous essayons de donner l?exemple au gouvernement car c?est clair que personne n?aime prendre des décisions impopulaires. Mais, encore une fois, nous n?avons pas le choix - au risque de devenir impopulaire. Dans l?intérêt du pays.
● Puisque vous parlez de popularité, est-ce dur de faire le choix de l?impopularité ?
J?ai eu la chance d?être Premier ministre, de passer dans l?opposition et de redevenir Premier ministre. C?est une expérience qui rend humble. C?est mon deuxième mandat et je le vois comme une occasion que m?a donnée le peuple pour moderniser ce pays. Je ne réfléchis pas en termes de popularité mais j?ai été Premier ministre et j?ai été dans l?opposition et je ne peux qu?espérer que les gens apprécient qu?il y a certains pour qui l?intérêt du pays passe avant tout.
● Vous avez beaucoup surpris par votre fermeté alors qu?on s?attendait à de la mollesse. Par votre langage de raison, après un certain langage démagogique, et par votre capacité de travail. Qu?est-ce qui a changé ?
Je dois dire qu?il y a eu une campagne contre moi durant mon premier mandat. Je peux vous dire aussi que la mollesse ne figure pas dans mon dictionnaire. Demandez aux ministres de mon premier gouvernement. J?ai travaillé aussi dur lors de mon premier mandat que maintenant.
Vous savez, lors de mon premier mandat, j?étais souvent à la Clarisse House les matins pour travailler parce que c?était plus simple, plus près et plus tranquille. Je n?aimais pas non plus que les motards arrêtent le trafic les matins pour que ma voiture passe pour aller à Port-Louis. Et voyez comment on a interprété cela. (Rires?) Mais j?ai appris de cela et maintenant je viens à Port-Louis tous les matins !
● Votre gouvernement vient de présenter un budget que l?on n?attendait pas du Parti travailliste. Comment l?expliquez-vous ?
Vous savez, le Parti travailliste (PTr) est aussi connu pour son courage. En 1982, à la veille des élections, le PTr n?a pas hésité à dévaluer la roupie à deux reprises et cela a demandé beaucoup de courage. Mais comme Sir Veerasamy Ringadoo l?avait dit, l?intérêt du pays a primé.
● Etes-vous satisfait de votre Cabinet ?
Il doit y avoir de la variété dans un Cabinet. Et dans le nôtre, il y a des gens de différents milieux avec des expériences différentes et des points de vue différents. Cela nous permet d?avoir des discussions franches et c?est une bonne chose. Car c?est dangereux d?avoir un Cabinet où tout le monde pense pareil.
● Les rumeurs de remaniement ont couru à un moment. Est-ce toujours d?actualité ?
Non, j?ai entendu des rumeurs. J?ai lu ces rumeurs dans la presse. Mais je ne vais certainement pas faire un remaniement quand je viens de former un gouvernement. C?est extrêmement essentiel de donner l?occasion aux gens de perform et de maîtriser leurs dossiers.
● Rama Valayden, qui a la réputation d?être un des ministres les plus performants, est subitement très discret. Y aurait-il un problème ?
Certainement pas. Rama Valayden est une jeune qui travaille très dur et qui apporte une contribution extrêmement positive au Cabinet. Mais quand on fait partie d?un gouvernement, il y a d?autres réalités qu?il faut prendre en considération.
● Donc vous l?avez rappelé à l?ordre ?
Non. C?est très bien d?avoir son opinion mais il faut aussi être un team player et il l?est.
● Venons-en au « Law and Order », ce que vous appeliez le « lawlessness and disorder » au temps de l?opposition. Quel effet cela fait d?être Premier ministre et d?assister, impuissant, à la montée de criminalité dans son pays et la perception d?impuissance de notre force policière ?
C?est extrêmement frustrant. Lors de mon premier mandat, j?avais commencé une réforme en profondeur de la police avec monsieur Shattock. Une réforme dont les effets se sont fait sentir, sinon je vous assure que la situation aurait été pire. Mais je constate un recul dans cette réforme qui avait été enclenchée?
● Un recul dû à quoi ?
Vous savez, c?était en 1996 que nous avons mis en place le Scene of Crime Office, le fingerprinting etc. Mais je vois que la formation des officiers a diminué de façon dramatique. Nous avons tendence à toujours blâmer les policiers, mais il faut aussi voir leurs conditions de travail. Un policier frustré ne va pas faire un bon travail.
● Et comment proposez-vous de régler le problème ?
Il y a trois choses à prendre en considération. D?abord, renforcer les lois car il faut que les gens sachent qu?ils seront punis pour un crime. On doit aussi former la police car il faut qu?il y ait une transparence dans la façon dont les enquêtes se font.
