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Ad vitam aeternam

23 mai 2006, 00:00

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Ad vitam aeternam

par Nazim ESOOF

On ne pense pas l?île Maurice sans ses poncifs. Ils sont nombreux qui lancinent la vie publique du pays. Le spectacle du ministre des Finances, des syndicats et du secteur privé, à chaque consultation pré-budgétaire, en est la preuve. Pourtant ils sont aussi sérieux que prévenants, mais aussi répétitifs qu?assommants ! Cela tourne franchement à la farce. Il n?est pas dans notre propos de décrédibiliser un tel exercice. Toutefois la plaisanterie n?a que trop duré.

Pour sa première démonstration, le ministre des Finances, Rama Sithanen, a choisi de hausser le ton et de durcir la ligne face aux syndicats et aux acteurs du monde concurrentiel. C?est le seul changement notable car dans le fond, il ne sort pas la tête de l?ornière.

C?est la même rengaine : appel au réformisme, limiter les dépenses publiques, ouvrir l?économie des grands groupes et encourager l?investissement d?où qu?il vienne. Le président du Joint Economic Council répond que le privé n?est pas qu?un quémandeur de mesures incitatives en ajoutant que le mal chronique de l?administration centrale n?est pas sans effet sur le climat général. Les deux parties campent donc sur leurs positions malgré les sourires de circonstance qui ponctuent chaque messe de cette nature.

En attendant la présentation du budget, on n?a eu droit qu?à une litanie de réclamations et de critiques. Ce qui n?est pas de bon augure alors qu?on s?attend à de nouvelles interrogations qui auraient permis d?identifier de nouvelles solutions. Si le constat n?évolue pas, il y a peu de chances que les réformes en profondeur aboutissent. Encore qu?à ce chapitre, les intentions de Rama Sithanen ne sont pas véritablement explicites. La seule certitude qui existe jusqu?ici, c?est que le budget sera présenté le jour où les stars du ballon rond déclencheront les hostilités du Mondial 2006. Déduction : ou bien le grand argentier ne craint pas de rivaliser avec le sport-roi ou bien il cherche justement à noyer le poisson et faire avaler quelques pilules amères alors que l?attention est ailleurs.

Quels que soient ses objectifs, Rama Sithanen a tout intérêt à réussir ce premier examen de passage. A ce stade, les pistes explorées par l?Alliance sociale s?inscrivent pleinement dans la logique mise en place par le précédent gouvernement. Or, les attentes sont plus grandes. A Rama Sithanen et à ses collègues de faire preuve d?inventivité et d?imagination. Le temps des panacées qu?ils proposaient, lors de la dernière campagne législative, est bien passé. Même si Navin Ramgoolam continue à jouer du manichéisme pour préserver sa popularité ? ?Zot dir nou kas, nou lotel, nou later, kifer to le anpes nou ? Mo dir fos, pa to later, nou later sa?, dit-il en parlant d?un groupe d?hôteliers ? il se rendra rapidement compte que le populisme ne fait pas éternellement recette.

Il revient donc à Rama Sithanen de nous convaincre que le temps de la gestion est revenu. Que celui de ne faire que de la politique est passé. C?est ce signal qui est attendu du budget 2006-2007. Avant que le mythe de la sensuelle théologico-politique version Navin ne s?épuise entièrement, le ministre des Finances a la lourde responsabilité de reprendre la dynamique réformiste et de nous sortir du kitsch économique auquel on a été trop longtemps exposé.

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