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Du « Dernier train » à un nouvel espoir

28 janvier 2006, 20:00

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La présentation officielle du dernier livre de Tristan et Marie-Noëlle Bréville, Le dernier train? un roman-quête, présentation présidée par Navin Ramgoolam, fait honneur à plusieurs titres à une île Maurice, consciente de la richesse inestimable de son patrimoine et qui lutte de toutes ses forces, en dépit d?obstacles de toutes sortes et dont les moindres ne sont pas ceux d?origine officielle et médiatique, non seulement pour le préserver de l?oubli définitif mais encore pour le mettre en valeur et à la portée de ceux qui s?y intéressent intelligemment.

Cette présence de Navin Ramgoolam ? tout comme celle à Vieux-Grand-Port, le 23 janvier 2006 ? est un signal fort. Elle devrait faire réfléchir plus d?un civil servant, n?hésitant pas à se départir, à ses risques et périls, de son rôle de facilitateur et de serviteur public pour se livrer à la triste et méprisable besogne, consistant à multiplier les bâtons à mettre dans les roues des membres du public, osant faire bénévolement, et à leurs frais, la tâche des fonctionnaires.

Un signal fort lancé il y a 10 ans

Au lieu de les encourager et de les aider à réussir ce qu?ils ne parviennent pas à faire, ces ronds-de-cuir n?hésitent pas à dénigrer ces éminents patriotes, à les rabaisser aux yeux des autorités gouvernementales, à médire d?eux, à les diffamer même, en les accusant, par exemple, d?être des parasites, sinon des voleurs.

Navin Ramgoolam a su trouver les mots qu?il faut pour flétrir les « petits esprits, préférant torpiller les projets » qui les rappellent trop leur médiocrité, leur incompétence et leur paresse notoires. Il rappelle qu?il a présenté, en 1996, une proposition non partisane pour venir en aide au Musée de la photographie. Il a, de nouveau, salué la passion des Bréville, non seulement pour la photographie, mais encore tout ce qui touche au patrimoine national que nous ont, non pas légué, mais confié, les générations précédentes pour que nous le transmettons avec une valeur ajoutée aux générations qui nous suivront.

Il émet le v?u que leur Musée de la photo devienne, un jour, une Photo-thèque nationale, autrement dit les « Archives photographiques nationales de l?île Maurice ». Il conclut son discours en affirmant que non seulement ce Musée doit survivre mais encore qu?il doit exister « dans les meilleures conditions possibles ».

Ce signal fort de Navin Ramgoolam comporte en lui-même une lacune qui ne finit pas d?inquiéter, à juste titre, les Mauriciens que passionne leur patrimoine national. Ce signal est lancé il y a 10 ans mais n?est suivi d?aucun effet tangible ou presque. Et si le Musée de la photo n?est pas mort entre-temps, c?est uniquement parce que rien ne peut abattre le courage et la détermination des Bréville.

Navin Ramgoolam est au pouvoir jusqu?en 2010. Son ascendant charismatique s?exerce aussi sur le conseil municipal de Port-Louis, issu du scrutin du 2 octobre dernier, et qui n?est pas sans rappeler une autre victoire travailliste, remportée au Port-Louis, il y a aura un demi-siècle en septembre prochain, victoire qui permet à un Edgar Millien et à un Seewoosagur Ramgoolam d?occuper le fauteuil mairal de premier magistrat de la capitale.

Le moment est venu pour lui de prouver aux amoureux du patrimoine national que sa parole n?est pas synonyme de promesses non tenues mais qu?elle possède un pouvoir décisionnaire auquel il est risqué de résister, qu?elle est synonyme de détermination, décision, autorité, qu?elle crée des structures nouvelles, bref qu?elle est capable de transformer une initiative individuelle, ô combien bénéfique, puisqu?il s?agit du Musée de la photographie que nous envient des collectionneurs du monde entier, en des « Archives photographiques nationales de l?île Maurice ».

Au risque de paraître discourtois, je réserve donc mes applaudissements à l?annonce de l?inauguration de cette Photothèque nationale, voulue par Navin Ramgoolam et réalisée grâce, à la foi à déplacer les montagnes et au dévouement inlassable de Marie-Noëlle et Tristan Bréville.

Le livre vaut par sa richesse iconographique

Navin Ramgoolam aurait tort de sous-estimer la puissance maléfique des planqués qui fourbissent déjà leurs armes pour contrecarrer le projet Bréville qui devient désormais le sien. Les amoureux du patrimoine national et plus particulièrement ceux de nos collections de photos, qui demeurent le moyen le plus simple, le plus évident, pour faire comprendre au plus grand nombre de Mauriciens ce qui fut et qui n?est plus, ce qu?ont connu leurs ancêtres et qu?ils ne peuvent plus voir ? pour l?instant ? qu?en photos ou en estampes, sont déçus du peu d?empressement médiatique à mettre en exergue le v?u ramgoolamien de créer, avec l?aide des Bréville, les « Archives Photographiques Nationales de l?Ile Maurice ».

