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Daniel Picouly : «Un écrivain est un bon enquêteur »

27 mai 2006, 00:00

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Pourquoi ce thème ?

On me l?a imposé. J?ai découvert le thème dans la brochure. Quelqu?un me donnera une raison. Peut-être aussi parce que j?en ai écrit. J?ai réfléchi à la question et j?espère être pertinent.« Comment écrit-on un roman policier ? » Ce sera le début de la conférence. Mais, c?est très facile d?écrire un roman policier. Il suffit de suivre le précepte d?Alfred Hitchcock qui tient en trois points. Un : une bonne histoire, deux: une bonne histoire et trois : une bonne histoire. Il faut aussi s?interroger sur ses motivations. Est-ce que l?on ne voudrait pas être l?un de ces criminels, qui n?est jamais pris mais qui veut qu?on le sache ?

Si un écrivain est un bon criminel, c?est aussi un bon enquêteur ?

Oui, toujours. C?est fondamental. Une autobiographie, c?est une enquête sur soi-même, un roman historique, c?est aussi une enquête.

Si on devait enquêter sur vous, que découvrirait-on ?

Si on enquête sur moi, on ne découvrira que ce que j?ai écrit. Les gens cherchent à me comprendre à travers mes livres. Mais plus on écrit, plus on cache. Il n?y a que moi qui puisse savoir.

Vous écrivez des romans, des livres pour enfants, des BD, vous animez une émission de télé, pour dissimuler quelles preuves ?

En ce qui concerne les livres pour enfants, la coupable, c?est ma fille. Elle veut que je lui écrive des histoires, et je veux qu?elle soit contente de son père. Je veux être le père de l?année.

L?enfance est aussi importante dans votre ?uvre ...

Je le dis souvent, l?enfance est au centre de nous. Après, il y a un être un peu étrange, un adulte, un enfant devenu intelligent. Un être qui croit qu?en apprenant beaucoup de choses, on comprend mieux le monde. Puis, on dépasse cette époque où on est très intelligent et on revient vers l?enfance, avec plus de sensations vraies. A quand on est devant la mer, vouloir creuser dans le sable. Et surtout ne pas essayer de tout comprendre. C?est une sale maladie. Il y a des choses qu?il faut laisser aller et profiter.

Quel enfant étiez-vous ?

J?étais un môme rêveur, entouré par ses parents, par l?amour. J?avais une famille nombreuse qui constituait mon monde. Je voulais être champion du monde de foot ou de boxe, je voyageais quand je voulais, sur un cheval appelé Blanco. L?école était un truc étrange, mais j?y allais, c?était sympa, j?avais des copains. Je n?ai pas souffert, j?ai eu une enfance profondément heureuse, je jouais toute la journée au foot sans être fatigué. On était bien, le monde était simple, il se passait beaucoup de choses dans ma tête, j?écrivais des histoires. J?ai toujours été comme ça.

Votre dernier livre s?intitule « Un beau jeudi pour tuer Kennedy ». Où étiez-vous à ce moment-là ?

Je devais avoir 15 ans, j?étais chez moi, j?ai appris ça le soir à la télé. J?ai vu cette image. C?était incompréhensible, un moment très étrange. C?était un mythe à l?époque. Kennedy, c?était la victoire de la jeunesse, une idée de l?avenir. Après, on a connu la réalité.

On sait de votre biographie que votre vocation d?écrivain est née très tôt. Qu?est-ce qui vous a poussé à passer à l?acte ?

Il y a eu un acte fondateur douloureux qui est la perte de mes parents. Je pense que je n?aurais jamais édité si mes parents vivaient encore. J?aurais peut-être écrit des polars ou des romans historiques. Mais sans la disparition de mes parents, je n?aurais pas eu envie de les raconter, je n?aurai pas eu le besoin d?écrire notre histoire.

Comment travaillez-vous ?

Avec beaucoup de discipline, des horaires. Le matin, je dépose ma fille à l?école et je vais au bureau. J?ai un bureau. C?est un rez-de-chaussée, plutôt une cave, avec un foutoir pas possible. C?est une grotte. J?y vais et j?y suis bien. J?écris toute la journée. Je n?ai pas d?hésitation. J?ai plein de projets. Je rentre chez moi à pied, je marche dans Paris.

Est-ce que vous pourriez nous balancer quelques auteurs de polars?

Chester Himes, Pennac, Benaquista, Vargas, Dantec, écrivent des polars. Ce sont des bons et il y a de quoi faire. Ce sont d?abord des raconteurs d?histoire.

A qui profite le crime ?

En général, à l?auteur, dans tout ce que l?on fait, on est content de partager. Ecrire, ça transforme votre vie. Tout ce qui m?était destiné, est arrivé parce que j?écris. Si je n?écrivais pas, je viendrai à Maurice en vacances. C?est un profit, pas seulement financier, mais ça offre une vie où on a une certaine maîtrise, et qui permet de gagner sa vie par sa passion. C?est à moi que profite le crime. ça me botte. Et j?engage chacun à entrer dans sa passion, dans sa vie. C?est un des secrets de l?écriture.

Interview réalisée par Sonia KALLA

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