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IBA : Jugnauth marque son territoire
«Ils n?étaient sans doute pas si bêtes ceux qui, à travers les âges, ont privilégié le tête-à-tête hebdomadaire entre le Premier ministre et le locataire de la State House. Cela nous aurait évité un nouveau couac entre l?hôtel du gouvernement et la présidence autour du dossier portant sur la désignation du président de l?Independent Broadcasting Authority. » Propos de quelqu?un qui a longtemps fréquenté les arcanes du pouvoir. Il confie que dans le temps, pareil dossier était abordé autour d?une tasse de thé à la State House, et que le président et le Premier ministre arrivaient toujours à dégager le consensus avant que la décision ne soit officialisée.
Le récent épisode concernant la présidence de l?Independent Broadcasting Authority (IBA) a débuté avec le communiqué émis à la fin du Conseil des ministres du 13 janvier. Le texte annonce que le gouvernement a pris note du fait que le nom de Joy Beeharry a été proposé en tant que président de l?organisme.
Le conseil des conseils
La décision n?ira pas plus loin. Fort de son bon droit et très au fait des dispositions de l?IBA Act, le président se garde de l?entériner. La loi prévoit, en effet, que le président de cette autorité régulatrice de l?audiovisuel « shall be appointed by the President after consultation with the Prime minister and the Leader of the Opposition». Et non par le Premier ministre. Encore moins par le conseil des conseils. Ni même sur les conseils du chef du gouvernement.
Le même texte ajoute qu?un membre de l?IBA perd son siège dès qu?il devient membre d?un parti politique ou qu?il se lance dans la politique active. Or, Joy Beeharry a été candidat du Parti travailliste aux élections de septembre 2000. Il a, l?an dernier, participé à la campagne électorale tout en n?étant pas candidat.
De quoi autoriser la State House à ne pas donner suite à la proposition du Conseil des ministres. L?hôtel du gouvernement est prié de revoir sa copie.
Un nouveau nom, celui d?un ancien membre du judiciaire, est cité. Il ne fait cependant pas l?unanimité. Le Premier ministre et le président s?entendent sur celui de Me Harris Balgobin, ancien président du Tribunal d?arbitrage permanent. Le Premier ministre en parle au leader de l?Opposition et l?hôtel du gouvernement prend contact avec l?ancien président du TAP dernier lundi. Le lendemain, Harris Balgobin reçoit sa lettre de la State House. Il prend ses fonctions mercredi avec un premier contact avec le directeur de l?organisme.
Au moment où la désignation du nouveau président de l?IBA est rendue publique, elle est diversement commentée. D?aucuns l?interprètent comme un nouveau croc-en-jambe de la présidence après le différend qui avait surgi autour de la désignation des membres de la Public Service Commission.
Dans ce dernier cas, le président avait suivi à la lettre les dispositions de la Constitution. Il n?avait pas tenu compte des propositions du chef du gouvernement, quitte à passer outre à la tradition.
Interrogé sur la position adoptée par le président de la République autour du dossier de l?IBA, Navin Ramgoolam s?est refusé à tout commentaire. Idem pour le locataire de la State House.
Ceux qui ont pour habitude de côtoyer le président de la République ne sont cependant nullement surpris par sa réticence à nommer Joy Beeharry à la présidence de l?IBA. Un juriste qui s?intéresse à ce dossier confie qu?il s?attendait à une telle prise de position. «Dès que j?ai pris connaissance du contenu du communiqué émis le 13 janvier, je savais que ce choix ne tiendrait pas la route. J?ai été davantage convaincu lorsque j?ai appris que Joy Beeharry n?avait pas encore coupé ses liens avec le Parti travailliste. » Interrogé en fin de semaine, le principal concerné concédait qu?il était encore membre du Labour.
« C?est déjà du passé »
Le courant a donc oscillé entre sir Anerood et le Premier ministre. Ceux qui assistaient, en début de soirée de mercredi au cocktail offert par l?ambassadeur de Chine, n?ont pas manqué de remarquer que les deux principaux personnages de l?Etat ont joué au chat et à la souris durant toute la durée de la réception. Le chef du gouvernement qui est arrivé à l?ambassade de Chine quelques minutes après le président a passé le plus clair de son temps à converser avec le speaker, Kailash Purryag, et le ministre des Finances, Rama Sithanen. Pour sa part, sir Anerood a fait le tour des invités.
Le froid entre les deux principales personnalités de l?Etat n?a heureusement pas duré longtemps. Puisque 24 heures plus tard, les deux affichaient le sourire à la réception offerte jeudi par le haut-commissaire australien pour marquer la fête nationale australienne. Ce qui a sans doute poussé Joy Beeharry à dire vendredi que « c?est déjà du passé ».
On comprend mieux un tel stand lorsqu?on apprend qu?il vient d?être désigné à la présidence de la Mauritius Duty Free Paradise.
Pour ceux qui ont suivi le dossier IBA, l?événement démontre néanmoins que le vieux renard qu?est sir Anerood a conservé toute sa ruse et qu?il se fait fort de le rappeler à chaque fois que l?on s?avise d?empiéter sur son territoire.
Harris Balgobin
Harris Balgobin est un anti-conformiste. Jaloux de sa liberté, bon vivant, il a refusé un poste de juge à la Cour suprême, préférant demeurer président du Tribunal d?arbitrage permanent plutôt que de se retrouver dans une tour d?ivoire. Arbitrant des litiges pendant quatorze ans, il a soumis sa demande de retraite anticipée en septembre 2003, à l?âge de 58 ans.
Il ne voulait pas revoir l?« award », cassé par la Cour suprême sur la semaine de quarante heures pendant la coupe au sein de l?industrie sucrière. Le chef juge Ariranga Pillay et le juge Keshoe Parsad Matadeen avaient noté dans leur verdict que ce n?était pas la première fois que la Cour suprême émettait des critiques à propos de sa façon de faire. Harris Balgobin n?a pas du tout apprécié la remarque et a préféré plier bagages.
Issu d?une famille de riches planteurs de canne, Harris Balgobin est le fils de l?ancien avoué et député travailliste Rajsoomer Balgobin. Ce dernier a été un élu de la région entre 1948 et 1967. Il a côtoyé les hommes tels que Guy Rozemont et sir Seewoosagur Ramgoolam.
Évidemment, ce n?est pas cette parenté qui vaut à Harris Balgobin sa nomination à la présidence de l?Information and Communication Technologies Authority (Icta). Il est un ancien élève de la prestigieuse London School of Economics and Political Science et a fait ses armes à la magistrature.
De retour à Maurice, il a fait son entrée au parquet, faisant une croix sur son désir de faire de la politique active. Magistrat à la cour de Mapou durant les années 70, il a condamné un ministre travailliste de l?Emploi, Alex Rima, pour vol de clés, poussant ainsi ce dernier à abandonner son maroquin. « Je ne crois pas que le pouvoir essaie d?influencer la justice. Je crois qu?il y a des membres du judiciaire qui veulent s?approcher du pouvoir », commentait-il dans la rubrique Apartés de l?express le 20 juin 2003.
Président de l?Icta, il n?en demeure pas moins qu?il ne s?embarrasse pas d?un téléphone portable et qu?il n?a même pas une addresse e-mail. Somme toute, pour lui, c?est un challenge, comme il les aime.
Harris Balgobin est marié à la juge Premila Balgobin et a deux enfants, Priscilla Balgobin-Bhoyrul, membre du barreau, et Irvin, responsable de la section pilotes au département des Ressources humaines d?Air Mauritius.
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