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Quand les entreprises jouent aux bienfaitrices

21 mai 2006, 00:00

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ENTREPRENDRE AU FEMININ

Déterminée à encourager les femmes

La solidarité féminine, vous connaissez ? L?association Entreprendre au féminin, qui regroupe des entrepreneuses, n?entend pas se contenter de soutenir ses membres. Elle va vers les autres femmes, les encourage à monter leur propre entreprise, les oriente vers les réseaux indiqués. Christine Myrte (photo) est couturière pour le compte de Cosy Couette, mais à travers Entreprendre au féminin, elle a compris qu?il fallait aussi qu?elle vole de ses propres ailes. Elle a donc démarré une affaire : imprimer les noms de restaurants sur les boîtes à emporter.

Les femmes entrepreneurs qui ont réussi veulent en fait créer un effet boule de neige autour d?elles. « Il y a beaucoup de possibilités au niveau de l?entrepreneuriat, mais les femmes ne sont pas au courant. On veut mettre des groupes de femmes partout entrepreneurs partout dans l?île », explique Ginette Anaudin. Certaines femmes se sont déjà regroupées dans une coopérative et comptent se lancer dans la production d?huiles essentielles. Christine Myrte espère, quant à elle, trouver les fonds pour fabriquer des sacs en papier recyclé.

« Sans l?aide de l?association, je n?aurais même pas eu l?idée de chercher d?autres créneaux. Maintenant je sais qu?Internet est une mine d?or », dit-elle. Sans s?en rendre compte, Entreprendre au féminin assure pleinement sa mission de responsabilité sociale.

BEACHCOMBER

La Fed pour gérer ses actions sociales

Il a beaucoup galéré après l?école. Ludovic Magasin (photo) « traçait » et « batte batté ». Agent de sécurité, employé dans une boat house? Ce qu?il voulait faire en réalité, c?était suivre un cours de cuisine à l?École hôtelière. Quand sa demande à l?École hôtelière n?a pas été retenue, il a perdu l?espoir d?accomplir son rêve jusqu?à ce que le « Projet employabilité jeunes » se mette sur son chemin. Il s?agit d?une formation gratuite de six mois à la Beachcomber Training Academy. Il tente sa chance à nouveau et aujourd?hui, il est employé à l?hôtel Le Canon-nier comme aide-cuisinier.

La Fondation espoir et développement (Fed) a été créée en 1999 par Beachcom-ber, avec pour objectif de développer le secteur de responsabilité sociale du groupe. Dix millions de roupies sont consacrées annuellement à cet item. Le principe est d?aider les plus démunis à se prendre en charge eux-mêmes, et non à les réduire à l?état d?assistés.

Entre les différentes formations en artisanat, alphabétisation, gestion d?entreprise, le « Projet employabilité jeunes » est l?un des projets phares. Le cours touche trois aspects : la vie personnelle, la vie sociale et la vie professionnelle. Il redonne confiance aux stagiaires et quand la chance leur sourit, ils peuvent être recrutés dans un des hôtels du groupe.

MCB

Une dizaine de millions de roupies annuellement

Les moustiques attaquent, la MCB participe à la contre-attaque. Si en général, la MCB apporte son aide dans les domaines de l?éducation, l?humanitaire, le sport, l'art, la culture et l'environnement, elle peut aussi répondre favorablement, quand le besoin se fait sentir, aux appels spécifiques de solidarité nationale venant des autorités responsables. « Le dernier exemple en date étant l'aide apportée par la MCB pour venir en aide à la lutte contre la prolifération du virus du chikungunya et qui se chiffre à presque Rs 3 millions », fait ressortir Dominique Lapierre.

Contribuer de façon substantielle et durable à l'épanouissement et au bien-être de la société mauricienne. Viser des bénéfices à long terme pour les Mauriciens. Toucher une organisation plutôt qu'un individu (sauf cas spéciaux humanitaires). Respecter les valeurs de la MCB (intégrité, travail d'équipe, excellence, innovation, sens du service). Être apolitique, non communal et aller dans le sens de l'identité nationale. Ce sont là, dans les grandes lignes, les critères de la MCB en matière d?aides sociales.

La MCB consacre annuellement une dizaine de millions de roupies dans ce sens. « Jouer son rôle d'entreprise citoyenne et assumer sa responsabilité sociale a toujours fait partie de la culture MCB. Cela se traduit par une présence constante et un investissement important dans toutes les sphères de la vie sociale du pays », explique Dominique Lapierre.