La population doit avoir confiance dans la police. Mais ce respect-là, les policiers doivent le mériter. Si les gens ont confiance dans notre police, il n?y a aucune raison pour que les gens aient cette impression d?insécurité. Le judiciaire doit aussi jouer son rôle. J?ai l?intention de mener une politique de zéro tolérance sur le crime.
● Pensez-vous vraiment que le durcissement des lois aura un effet dissuasif ?
Je pense qu?il faut que les trois conditions soient réunies. Sur les agressions sexuelles, il faut définitivement un durcissement de peines. Les coupables doivent savoir qu?ils seront durement punis. Je veux attirer l?attention sur les détails que j?ai vus dans l?express sur les amendements au Code pénal.
Ce sont des suggestions et les choses peuvent changer. Je penche plutot pour une nouvelle législation qui s?appelle le Sexual Offences Act qui ira de pair avec les amendements apportés au Code pénal.
● Pour introduire une peine maximale de 60 ans ?
Oui. Il y a différents types de crimes. Qui peut accepter le fait qu?une personne viole un enfant de trois ans ? Les crimes odieux comme celui qui vient de se passer et qui a indigné tout un pays - sans préjuger des conclusions de l?enquête - doivent être sévèrement punis . Mais comme je l?ai dit, une peine sévère n?est pas la seule réponse. Il faudra aussi renforcer la méthode d?investigation criminelle car les premières 48 heures sont primordiales dans un crime pour réunir des preuves.
J?ai demandé l?aide d?un expert pour nous aider dans la formation des forensics à Maurice et je l?attends pour entreprendre la formation des enquêteurs.
● Comment voyez-vous la situation d?un point de vue personnel ?
Malheureusement, notre Constitution est telle que c?est le Premier ministre qui doit répondre au Parlement quand il y a des hold-up, des vols et des viols. Souvent je dis aux gens de se mettre à la place des victimes et ils sauront ce que cela veut dire. Nous parlons tous des Droits de l?homme - j?y crois fortement d?ailleurs - mais il ne faut pas oublier les droits des victimes.
● Ce qui nous amène à la rémission. Où en est le gouvernement ?
C?est très compliqué. Un jugement du Privy Council a dit que l?exécutif ne devrait pas décider de la sentence à être imposée. Je suis tout à fait d?accord mais je pense que nous devrions toutefois imposer une sentence sévère qui laissera quand même les juges et les magistrats agir selon leur discrétion.
Quelles sont vos relations avec le Commissaire de police ?
Très correctes. Les gens semblent oublier que c?est moi qui l?ai nommé à ce poste. Il est aussi dans une situation difficile car il dépend de sa force policière. (Hésitations?) Je dois dire que je ne crois pas dans la promotion automatique et dans l?ancienneté. Je crois dans la méritocratie et je mets aussi l?accent sur les sanctions. Ce n?est pas acceptable qu?un officier de police qui ne fait pas son travail soit éligible à une promotion. Il faut prendre des sanctions quand il y a manquements.
● Venons-en aux prisons. Pourquoi avoir fait partir Bill Duff ?
Je ne l?ai pas fait partir. Je crois dans les résultats et nous n?avons pas eu ces résultats. Bill Duff connaissait aussi beaucoup de difficultés. Il y a eu le boycott à la prison et peut-être qu?il a senti qu?il ne pouvait plus travailler. En sus de cela, il avait fait une demande de congé qui a été refusée parce que sa présence était importante dans des moments difficiles.
● Quelle est votre vision de la chose pénitentiaire ? Êtes-vous plutôt pour la réhabilitation ou la répression ?
C?est un long débat et il n?est pas prouvé, par exemple, que la peine de mort diminue les crimes. Mais quand des crimes sont tellement odieux, il y a toute une réaction de la population. C?est la raison pour laquelle je pense qu?il faut un mélange des deux.
La réhabilitation oui mais pour des crimes moins odieux. Mais il y a l?argument qui dit que si les prisonniers n?ont rien à perdre, ils n?ont aucune raison de bien se comporter.
<I> « Il n?y a jamais eu d?animosité entre SAJ et moi. Nous avons été adversaires mais c?est le jeu politique. L?intention n?avait jamais été d?humilier SAJ lors de la cérémonie de prestation de serment. Nos relations sont très cordiales.» </I>
● Etes-vous sensible à cela ?
Je vois le bon sens de l?argument. Mais, en même temps, la population ne veut pas voir des violeurs relâchés après deux ans.
● Mais où se trouve la ligne de démarcation ?
Je pense qu?il faut faire montre de fermeté. Dire haut et fort que « nou pa pou tolere ».
● Vous dites souvent « mo pa pou tolere » ces derniers temps. Etes-vous conscient que l?on vous compare de plus en plus à SAJ ?
(Rires?) Mais je l?ai toujours dit ! Excepté qu?auparavant, je le disais à mes ministres et maintenant je le dis en public.
