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Décès d?Ackbar Gujadhur et d?Ismaël Timol

22 mai 2006, 00:00

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Après des semaines d?interruption, dues à différentes chroniques historiques, consacrées à Bickramsingh Ramlallah, dont le nom est donné au collège d?état de Mapou ( 20 mars 2006), aux 50 ans du décès de Guy Rozemont (27 mars), au centenaire de la naissance de Basdeo Bissoondoyal ( 3, 10, 17 avril et 8 mai), aux 150 ans des décès de Louis Léchelle et de Prosper d?Epinay (24 avril et 1er mai) et à l?appel en faveur de la rénovation de la doyenne de nos maisons créoles en bois, la cure de la paroisse Notre-Dame de l?Immaculée Conception, Port Louis ( 15 mai 2006), nous reprenons aujourd?hui nos éphémérides de l?année 1956 (il y a donc 50 ans) pour évoquer successivement les décès d?Ackbar Gujadhur et d?Ismaël Timol, et un incident impliquant le comité pour la célébration de l?indépendance de l?Inde et le maire du Port Louis de l?époque, Abdool Razack Mohamed, dont nous célèbrerons, en juillet et août prochains, le centenaire de sa naissance à Calcutta. Ces réminiscences prendront fin avec les vues pertinentes de Macolm de Chazal sur certaines aberrations architecturales qui, hélas, perdurent et s?aggravent même.

Ackbar Gujadhur s?éteint dans la nuit du 27 au 28 août 1956. Il succombe à trois mois de maladie, y compris une pleurésie qui se déclenche au début d?août de cette année. Il se rétablit progressivement et peut même assister, de son pavillon familial, à la rue de la Corderie (aujourd?hui rue Eugène-Laurent), à quelques épreuves de la journée hippique du Maiden du 27 août. À 23 heures, il est pris d?un violent malaise. Ses frères, Radha Mohun et Gunness (Mica) appellent immédiatement les Drs France Rivalland et Seewoosagur Ramgoolam. À leur arrivée, ils ne peuvent que constater son décès. Ackbar Gujadhur venait d?avoir 56 ans. Son incinération a lieu le 28, au pied du Trou-aux-Cerfs, à Curepipe, en présence du gouverneur Robert Scott, de membres du conseil législatif et du conseil urbain de Curepipe, du commissaire de l?Inde, du consul de France et de nombreuses personnalités appartenant à différents secteurs d?activités économiques et sociales.

À la mort de son père, l?Hon. Rajcoomar Gujadhur, il lui succède à la tête de la maison Gujadhur and Sons.. Il devient député de Moka-Flacq en 1944 mais ne parvient pas se faire réélire en 1948. Il prend sa revanche en 1953 avec une confortable majorité. En 1956, il est élu membre du conseil exécutif ( l?ancêtre de notre conseil des ministres). Il siège également à la Chambre de Commerce et au conseil urbain de Curepipe.

M. Mohamed Ismaël Timol meurt le 27 août 1956. Il est le fondateur de la firme E. Timol Co Ltd de la rue Royale, Port Louis.. Il dirige cette firme pendant une trentaine d?années. Il se retire des affaires, en 1952, après un voyage en Inde et un pèlerinage à la Mecque. Il cède la direction de la firme à son fils aîné, Goolam Hossen

Le Maiden est remporté, le 27 août 1956, par ?Arpad? de l?écurie Maingard (jockey Ken Smith) devant ?Roseraie? de l?écurie Guy Rochecouste et de ?Lady of Love?. On croit savoir que ?Arpad? sera par la suite disqualifié au profit de ?Roseraie?.

Le 23 août 1956, le quotidien ?Advance? publie une lettre du maire contesté du Port Louis, Abdool Razack Mohamed. Ce dernier donne sa version d?un incident qui le met aux prises avec le secrétaire du Comité de célébration de l?Indépendance de l?Inde, M. Parsad. Il confirme avoir reçu, le 9 août 1956, une lettre de ce comité lui réclamant l?usage du théâtre municipal du Port Louis pour y célébrer cet anniversaire. La salle est réservée le 15 août, de 22 heures à minuit. À 18 h 30, le 15, il est prévenu que le théâtre est illuminé sans son autorisation et à l?insu du chef électricien de la corporation municipale. Il se rend sur place, rencontre M. Parsad, à qui il rappelle que sa requête ne fait aucune mention de l?illumination du théâtre et que celle-ci ne peut se faire que sous le contrôle du chef électricien de la municipalité. Il lui ordonne de mettre fin immédiatement à cette illumination illicite. Il donne l?ordre à M. Vèle, le concierge du théâtre, de fermer immédiatement la salle et de ne l?ouvrir que lorsque cessera cette illumination non autorisée. Il prévient MM. Seewoosagur Ramgoolam et Jules Koenig de ce qui se passe. Celui-ci lui conseille d?obtenir du Central Electricity Board (CEB), une attestation que l?illumination est l??uvre de ses techniciens et qu?il assume toute responsabilité en cas d?accident. Le maire ne parvient, toutefois pas, à entrer en contact avec un des dirigeants du CEB, MM. Bott, Rey et Nahaboo. Il maintient par conséquent son interdiction d?ouvrir le théâtre tant que durera l?illumination non autorisée. S?amène alors le haut gradé de la police Perrier qui s?enquiert de l?attroupement inhabituel devant le théâtre du Port Louis. Informé de l?incident opposant MM. Mohamed et Parsad, il offre ses bons services pour entrer en contact avec M. Catherine, autre responsable du CEB. Cette entrée en contact prend plus de temps que prévu, M. Mohamed se retire en donnant comme consigne à l?officier Perrier de ne faire ouvrir le théâtre que lorsqu?il aura obtenu l?attestation exigée du CEB. Cela pourra se faire après le départ de M. Mohammed et la célébration peut avoir lieu comme prévu dans un théâtre de nouveau illuminé. L?incident ne semble pas avoir eu de suites plus malheureuses, encore que les journaux de l?époque font état d?une certaine tension politique à l?approche des élections municipales prévues pour le 2 septembre 1956.

