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L’Espagne et ses vieux démons

14 juin 2006, 00:00

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Il faudra bien un jour que quelqu’un nous explique comment et pourquoi l’Espagne, l’une des nations les plus redoutées du football contemporain, mère-patrie du Real Madrid et du FC Barcelone, n’a jamais inscrit son nom au palmarès du Mondial.

Plus inquiétant encore, elle n’a passé qu’une seule fois le cap des quarts de finale. C’était en 1950, au Brésil. A l’époque des télévisions blanc et noir, des locomotives à vapeur et des maisons en bois.

Chaque quatre ans, les mêmes doutes accompagnent l’entrée en lice de la Furia Roja sur la grande scène du football. Et la même question revient inlassablement : Et si l’Espagne était maudite ?

Régulièrement cité parmi les favoris, jamais à l’arrivée, ce pays possède pourtant un réservoir de talents imposant, fruit de la compétence de ses clubs en matière de formation. Une compétence qui lui a, du reste, permis de décrocher douze titres majeurs chez les jeunes et une médaille d’or inoubliable aux Jeux olympiques de 1992. Mais toujours rien chez les grands.

De mauvaises langues prétendent que l’Espagne est victime de ses propres divisions. Les identités régionales y sont profondes, l’attachement au drapeau national rarement revendiqué. Avant d’être Espagnol, on est avant tout Madrilène, Catalan ou Basque…

Au sein de la Seleccion, les joueurs entretiennent des relations rarement cordiales. Ils se tolèrent, sans plus. Mais il arrive que la marmite explose. Comme en 1994, lors du Mondial américain, quand le Madrilène Emilio Butragueno s’en est ouvertement pris au Barcelonais Julio Salinas pour avoir “vendu la patrie”, la faute à un tir mal cadré en quart de finale face à l’Italie.

Evidemment, la nouvelle génération est moins rebelle, plus mesurée. De toute façon, elle n’a pas vraiment le choix. La sélection est, aujourd’hui, aux mains d’un nationaliste convaincu, Luis Arragones, qui n’est pas du genre à tolérer certains écarts.

Sur le papier, l’Espagne présente un visage séduisant. Son milieu de terrain, traditionnellement efficace, n’est plus le seul maillon fort. La défense, débarrassée de Fernando Hierro et articulée autour de Carlos Puyol, a gagné en crédibilité. Quant à l’attaque, elle a rajeuni et doublé d’efficacité. Les jeunes loups Fernando Torres et David Villa font de l’ombre au vétuste capitaine Raul et ont prouvé, en campagne de préparation, qu’ils étaient capables, à eux seuls, de tuer un match.

L’Espagne s’attaquera au Mondial allemand en pleine confiance. Elle n’a d’ailleurs plus perdu depuis 22 matches.

Cet après-midi, au moment où la Furia Roja foulera la pelouse du ZentralStadion, pour y affronter l’Ukraine, ils seront nombreux à espérer qu’elle sera enfin en mesure de chasser ses vieux démons.

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