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Bhageerutty, un chanteur travailliste ?rouge de colère?

20 avril 2006, 20:00

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Jeewan Bhageerutty est un homme amer. Cet auteur-compositeur-interprète engagé de 55 ans, chante les louanges du Parti travailliste depuis 1966, mais le ton vire au vitriol en 2006. Les textes du CD non encore gravé qu?il s?apprêtait à sortir au mois de mai en attestent. Mal lui en a pris puisqu?en voulant faire la promotion de son futur album, ?le rev de 100 zour?, avec de larges extraits publiés dans l?édition du 14 avril de l?hebdomadaire Le Militant, il s?est retrouvé le jour même aux Casernes centrales à des fins d?interrogatoire.

?Je faisais la sieste chez moi, à Rivière-du-Poste, lorsque j?ai été réveillé par une équipe de la brigade anti-drogue. Ils n?ont même pas frappé à la porte mais ont tout bonnement brisé un carreau de ma porte vitrée pour soulever le loquet. Je leur aurais bien ouvert puisque je n?ai rien à me reprocher?, soutient le chanteur. Environ 200 CD de ses anciennes ?uvres, les textes de son prochain album et 200 pochettes vides ont été embarqués par la brigade qui, précise-t-il, ?n?a eu aucun geste brutal à mon égard?.

Quelques heures plus tard, Jeewan Bhageerutty regagne son domicile. Il est informé, quelques jours après, qu?il peut reprendre possession de tous ses biens. ?Mais vous vous rendez compte. Est-ce que je vais payer Rs 1 500 pour un taxi afin de récupérer mes affaires ? Ils me les ont prises, c?est à eux de me les rapporter.? Aujourd?hui, Jeewan, de son vrai prénom Seewduth, est libre de faire graver les huit chansons de son CD (versions créole et bhojpuri). Mais il ne sait plus trop ce qu?il veut faire.

<B>?Je suis déçu par le Premier ministre?

C?est avant tout un homme désappointé, abattu, se sentant rejeté politiquement par les siens. ?Il ne faut pas croire que j?ai changé de bord. Je suis toujours rouge et compte fermement le rester. Disons qu?en ce moment je suis juste rouge de colère. Je suis déçu par le Premier ministre, par celui que je considère comme un frère, qui n?a pas tenu ses engagements envers moi. J?aurais préféré qu?il vienne à l?enterrement de ma mère au lieu de faire porter un bouquet de fleurs, par exemple. Et puis, mes trois enfants sont encore chômeurs Il faut qu?il regarde cette main tendue...?

Jeewan Bhageerutty estime avoir assez ?uvré pour le Parti travailliste pour mériter plus de considération. Outre ses participations musicales, entre autres les deux volumes de ?La lutte travailliste?, il affirme avoir été sur tous les fronts. Et, de peur qu?on doute de sa sincérité, il déboutonne sa chemise, arborant une cicatrice à la poitrine. ?Mo lestoma finn desire akoz politik ek sa zour la mo ti avek Chacha.? Il évoque avec nostalgie la première rencontre marquante au cinéma l?étoile à l?Escalier avec sir Seewoosagur Ramgoolam à qui il voue une profonde admiration.

Au bout du rouleau sûrement, aigri peut-être à force de se sentir délaissé, Jeewan Bhageerutty n?oublie pas qu?il est avant tout chanteur et fait montre de sa belle voix en entonnant un couplet qu?il avait l?habitude d?interpréter à sa mère, décédée samedi dernier. Tout finit en chansons. Son souhait est que recommence une solide amitié. ?Si seulement Navin me donnait un coup de fil??

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