Publicité
L?eau, par monts et par vaux
Il n?y a pas de pire calamité que la sécheresse à Rodrigues. Les Rodriguais ont vécu plusieurs mois de disette faute de pluie et les averses qui ont arrosé copieusement l?île pendant le week-end ont été une manne venue du ciel. Le réservoir d?Anse-Raffin qui était à sec depuis le début de l?année est rempli à 75% alors que les autres réservoirs ont atteint leur capacité de remplissage maximum. Aucun chiffre n?est disponible concernant les nappes phréatiques. Pendant toute la période de sécheresse, le commissaire Daniel Spéville, responsable de la gestion de l?eau, demandait à la population de faire preuve de compréhension tout en mobilisant les employés de ce secteur.
Début février. Nul besoin d?être météorologue pour savoir que la sécheresse sévissait. Une couleur brun rouge couvre le paysage, témoin que les plantes n?ont plus d?eau.
Toute l?île souffre. Camp-Pintade, petit village à quelques kilomètres au nord de Plaine-Corail est l?un des hameaux les plus affectés. Des bidons bleus longent un long sentier cahoteux. Un camion- citerne est passé par là. Et c?est la seule façon d?avoir un peu d?eau. Il y a encore un effort à faire pour que l?eau arrive à la maison?
Moëline Ravina veille jalousement sur son bidon. L?eau est précieuse. D?un geste machinal, elle verse l?eau à l?aide d?un récipient dans un jerrycan. Son mari Colbert, homme courageux, fera le va-et-vient entre sa demeure et le sentier tout en transportant le jerrycan sur ses épaules. Cette corvée est nécessaire pour que leurs trois enfants aient un peu d?eau. ?J?habite très loin là-bas.? Elle désigne au fond d?une vallée un terrain tortueux qu?empruntent des marcheurs.
Tout le monde n?aura pas la chance de Moëline Ravina. Un peu plus loin, des femmes attendent le retour du camion-citerne. L?une d?elle est enceinte. Elles n?ont pas eu la précieuse eau. Leur maison est à environ 1 500 mètres de la route. Elles veillent pour que le camion fasse demi-tour, mais leur attente sera vaine.
?Cité-Blié?
Le chauffeur du camion regarde à peine ces femmes qui lui font des signes désespérés. Il traverse la route dans un nuage de poussière. ?Nous ne voulons pas l?agresser. Nous voulons juste qu?il remplisse notre bidon que nous avons placé entre notre maison et la route?, disent-elles. Le découragement est palpable. Elles se demandent pourquoi le camion ne veut pas emprunter le sentier carrossable qui mène chez elles. Quand auront-elles un peu d?eau ? Tous les témoignages concordent : Camp-Pintade ainsi que Baie-Topaze ont eu de l?eau potable du robinet pour la dernière fois pendant la semaine de Noël. Après, il a fallu avoir recours au camion-citerne au début de février.
Cité-Blié. C?est ainsi que les riverains ont surnommé leur localité. ?Nous faisons souvent des requêtes, mais en vain?, déclare Merveille Lafonté. La présence de l?express-Rodrigues sur le terrain est une occasion pour eux de faire état de leur calvaire. Ce village dépend uniquement de deux puits pour survivre. Les femmes insistent pour que l?on constate l?état de l?un d?eux.
Le sol conduisant vers une des sources d?eau est aride alors qu?un vent fort soulage la brûlure d?un soleil torride. Aucune plante n?a pu résister à la sécheresse. Le parcours de d?environ dix minutes à pied est jonché de cailloux et de plantes épineuses. La source d?eau est un bassin rempli d?eau boueuse entourée de branches sèches pour la protéger. Le niveau d?eau de ce bassin dépend de la marée. Quelquefois, il faut se lever en pleine nuit pour s?approvisionner. Dario Bégué connaît cette expérience pénible. Il faut en moyenne dix minutes pour venir y puiser un peu d?eau. Sa couleur rougeâtre fait peur. Mais on n?a pas le choix. Les marcheurs attendent que la vase se dépose au fond d?un récipient pour faire bouillir l?eau dans une casserole pour la consommer. Ils se servent aussi de cette eau pour se laver et pour préparer le repas. ?Mon enfant de sept mois prend son bain avec cette eau?, déclare Dario Bégué.
Deux anguilles vivent dans ce bassin. Personne ne veut les tuer. ?Le jour où ces anguilles disparaîtront, ce sera mauvais signe?, dit Rosette Colette. La nature a fait son travail en arrosant l?île, maintenant c?est le devoir de l?homme de distribuer l?eau équitablement.
Publicité
Publicité
Les plus récents