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Le combat du citoyen Pillay

28 mai 2006, 00:00

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Au royaume des préjugés, la décision de Kadress Pillay de s?engager dans le combat contre la réforme Gokhool est salutaire. Elle apporte un bol d?air frais au débat qui fait rage depuis des mois autour de la décision du gouvernement de revoir la formule du certificat de fin d?études primaires. Ladite formule consiste à canaliser les 1 260 meilleurs élèves vers les collèges d?élite.

Fort de son expérience d?ex-ministre de l?Éducation, de surcroît travailliste, Kadress Pillay possède les atouts pour se dresser contre ce projet qui sacrifie l?enfance sur l?autel de la compétition, s?accordent à dire des syndicalistes comme Jugdish Lollbeeharry.

Il vient écarter par la même occasion toute tentative des pro A + de trouver des desseins communalistes à leurs adversaires. Car ce sont davantage les associations et personnalités proches de l?Église catholique qui faisaient entendre leurs voix jusqu?ici, même si la réforme Gokhool va causer plus de tort que de bien à l?enfant, qu?importe son origine, a d?ailleurs souligné l?association des psychologues de l?île.

« C?est une bonne initiative. Li bon osi li rant ladan pu sa pa paret kouma kominal », ajoute Jugdish Lollbeeharry. Ce dernier rappelle que, malgré cette connotation qu?on tente de donner aux adversaires de la réforme Gokhool, un sondage mené au premier trimestre a démontré que 80 % des enseignants étaient contre cette formule. « C?est un pas en arrière. La priorité du gouvernement devrait être les 40 % d?échecs au lieu de promouvoir l?élitisme », déplore-t-il.

Et pour bon nombre de pédagogues, Kadress Pillay demeure celui qui est resté constant, voire cohérent, dans son approche pour une éducation de qualité, tout en mettant le développement de l?enfant au centre de ses préoccupations. « Mon but était de démocratiser l?éducation en éliminant le classement, tout en combattant l?exclusion sociale qui a pour origine l?exclusion scolaire », résume Kadress Pillay.

C?est d?ailleurs son Action Plan, enterré par certains de ses camarades trop conservateurs au Parti travailliste en 1998, qui a été cloné en grande partie par Steve Obeegadoo sous le précédent gouvernement. Alors que le ministre MMM a eu les coudées franches et les moyens pour mettre son projet à exécution, Kadress Pillay, avait dû, quant à lui, se battre au sein même du Conseil des ministres pour faire avancer ses idées?

Il a tenté d?abolir les leçons particulières mais en son absence au pays, c?est nul autre que James Burty David, lui-même un pédagogue, qui a revu cette décision. Kadress Pillay l?avait très mal pris et c?est à partir de 2000, son plan n?ayant jamais été adopté et n?ayant pas non plus bénéficié de ticket aux élections, qu?il s?est éloigné du PTr, rejoignant d?abord le Mouvement républicain, puis le MMM lorsque le parti de Rama Valayden a intégré l?Alliance sociale.

Sa décision de se jeter dans la bataille intervient après l?invitation du groupe Présence à intervenir sur la plateforme de la Commission diocésaine du monde ouvrier (CDMO), le 1er mai. Sa déclaration à l?effet qu?il est prêt à « descendre dans la rue » fait sourciller, car certains y voient la démarche d?un politicien, membre de la régionale no 18 du MMM.

Son plus grand adversaire, Sutthyhudeo Tengur, de la Government Hindi Teachers Union (GHTU) ? qui plus est un grand défenseur du classement ? lui prête déjà ces intentions, le traitant de tous les noms pour avoir fait le tour des différents partis depuis 2000. Le syndicaliste considère que le A + ne fait que « rationaliser le grading system ».

Kadress Pillay répond toutefois à qui veut l?entendre qu?il milite pour le non contre le « crime » de Dharam Gokhool, et « en retrait de la politique ». Toutefois, ceux qui lui sont proches savent qu?il voulait mettre ses idées à l?avant-plan mais estimait qu?il était relégué au fin fond de sa régionale.

L?idée de constituer un comité

C?est ainsi qu?il est venu avec l?idée de constituer, avec des amis, le Comité d?action mauricienne en janvier. Cette fois, il a créé Élan pour fédérer les citoyens qui sont contre le plan Gokhool.

« C?est un combat du citoyen Pillay. J?ai été invité à prendre la parole à la réunion de la CDMO. Mo finn profite pou ale et mo santi ler fine arive pou enn aksion sitoyenn danvergir, sirtou pou evit derapaz politik partizann e kominal parski finn deza ena bann sous-entendu et finn ena bann asosiasion ki finn formé », déclare l?ancien ministre de l?Éducation.

C?est donc un nouvel élan qu?il donne pour que les citoyens descendent dans la rue pour montrer leur désapprobation du projet de Dharam Gokhool. « Si avant l?éducation primaire était criminelle, c?est bien pire avec la niaiserie de Gokhool. La finalité n?est pas le A + », résume Kadress Pillay.

La bourde du MMM

Le MMM, qui a soutenu le parent d?élève Sooriadev Bhayraw (photo) pour sa plainte contre l?introduction du A +, a reçu une gifle magistrale en fin de semaine. En effet, trois jours avant que l?affaire ne soit appelée en cour, soit vendredi, Sooriadev Bhayraw a décidé de retirer sa plainte, affirmant qu?il ne voulait pas être manipulé par ce parti et qu?il est, de surcroît, membre du groupuscule Voice of Hindu (VOH) ? qui milite pour le A + ? depuis des années. Cette révélation fait rire Sutthyhudeo Tengur, qui se demande comment un parti tel que le MMM a pu s?embarquer dans cette entreprise sans avoir, au préalable, effectué un screening sur cet habitant de Dubreuil. Alors que depuis plus d?une semaine, il était connu parmi les dirigeants du MMM que des « pressions » étaient exercées pour qu?un des parents retire sa plainte, Steve Obeegadoo, ancien ministre de l?Éducation et secrétaire général du MMM, vient affirmer que c?est avec « surprise » qu?il a appris la nouvelle. « Je n?ai subi aucune pression. J?ai parlé de l?A + avec Obeegadoo à la mi-avril. Notre discussion était axée sur la pédagogie et non la politique. Sans mon consentement, mon nom a été divulgué par le MMM », a avancé Sooriadev Bhayraw. Il était entouré des membres de la VOH, lors d?une rencontre avec la presse à 14 heures vendredi, à Port-Louis, pour expliquer les raisons de son désistement.

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