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« On aimerait tellement jouer autre chose que du scolaire »

17 février 2006, 20:00

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On sent la troupe Théâtralis depuis longtemps investie pour le théâtre mais on ne vous voit que trop rarement sur les planches, pourquoi ?

On nous voit tous les deux ans. Kevin Bissoonnauth et moi-même, avons chacun un travail. Une pièce tous les deux ans, c?est tout ce que l?on peut donner. Il nous faut du repos, du temps pour les répétitions, qui peuvent durer six mois.

Vous ne faites pas plus de théâtre parce que vous avez un emploi ou vous avez un emploi parce que le théâtre ne paie pas ?

On ne peut pas en vivre. On aurait aimé, mais ce n?est pas possible. Il faut tout assurer, l?administration, le décor, la formation des comédiens, la mise en scène, les costumes, la recherche des tissus. Et nous voulons que tout soit parfait. Nous ne faisons pas dans l?à-peu-près. Ce n?est pas facile. Personne ne veut sponsoriser le théâtre.

Vous ne jouez que des pièces présentes au programme scolaire. La situation de la troupe ne changerait-elle pas si vous proposiez aussi des pièces originales ?

On aimerait tellement mais à Maurice, il n?y a pas la culture du théâtre et tant d?investissement devant une salle vide? On préfère attendre d?être connus.

Mais n?êtes-vous pas déjà connus, du moins auprès d?une génération d?étudiants qui ont vu vos pièces ?

Les étudiants sont d?ailleurs très exigeants comme public. Ils ne laissent rien passer. Ils font beaucoup de bruit au départ, puis se taisent quand vous avez réussi à les impressionner.

Avez-vous des envies particulières en dehors des pièces scolaires classiques ? Ecrivez-vous ?

Kevin aimerait sûrement les pièces un peu irréelles, surréalistes. Pour ma part, j?avais réécrit pour le collège Le Journal d?Ann Frank en pièce de théâtre. Ce genre de travail m?intéresse.

Perrichon a déjà été jouée l?an dernier, par l?Atelyé Pierre Poivre. Il y a quelques années, Kevin Bissoonauth se dérangeait de voir que l?Atelyé P. Poivre présentait les mêmes pièces que vous. Aujourd?hui, c?est l?inverse. Qu?est-ce : une revanche, une leçon ?

L?Atelyé Pierre Poivre reprendrait Perrichon en mars. Pour moi, c?est devenu une espèce de machine. Présenter Perrichon, c?est aussi pour dire « regardez ce que l?on peut faire ». Nous sommes fiers aussi de pouvoir remettre des sous aux associations, après les représentations des pièces. Et si nous prenons deux ans pour nos pièces, c?est parce qu?il nous faut ce temps pour nous remettre debout. On a mis Rs 18 000 dans les décors. On ne va pas faire moins et dire que c?est « dépouillé », parce que Perrichon, c?est quatre décors, tous différents.

Vous semblez remontée. Certains comédiens, directeurs de troupe sont fatigués de se battre pour un peu de reconnaissance. Vous êtes la relève. Que comptez vous faire ?

Si reprendre le combat c?est se heurter aux mêmes murs, à quoi ça sert ? C?est décourageant. Regarder le Plaza, par exemple. On y va de temps en temps, on s?asseoit dans la salle noire, c?est la déprime totale.

Il y a quand même des aides, non ?

Pour un spectacle, on peut nous aider à hauteur de Rs 5000, pour un spectacle qui en coûte Rs 200 000. Pourquoi s?ennuyer à remplir des formulaires ? C?est décourageant de continuer à se battre. C?est triste à dire mais au bout d?un moment on devient égoïste. Avec Kevin, on se débrouille, et on se débrouillera.

S.K.

Le Voyage de Monsieur Perrichon, par la troupe Théâtralis, sera présenté les 27 et 28 février, ainsi que les 1er, 2, 3, 4, 6 et 7 mars, au Théâtre de Port Louis. Représentation à 10 heures et 13 heures au prix étudiant de Rs 75. Soirée de Gala, le 3 mars à 20 heures, prix Rs 150 et le 4 mars, soirée Rotary. Réservations sur le 427 7769 ou 754 5845. Les recettes seront versées à l?association Chrysalide qui s'occupe de la réinsertion des femmes en difficulté sociale.

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