Ce manque d?empressement ne rend pas justice aux années de travail et de recherches, aux dettes encourues par les Bréville, non seulement pour la survie de leur Musée de la photo mais encore pour publier ce travail de mémoire qu?est leur roman-quête sur le dernier train de passagers du 31 mars 1956. Ce silence médiatique ou presque est déjà une insulte, un outrage au Premier ministre car il met en doute la sincérité de Navin Ramgoolam ou encore sa capacité de réaliser les projets qui lui tiennent à c?ur et qu?il annonce en public. La meilleure façon pour notre Premier ministre de prouver à nos médias et aux « petits esprits » qu?ils ont tort de sous-estimer l?annonce de la création des « Archives photographiques nationales de Maurice » c?est encore de mettre à exécution, dès demain, ce projet.

Rares sont les Mauriciens à pouvoir posséder chez eux une telle collection de photos sur le chemin de fer à Maurice et plus particulièrement sur le dernier train de passagers du 31 mars 1956. Raison de plus pour que les familles mauriciennes les plus intelligentes décident séance tenante de posséder cet album de photos, ne serait-ce que pour pouvoir raconter, de visu ou presque, à leurs enfants et petits-enfants ce qu?a été le train à Maurice de 1864 à 1964.

L?achat de ce livre est d?autant plus impérieux que son prix de vente (Rs 400) est nettement en-dessous de la valeur inestimable de son contenu iconographique. Ici aussi, Navin Ramgoolam a peut-être tort de se contenter d?une simple invitation, faite à l?ensemble de la population, d?acheter ce précieux document. À sa place, j?aurais déjà convoqué mes ministres de l?Éducation, des Arts et de la Culture, des Administrations régionales, de la Sécurité sociale, et je les aurais déjà ordonné de suspendre séance tenante tous les responsables des bibliothèques publiques de nos écoles, collèges, universités, centres culturels, bibliothèques municipales et de districts, des centres communautaires, n?ayant pas déjà acheté et placé sur leurs étagères plusieurs exemplaires du Dernier train.

Le livre de Tristan Bréville vaut d?abord par sa richesse iconographique. On ne se lasse pas de voir, de revoir et d?admirer ces documents photographiques, le Last Passenger Train, les lettres M. et R (Mauritius Railways) amoureusement entrelacées, à l?intérieur d?une couronne de lauriers (peut-être hors de mise), nos locomotives fumantes, notre Paco national encore à la fleur de l?âge, le passage à niveau de Bell-Village, la ruée vers ce dernier train, le confort des wagons de 1èreclasse avec leurs fauteuils tournants, ces cheminots si fiers dans leur uniforme ou encore dans leur costume du dimanche, L?Écluse aux commandes, Régis Closel et Pierre Cantin, les locomotives de la préhistoire ferroviaire, la gare centrale et sa statue de la reine Victoria, statue qui doit croupir quelque part dans une cave ou un entrepôt d?État, la Hillman Minx 6704, le pont tournant, l?impériale, les regrettables accidents ferroviaires, la gare de Beau-Bassin qui nous rapelle obligatoirement un certain Pierre Renaud, la photo du timbre « paysage » rose-cerise d?un cash (à l?eau), la passerelle aérienne et rose-hillienne, la gare de Vacoas et sa rampe conduisant à son Symposium, la gare de Curepipe, la plus belle de toutes et qu?il suffisait, à Mauvillac, de repeindre pour qu?aucun charpentier digne de ce nom n?ait le courage de la démolir et céder la place à l?affreux Ian-Palach Sud.

Le texte aussi évocateur que les illustrations

La liste est trop longue, dites-vous. Nous omettons, pourtant de citer aussi d?autres photos, aussi évocatrices que les vues semi-aériennes du Curepipe d?avant Carol. Tristan Bréville a choisi de se faire le porte-parole de quelques-uns des passagers de ce dernier train, dont un certain Navin Ramgoolam et sa s?ur Sunita. Il leur donne la parole au fur et à mesure que ce dernier train gravit la côte montant à la gare de Curepipe.

C?est dire que le texte est aussi évocateur que les nombreuses illustrations photographiques et que les quelques erreurs de date ou de détail toponymique ne pèsent pas lourd comparées à tout ce que cet album fait revivre au fond de nous, en raison de sa puissance évocatrice.

Une 2e édition devrait, par exemple, faire une distinction plus nette entre le dernier train de passagers du 31 mars 1956, le dernier train de marchandises de 1964 et de démantèlement du chemin de fer auquel est intimement mêlé le jeune ministre Harold Walter.

Une 2e édition, et donc suivie d?au moins une 3e édition du Dernier train. Que souhaiter de mieux à Marie-Noëlle et à Tristan Bréville auxquels va toute notre gratitude.

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