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Mlle France de la Giroday évalue 25 ans d’écoles ménagères
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Mlle France de la Giroday évalue 25 ans d’écoles ménagères
A la fin de mai 1981, les écoles ménagères célèbrent le 25e anniversaire de leur fondation, ce qui donne à penser qu’elles doivent, aujourd’hui, se préparer leur jubilé d’or. La presse invite leur fondatrice, Mlle France Boyer de la Giroday, à faire le bilan de ce premier quart de siècle au service exclusif de la femme et de la jeune fille de Maurice. D’emblée elle renvoie l’initiative de cette fondation, une des plus utiles du XXe siècle, à la JOC (Jeunesse ouvrière catholique). Celle-ci fait alors des enquêtes des plus utiles sur le terrain. L’une d’entre elles révèle que 73 % des conflits familiaux éclatent parce que l’épouse et mères de famille n’a reçu aucune formation pour remplir les tâches quotidiennes et domestiques aussi multiples que délicates. Voir, juger et agir est alors la devise de l’action catholique. Elle découvre la grande misère des mères de famille. Elle analyse le problème sous tous les angles. L’action, qui relègue, en enfer, les pieuses intentions, s’appellera les écoles ménagères, 50 d’âge en 2006. Qui dit mieux ?
France de la Giroday raconte. En 1956, l’horizon est totalement bouché pour les jeunes filles de la classe ouvrière. Le choix se résume à employées de maisons ou ouvrières dans de minuscules ateliers de couture. Elles ont été à l’école jusqu’à 12 ans mais ne sont pas lettrées pour autant. Du jour au lendemain, elles se retrouvent mères de famille, chargées des soins du ménage, sous le contrôle vigilant de la belle-mère, livrées à des maris égoïstes exigeant qu’elles soient aussi parfaites que les belles-mères, mille fois citées en exemple.
Les élèves accourent aux écoles ménagères nouvellement créées. Il faut des animatrices pour encadrer cette jeunesse féminine en quête de savoir-faire domestique. Des femmes des milieux bourgeois répondent généreusement à l’appel. Elles ne savent pas toujours cuire à manger et sont dans l’incapacité d’assurer des cours de cuisine et de pâtisserie. Qu’à cela ne tienne. Elles apprennent à le faire avec leur propre cuisinière et s’en vont ensuite partager leur nouveau savoir aux élèves, de plus en plus nombreux, des écoles ménagères.
Celles-ci progressent en nombre mais aussi en qualité de la formation humaine prodiguée. Elles dépassent rapidement l’ambition initiale d’apprendre à leurs élèves comment tenir un foyer pour prévenir toute colère masculine, forcément égoïste et de mauvaise foi quand l’homme se veut seulement spectateur et consommateur, laissant la malheureuse épouse courir au four et au moulin. Découvrant le potentiel de plus en plus intéressant et prometteur d’une jeunesse féminine, ne manquant pas de courage ni de volonté d’amélioration, les écoles ménagères s’orientent graduellement vers une formation humaine tous azimuts, comprenant, bien sûr, l’alphabétisation, la connaissance de l’île Maurice, de son histoire, de ses monuments historiques, de ses institutions, une initiation aux cultures vivrières et fruitières, à l’élevage, au bricolage, à l’entrepreneuriat, etc.
Les écoles ménagères réussissent car elles restent en permanence à l’écoute de leurs élèves. Les meilleures d’entre elles sont recrutées comme animatrices. Elles sont mieux placées pour comprendre de l’intérieur les nouveaux problèmes des nouvelles générations d’épouses, mieux placées pour répondre adéquatement aux espoirs placés dans cette perche prophétique.
Un député s’insurge. Les écoles ménagères ne doivent pas viser plus haut que parfaire les employées de maison dont la bourgeoisie mauricienne a besoin. France Boyer de la Giroday n’est pas d’accord, ni contente. Elle le dit dans un langage imagé qui fait choc : “Les écoles ménagères pas sèlement cuit manzé, baigne ti baba !” Elles veulent faire de la Mauricienne des classes ouvrières une citoyenne à part entière. Sa réussite causera sa perte mais une perte qui est la preuve la plus parlante de sa totale réussite. Les écoles ménagères sont créées, non pas pour durer – encore que ses 50 ans ne sont pas à la portée de n’importe quelle institution – mais pour assurer la meilleure insertion des jeunes filles de la classe ouvrière dans le développement économique de Maurice.
Au détour de la décennie 1970, l’île Maurice passe de la monoculture sucrière au trépied économique sucre – tourisme – zone franche manufacturière. Le Sucre emploie certes des femmes quand les hommes font défaut ou paressent. Pas besoin de formation. On donne aux recrues féminines une serpe, un panier ou une pioche et on leur gueule : coupe canne, charrié roche ou fouille sillon ! Rien de tel pour l’hôtellerie et les usines champignons poussant ici et là. Elles ont besoin de filles formées, douées, habiles de leurs dix doigts, disciplinées, régulières, ponctuelles, responsables. Les écoles ménagères sont le premier vivier humain dans lequel elles puisent sans vergogne et, bien sûr, sans assez de reconnaissance et de gratitude.
Les écoles ménagères vont encore plus loin. Elles ouvrent, à la rue Labourdonnais, Quatre-Bornes, autrement dit chez France de la Giroday, un centre d’initiation aux travaux d’artisanat. Il deviendra ultérieurement SPES, le label mauricien du savoir-faire artisanal.
Il faut encore savoir que les écoles ménagères ne reçoivent, pendant leur premier quart de siècle, aucune aide financière du gouvernement ni du secteur privé. Elles doivent se contenter d’une aide parcimonieuse du SILWF et d’une plus généreuse de trois établissements sucriers dont Rose Belle S.E. (Merci Guy !), Solitude S.E. et Saint-Félix, du diocèse de Port-Louis et de Misereor, l’agence d’aide et de coopération de l’épiscopat allemand. L’île Maurice fait preuve de l’ingratitude la plus grande à leur égard mais la classe ouvrière n’oublie pas ce qu’elle doit à France de la Giroday et à ses écoles ménagères.
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