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La longue lutte d?un grand-père

15 juin 2006, 00:00

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?Je mentirai si je vous dis que je ne me sentirai pas un déraciné ailleurs. Mo nombril finn enterre ici. ou croire mo capave quitte ici sans aukenn nostalgie?, lance Balkrishna Goorcharand, président des Forces vives de Mare-Chicose. Il est entouré de son épouse et Ò de ses deux petits-fils, Shasil 2 ans et de Rishi un an et demi. C?était jeudi dernier, soit quelques jours après avoir appris que ses voisins et lui-même seront relogés entre Marie-Jeannie et Jonction-Wireless à Rose-Belle.

Cette confirmation est pour ce sexagénaire l?aboutissement d?un combat qui a commencé depuis 1996, jour où les experts ont posé les pieds pour la première fois à Mare-Chicose. Ils étaient sur place pour le projet du Centre d?Enfouissement Technique (CET). Une soixantaine de familles y vivaient tranquillement à cette époque. ?Nous avions le pressentiment que notre vie allait être complètement bouleversée le jour où ce centre allait être créé ici?.

Avertis, les habitants ont décidé de mettre de côté leurs sensibilités politiques pour ne pas se laisser berner pas les promesses. ?Ces personnes étaient venues nous promettre que Mare-Chicose allait connaître un développement durable. Zot ti dir qui parole donnée, c?est parole sacrée. Zot ti pe fer nou compran, en fait, ki nou ti pou ramass enn sacré l?amerdement tou lelon nou la vie?, raconte Balkrishna qui, à cette époque, faisait le va-et-vient entre Mare-Chicose et Rose-Belle pour ses études au collège de cette localité.

Malgré les premières protestations, se souvient-t-il, cela n?a, en aucun cas, empêché l?arrivée des bulldozers qui broyaient tout sur leur passage pour faire place à ce qui allait devenir le CET.

Curieux de voir l?évolution des travaux, Balkrishna mobilise un après-midi ses voisins. Direction. Le site d?enfouissement. Ils découvrent des mares d?où jaillit une eau noirâtre qui dégage une odeur insoutenable.

?Nous avons eu ce jour-là, la confirmation que nos rivières et notre atmosphère allaient être polluées par les déchets que déversait toute l?île Maurice dans ce coin, qui autrefois respirait la tranquillité?.

Pour donner plus de force à leur action de protestation, les membres des Forces vives ouvrent les bras aux patriotes et aux politiciens, solidaires de leur combat. ?Ils vont certainement se reconnaître, certains politiciens occupent actuellement des fonctions ministérielles?. Balkrishna, soutenu par ses voisins, décide de prendre le micro et sillonne l?île pour des meetings publics. L?odeur commençait à devenir insupportable, de même que le bruit assourdissant des camions-bennes allant vers le site d?enfouissement.

?Nous n?avions pas le choix. Il fallait à tout prix que les Mauriciens apprennent la souffrance endurée quotidiennement par nos enfants?.

Les actions concertées ne tombent pas dans l?oreille de sourds. A la suite d?une manifestation dans l?enceinte du site, le gouvernement met en place un comité sur lequel siègent les membres des Forces vives. L?objectif est de trouver des solutions pour atténuer l?impact des odeurs sur la santé des habitants et pour réglerd?autres problèmes qui y sont liés.

En attendant, l?état de santé de Balkhrisna prend un sale coup. Il se rend à l?hôpital Jawaharlall Nehru à Rose-Belle. Le diagnostic tombe. Il souffre d?asthme. Il ne baisse les bras pour autant. Il est de tous les comités pour faire entendre sa voix.

Aujourd?hui, la lumière commence à pointer au bout du tunnel pour les habitants. Des experts d?une firme consultante font la tournée du patelin pour des consultations sur les compensations que les habitants souhaiteraient toucher et l?endroit qu?ils ont choisi pour leur relogement.?Cette victoire symbolise pour moi l?unité dans l?action que nous avons menée bien que nous appartenions à différents bords politiques?, dit Balkrishna. Mais la lutte n?est pas terminée. Tant que tous les habitants ne seront pas dans leurs nouveaux logements décents et compensés adéquatement pour toutes les misères qu?ils ont subies, il faudra rester vigilants.

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