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L?abus sexuel des mineurs : c?est le cercle vicieux

27 mai 2006, 00:00

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par Premila DOSORUTH

Le sentiment de révolte est plus intense lorsqu?on aborde les questions liées aux crimes sexuels commis sur les mineurs. «J?ai mis un certain temps à comprendre le mécanisme pernicieux de l?abus sexuel. Cela ne se résume pas à des rapports sexuels non consentis», explique Jeanne, travailleuse sociale oeuvrant dans le nord du pays depuis 30 ans. «Je préfère garder l?anonymat eu égard à toutes ces familles dont je m?occupe.»

Sa maison est un havre de réconfort pour toutes ces écorchées de la vie. Elle héberge en ce moment même une jeune fille qui a subi impassible, pendant plusieurs années, les assauts de son bourreau. Une autre, Kelly, 11 ans, à la sortie de l?école, vient prendre son goûter chez Jeanne qui lui explique que ce qu?elle croit être des marques d?affection sont des actes répréhensibles.

«Tout est confus pour ces enfants et adolescents. Tout simplement parce qu?ils évoluent dans un environnement où la sexualité est banalisée. Les parents visionnent des films pornographiques en leur présence. Ils sont les victimes d?attouchements sexuels de la part des pères et des beaux-pères. C?est tout cela l?abus sexuel et c?est dû à un manque d?éducation de la part des parents.» Il est vrai que ces adultes ne sont pas forcément des pédophiles en puissance mais ils sont enclins à une impulsivité sexuelle due à la promiscuité. Les travailleurs sociaux s?accordent à dire qu?il y a un nombre plus élévé de comportements sexuels déviants parmi les squatters et dans les régions défavorisées où très souvent, toute une famille est obligée de partager une seule pièce.

Jacques Armon, travailleur social du Sud, rapporte que la pauvreté est genéralement le terreau fertile de ces agressions sexuelles. «Ils sont quelquefois huit dans une chambre exiguë et tout se passe devant les yeux des enfants. Il y a très souvent le cas de la femme qui est déjà mère d?une adolescente de 15 ans et qui vit en concubinage avec un homme de 25 ans. La jeune fille est contrainte de s?habiller et de se déshabiller devant le beau-père. Forcément, il y a dérapage.» Au sein de ces familles recomposées, les enfants conçus lors du premier mariage sont fréquemment négligés.

La société mauricienne a fortement évolué économiquement mais le social est resté le parent pauvre. C?est le leitmotiv de tous les travailleurs sociaux. Daniel, éducateur des rues depuis de nombreuses années, dénonce «cette ouverture incontrôlée de notre société, l?influence néfaste de certains médias, l?utilisation de l?internet à mauvais escient, l?effritement de valeurs spirituelles et morales».

Développement trop brutal

Jeanne, habitant dans le Nord depuis presque 50 ans, déplore le développement un peu trop brutal de cette région où toutes les activités ne sont pas toujours saines pour les mineurs. Le tourisme sexuel a apporté de l?argent facile et a quelque peu terni le paysage. «Je suis en contact avec des prostituées mineures et ces filles ont été toutes abusées avant. Elles n?ont reçu aucune éducation sexuelle. C?est très courant qu?elles me disent, «depi tipti mo ti abitie fer malelve. Vie bonom ti pe donn mwa Rs 10, Rs 15.» Kelly qui subit des attouchements sexuels depuis l?âge de sept ans commence seulement à comprendre qu?elle est en danger. Pour elle, c?était quelque chose de tout à fait normal puisque dans l?environnement où elle évolue «zot tou fer sa». Tout comme ces filles enceintes de pères incestueux qui se confient à Jeanne. «Les parents ne sont pas conscients de ce qu?ils font à leurs enfants et du danger qui les guette. Souvent, ils sont eux-mêmes en très grande difficulté. Si on y ajoute la drogue, l?alcool?», souligne Jeanne.

D?après les travailleurs sociaux il n?est pas possible de connaître l?étendue exacte du problème parce que les victimes ne peuvent rien révéler ou mettent plusieurs années à le faire. Même si de nos jours on dénonce davantage que dans le passé, un très grand nombre de cas ne sont pas rapportés aux autorités. «La bonne volonté ne suffit plus, il faut du social spécialisé avec de vrais psychologues et des psychothérapeutes, et adopter une approche holistique et travailler tant avec l?agressé que l?agresseur. Il ne faut pas oublier que tout contact sexuel inopportun cause des dommages irréversibles à l?âme», précise Daniel.

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