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Une diplomatie qui intrigue

21 février 2006, 00:00

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C?est une véritable offensive de charme qu?a menée le président français Jacques Chirac en Inde. Il quitte New Delhi ce matin après avoir glané un contrat pour la vente de 43 Airbus, ouvert la voie à un accord de coopération pour la vente de centrales nucléaires et créé les conditions pour permettre à son pays de doubler en cinq ans ses échanges commerciaux avec l?Inde. Voilà un exemple de diplomatie économique en marche.

Chez nous, la ?diplomatie économique? n?a, visiblement, pas encore suffisamment mûri. Ce terme est plus souvent évoqué pour les besoins de polémique intérieure que comme outil pour mieux vendre ?l?entreprise Maurice? à l?étranger. Chaque camp politique accuse l?autre d?inefficacité mais tous essuient le même échec quand il s?agit de promouvoir les intérêts économiques du pays.

Sur le dossier sucre, les vaillants efforts des ministres Sithanen et Boolell en Europe ne rapportent aucun fruit. Leurs difficultés seraient liées, semble-t-il, à une mauvaise stratégie d?alliances.A la réunion ministérielle de l?OMC à Hong Kong, en décembre dernier, Maurice s?était associée au G20, opposé à l?Union européenne (EU) sur le dossier agricole. Le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson n?a pas manqué de nous le reprocher lors du dîner annuel offert par la Chambre de commerce et d?industrie.

Faisant manifestement allusion à notre association avec le groupe des G20 à Hong Kong , Mandelson s?est exclamé : ?Ne nous trompons pas. Les pays en développement doivent aller là où se trouvent leurs intérets.? Il ajouta : ?The EU is fully committed to supporting your interests in those negotiations, just as we want all developing countries to fulfill their potential. But that also requires on your part a willingness to assert your own demands, rather than be swept along by others with different economic interests.? Du coup, on peut penser que l?UE nous a fait payer nos amitiés mal placées en nous imposant un plafond d?aide de 15 % de l?enveloppe globale allouée aux pays ACP.

De même, la mission économique de l?ambassade de France n?est pas tendre envers Maurice dans ses commentaires sur nos choix stratégiques. Dans un bulletin publié le mois dernier, le chef de la mission, Eric Noitakis, analyse que ?l?énergie dépensée par les Mauriciens tout au long de l?année écoulée (2005) à mener un combat d?arrière-garde visant à maintenir coûte que coûte des régimes préférentiels en faveur du sucre et du textile a été en grande partie peine perdue?.

Sur le plan africain également notre diplomatie a enregistré une sérieuse déconvenue. Le sommet de l?Union africaine qui s?est tenu à Khartoum fin janvier a décidé d?ériger le siège de la Cour africaine de justice en Tanzanie. Pourtant, cela fait des années que Maurice avait bon espoir d?obtenir le privilège d?abriter cette instance. Des dirigeants influents, dont Thabo Mbeki, avaient déjà annoncé leur soutien à notre pays. La Tanzanie nous a battus in extremis. Il faut dire que le Premier ministre, Navin Ramgoolam, avait décidé de ne pas assister au sommet de Khartoum. Il s?était fait representer par Rashid Beebeejaun, sachant bien que la mise en place de la Cour africaine était à l?ordre du jour de la conférence.

Sans revenir sur l?incongruité du déplacement du Premier ministre à Washington pour assister à un déjeuner de prière organisé par des évangélistes américains, on peut dire que les priorités de notre diplomatie intriguent. Par exemple, la désignation de Mukhesswur Choonee à la tête de la chancellerie mauricienne dans la deuxième puissance asiatique a-t-elle pour objectif de démontrer que les sourires de circonstance paient en diplomatie ?

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