BAT

Des aides à la pelle malgré son produit controversé

Rashad Joomun (photo) voue à la British American Tobacco une reconnaissance éternelle. Il ne travaillait pas, mais depuis que son nom a été retenu pour le capacity building project, il n?a pas cessé d?apprendre. « Grâce aux trois mois de cours que j?ai suivi à l?IVTB, je sais installer un lavabo, ajuster les robinets? » Qui plus est, l?encouragement qu?il a reçu, lui a donné l?envie d?aller plus loin. Il investit lui-même dans une autre formation maintenant.

Entre le reskilling program, le capacity building project, l?undergraduate scholarship et les petites donations, BAT fait beaucoup dans le social. « Pour nous, la responsabilité sociale a une plus grande dimension qu?investir au niveau social. Cela commence à l?intérieur même de l?entreprise, depuis la fabrication du produit jusqu?à ce qu?il soit mis sur le marché.

Par exemple, nous entreprenons des recherches pour faire que le produit soit moins nocif. Nous faisons de la Youth Smoking Prevention, entre autres », explique Vishwanee Lingachetti.

Si cela peut sembler paradoxal de parler de responsabilité sociale alors que la cigarette tue, Vishwanee Lingachetti rappelle que cette dernière est un produit légal. Elle fait aussi ressortir que leur aide répond à un besoin de la société « Nous sommes à l?écoute de la société, là où l?on peut contribuer, on le fait et on ne parle jamais de nos produits dans les actions que nous entreprenons », avance-t-elle.

DEFINITION

Responsabilité sociale ou « corporate social responsibility »

On considère, que tout ce qui dépasse les strictes obligations légales des entreprises entre dans le champ volontaire de la responsabilité sociale de celles-ci. Elle peut recouvrir plusieurs choses : du bien-être des salariés de l?entreprise et de leur famille à l?insertion sociale des personnes vivant autour des lieux d?implantation de l?entreprise. Elle peut aussi prôner le respect de pratiques éthiques dans les affaires (lutte contre la main-d??uvre enfantine, par exemple) ou encore le respect de l?environnement.

Est-ce que l?économie chercherait à avoir un visage plus humain ? Est-ce que les entreprises pourraient, au-delà de l?aspect profit, donner un vrai coup de main pour le bien-être de la société ? On dirait que oui. Certes, il y a plusieurs entreprises qui, d?une manière ou d?une autre, soutiennent les gens qui ont besoin d?aide. Il n?y a qu?à voir à quel point certaines d?entre elles ?uvrent pour le développement de la communauté à travers des dons et combien d?autres, sont à cheval sur l?éthique et le respect de l?environnement, par exemple.

On va vers cette tendance. Les entreprises n?ont pas seulement un rôle économique, mais aussi social, vis-à-vis de la société dans laquelle elles opèrent. « Puisque les entreprises puisent dans la société, puisqu?elles exploitent ses ressources, qu?elles soient humaines ou naturelles, c?est un juste retour des choses qu?elles participent à l?épanouissement de la société », note Lekha Seebaluck, des relations publiques chez Blast Communication.

Tant mieux, si les entreprises donnent un coup de pouce à la société. Comme le note Dominique Lapier-re, Public Relations Coordi-nator à la Mauritius Commercial Bank (MCB). « Idéalement, si l?ensemble des secteurs productifs et profitables du pays décidait de faire un retour d?ascenseur vers la société mauricienne, cela viendrait soulager beaucoup de souffrances et assainir notre environnement social. » Le ministre des Finances, Rama Sitha-nen, faisait d?ailleurs récemment un appel dans ce sens auprès des entreprises privées. Il les appelait à la responsabilité sociale.

Nous voulions, à travers ce dossier, rappeler ce que les entreprises font déjà en matière d?engagement social. Bien sûr, derrière l??uvre charitable, il y a des interrogations. Est-ce que ces compagnies ne chercheraient pas qu?à épater la galerie ? Certains vous diront : « Oeuvre bien ordonnée commence par soi-même », donc que les entreprises gagneraient à s?occuper de leurs employés avant de songer aux autres. Quoi qu?il en soit, il y aura toujours un gagnant dans l?affaire.

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