Les préparatifs pour les élections municipales du 2 septembre 1956 vont bon train. Les électeurs disposeront de quatre bureaux de vote au lieu de devoir voter à la mairie du Port Louis seulement. Les quatre bureaux de vote sont respectivement 1. l?école Saint-Jean Baptiste de la Salle ; 2. le collège Royal, place de la cathédrale ;

  1. la magistrature de Port Louis et 4. l?école centrale de la rue la Paix (école Villers-René, aujourd?hui).

Les candidats du Parti Travailliste sont : Eddie Chang Kye, Sherifa Damoo, Daniel Camille Daventin, Dr Willy Dupré, Guy Forget, Lucien Orzel Lacaze, Jules L?Aiguille, Wilfrid L?Etang, Edgar Millien, Hossenbhay Peerbaye, Seewoosagur Ramgoolam, Raymond Rault, Renganaden Seenevassen, Veerasamy Ringadoo, Harilal Ranchordas Vaghjee et Harold Walter. Ceux du Parti Mauricien sont Alex Bhujoharry, Jean Gabriel Collard, Jules Henri Constantin, Maxime de Sornay, Victor Ducasse, Gaëtan Duval, Abdul Hamid Goolam Mohamed Issac, Raymond Hein, Abdool Rawoof Joomaye, Jules Koenig, Joseph Konfortion, Abdul Razack Mohamed, Aboo Bakarre Nahaboo, Mahmooh Mamode Nazroo, Robert Rey et Pitambar Teeluckdharry. Les quatre candidats indépendants sont : Abdool Hamid Badaloo, Eusèbe Emmanuel Descombes, Ahmad Ibrahim Moollan, avoué et grand organisateur de courses cyclistes et René Walleasley Pignéguy.

Sous le titre ?Monuments et boniments?, Malcolm de Chazal donne libre cours à ses états d?âme sur les aberrations en cours, en 1956, concernant les activités architecturales de ses contemporains et compatriotes. Il pose d?abord la question : ?Quel style pour l?île Maurice ?? Il donne un exemple qu?il juge malheureux : le château Darné avec ses tourelles médiévales au pied du Trou-aux-Cerfs à Curepipe. ?Je lui offre mon château du Pieter Both, adossé à la montagne elle-même.? Il ajoute : ?Les gens sérieux devraient habiter Crève C?ur ou encore la Vallée-des-Prêtres.? Il conseille :

? L?architecte doit penser à l?ambiance.? Il cite comme exemple de ?mariage? architectural réussi le Morne Plage : ?Le ravenale et le vétiver s?harmonisent avec les oiseaux et font chanter la mer au loin.? Il estime que nos campements deviennent des ?casernes?. ?Grand-Baie est affreuse, effroyable, laide et bourgeoise.? La station se peuple de ?villas de banlieue?. Il ajoute : ?La pierre encore?mais le ciment !? Pour lui, le plus beau monument est la case indienne de pisé. Il avoue préférer les dépendances aux campements, ?ces chalets de ciments cuits au soleil?. ?Les tropiques réclament le chaume et le ravenale.? Il accepte cinq édifices ?splendides? : le Réduit, le château Labourdonnais, Mon Plaisir et le Palais épiscopal au Port Louis. Il trouve ?beau? le collège Royal de Curepipe, construit par M. Le Juge de Segrais. Il aime par-dessus tout la demeure à balustres d?Adrien d?Epinay, à la rue du Rempart (Edith-Cavell). Il félicite la Banque Commerciale d?avoir conservé son ancien bâtiment ( ?) ?Il nous reste la superbe pagode du Champ de Lort et les adorables temples hindous.? Il cite en exemple Bali qui sait harmoniser les styles chinois et hindous.

?L?architecture doit allier l?arbre, la montagne, le corps de l?homme, la geste du feu, les colonnes des jets d?eau, le balancement de la brise dans les gestes de lumière. Elle doit être solide mais fluide.? Il ajoute : ?Si Dieu est architecte, comme il doit détester notre île devenant de plus en plus une caserne cimentée? S?il ne l?est pas, nous nous moquons de nous-mêmes? Notre architecture nous dénonce.?

Il ne porte pas dans son c?ur les bourgeois et les pleins aux as : ?Les riches ont deux maisons : à la ville et à la mer?Ils vont d?un réfrigérateur à un autre.?Il cite nos ?ancêtres? en exemple : ?Quand ils campaient, ils se décalaient??Ils trouvaient hors de leur résidence principale un ?esprit neuf?. Il conclut par cette exhortation qui donne toujours à réfléchir, un demi-siècle après sa rédaction : ?N?oublie pas lecteur que tu habites avant tout par ton esprit et que tu as pour première et suprême demeure ton cerveau?L?île Maurice est mon cerveau?Quand cessera-t-on de me torturer avec tant de choses criardes, de mauvais goût, moi qui ai bâti ma maison sur le roc, haut perché sur le toit des montagnes et qui vois venir toutes ces maisons laides qui m?offensent la vue.?

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