<I> « J?ai entendu des rumeurs. Mais je ne vais certainement pas faire un remaniement quand je viens de former un gouvernement. C?est extrêmement essentiel de donner l?occasion aux gens de ?perform? et de maîtriser leurs dossiers.» </I>
● Et puisque nous parlons de SAJ, vous avez surpris tout le monde par votre longue conversation avec le président au Domaine les Pailles?
Vous savez, SAJ, Paul Bérenger et moi-même avons une chose en commun : nous avons été Premiers ministres. C?est un club très restreint ! Il y a une espèce de solidarité entre Premiers ministres. Les critiques sont faciles contre les Premiers ministres mais ce n?est pas une fonction facile à occuper. Surtout à Maurice avec toutes ses complications. Et puis il n?y a jamais eu d?animosité entre SAJ et moi. Nous avons été adversaires, mais c?est le jeu politique. L?intention n?avait jamais été d?humilier SAJ lors de la cérémonie de prestation de serment. Nos relations sont très cordiales.
● Est-ce vrai que vous étiez prêt à sacrifier Xavier Duval à un moment pour accueillir Maurice Allet ?
Je ne veux pas entrer dans les détails mais j?ai dit à Xavier que je comprenais son problème. S?il y a des gens dans l?opposition qui réalisent les difficultés à venir et qui veulent aider le gouvernement, je ne vois pas pourquoi dire non. Je veux rassembler les gens qui veulent aider le pays.
● Et si demain Pravind Jugnauth veut aider le pays, sera-t-il lui aussi accueilli à bras ouverts ?
On ne peut pas empêcher quiconque d?aider son pays.
● Paul Bérenger a aussi l?air de vouloir aider son pays ces derniers temps !
Si les gens réalisent la difficulté dans laquelle nous sommes et veulent aider, nous devons les encourager.
● Vous ne répondez pas à mes questions !
(Rires?) Je réponds à ma façon ! Georges Marchais qui était le chef du parti communiste disait à une journaliste qui lui a fait le même reproche : «Vous avez préparé vos questions, moi, j?ai préparé mes réponses ! »
● Je pose ma question autrement. Il y a de fortes rumeurs selon lesquelles il y a eu une réunion secrète entre Pravind Jugnauth et vous-même, que le député Rucktooa allait démissioner pour provoquer une partielle au n° 6 où Jugnauth se présenterait soutenu par l?Alliance sociale?
Il n?y a pas eu de réunion secrète. Je suis choqué par le fait que les gens, même les politiciens, puissent croire ces rumeurs. J?ai gagné les élections et j?ai un mandat pour gouverner et j?ai une majorité confortable. Les alliances ne sont pas mon souci.
● Vous gardez les options ouvertes si je comprends bien ?
Ma conception de l?opposition est qu?elle doit aider le pays. Quand j?étais leader de l?opposition, j?avais aidé à débloquer la situation quand les fonctionnaires menaçaient de faire la grève contre le projet MRA. C?était le pays avant tout.
C?est mon attitude car je pense que notre force serait énorme si nous travaillons comme une seule nation car nous avons le même destin. La critique venant de l?opposition est une bonne chose quand elle n?est pas biaisée. Il faut mettre le pays avant tout.
● Les critiques de l?opposition parlementaires lors des débats budgétaites étaient-elles constructives ?
Je rappelle que les députés du MSM avaient applaudi mon discours. Il y a eu un degré de démagogie lors des débats et le peuple jugera s?il fallait ou non prendre les décisions que nous avons prises. La situation économique était pire que nous ne le croyions à notre arrivée au pouvoir. Ajouté à cela, il y a eu les squelettes et le démantèlement des régimes tarifaires. C?est la raison pour laquelle ne rien faire n?était pas une option.
L?opposition est la première coupable car elle a été coupable d?avoir laissé la situation s?empirer quand elle était au pouvoir. Elle n?a fait aucune proposition concrète. Elle fait de la politique à l?ancienne. La situation est donc catastrophique mais j?ai confiance dans les Mauriciens.
Nous remonterons cette pente, mais il faudra un effort national. Rien ne nous sera donné en cadeau. Et pour ce faire, il faut un changement de mentalité. Mais je suis sûr que si nous ne faisons pas de démagogie et nous prenons les décisions qu?il faut prendre, nous sortirons de là plus forts que jamais.
● Et que souhaitez-vous à cette nation ?
Mon souhait est qu?au plus vite nous nous réveillions et travaillions avec passion pour une île Maurice moderne et forte. Il faut se remettre en question. L?île Maurice est capable de réveil.
● Et que peut souhaiter cette nation pour votre premier anniversaire au pouvoir ?
Que je réussisse dans ma tâche et que je puisse amener Maurice à bon port. Car nous avons pris des décisions courageuses pour créer un dynamisme.
Publicité
Publicité
Les plus récents