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Le Hamas au pouvoir : Un séisme politique
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Le Hamas au pouvoir : Un séisme politique
Le Mouvement de la résistance islamique, dont la charte prône la destruction de l?Etat hébreu, a supplanté les caciques du Fatah lors de sa première participation à un scrutin législatif. Le Hamas a été porté par sa grande popularité auprès des électeurs en raison de son action sociale et caritative forte dans les quartiers et de l?usure du Fatah de feu Yasser Arafat, Sa victoire, qui ne manquera pas de provoquer des remous dans les chancelleries occidentales, notamment à Washington, signifie que les radicaux palestiniens pourraient diriger le futur gouvernement.
Elle ne devrait pas automatiquement entraîner l?éviction du président Mahmoud Abbas, l?héritier de Yasser Arafat et le chef du Fatah qui a été élu l?an dernier. Mais le président de l?Autorité a déjà laissé entendre qu?il pourrait renoncer au pouvoir s?il n?était pas en mesure de poursuivre une politique de paix.
Le Fatah, usé par le pouvoir, divisé par les ambitions personnelles et éclaboussé par les scandales, a déjà fait savoir qu?il refuserait de participer à un quelconque gouvernement de coalition formé par le Hamas. «Le Fatah rejette tout participation dans un gouvernement formé par le Hamas», a déclaré à l?agence Reuters Djibril al-Rajoub, haut responsable du parti historique palestinien en Cisjordanie. «Le Hamas doit prendre ses responsabilités. Le Fatah agira en tant qu?opposition constructive».
La victoire du Hamas risque aussi d?entraîner de nouvelles initiatives unilatérales de la part de l?Etat hébreu qui, sous la houlette d?Ariel Sharon, avait imposé l?été dernier le retrait des colonies juives et de Tsahal de la bande de Gaza pour mieux asseoir son contrôle sur la Judée-Samarie (nom biblique de la Cisjordanie conquise en 1967 par les armes). Les pourparlers de paix israélo-palestinien sont au point mort depuis maintenant cinq ans.
«Le Hamas a remporté plus de 70 sièges dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, ce qui lui donne plus de la moitié des sièges», a affirmé Ismaïl Haniya, l?un des dirigeants de cette organisation fondée par les Frères musulmans.
Dans les heures qui ont suivi cette déclaration, fondée selon son auteur sur des chiffres fournis par des assesseurs du Hamas dans les centres de dépouillement, le Premier ministre palestinien, Ahmed Koreï, lui-aussi membre du Fatah, et son équipe gouvernementale ont démissionné. En Israël, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Mark Regev, a refusé de faire le moindre commentaire sur ce qu?un responsable du Fatah a appelé un véritable tsunami.
Le Premier ministre, Ehud Olmert, qui assure l?intérim d?Ariel Sharon depuis son hospitalisation et sa plongée dans le coma le 4 janvier, avait fait savoir que l?Etat hébreu ne négocierait pas avec un gouvernement palestinien qui ne «combattrait pas le terrorisme» et ne désarmerait pas les activistes.
Le Hamas, dont l?aile armée a commis bon nombre d?attentats suicide en Israël depuis le début de la seconde intifada en l?an 2000, est rangé tant par les Etats-Unis que par l?Union européenne dans les liste des organisations terroristes.
<B>VOTE-SANCTION ? </B>
Sa branche armée a toutefois respecté globalement la trêve négociée par Mahmoud Abbas et l?Egypte il y a près d?un an.
«Le Hamas ne l?a pas emporté parce que la population aime le Hamas, mais parce que les gens ont émis un vote-sanction contre le pouvoir exercé ces dernières années par le Fatah», a estimé un commerçant de Gaza, Adel al-Helo, 41 ans.
Trois sondages de sortie des urnes avaient prédit une courte victoire du Fatah au Conseil législatif, qui compte 132 sièges au total. Le taux de participation s?est élevé à 78 %, pour un corps électoral d?1,3 million.
Les opérations de vote se sont déroulées sans incident majeur, et la nuit de mercredi à jeudi a été ponctuée de scènes de liesse dans les rues de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, où des militants tant du Hamas que du Fatah ont tiré de généreuses rafales en l?air pour revendiquer la victoire.
Mercredi, le président George W. Bush avait affirmé que les Etats-Unis ne traiteraient pas avec le Hamas, sauf si ce dernier reconnaissait l?existence de l?Etat d?Israël.
Les résultats officiels sont attendus dans la matinée de jeudi et la commission électorale palestinienne n?a fait aucun commentaire.
<B>Le «Quartet» appelle le Hamas à renoncer à la violence</B>
■ La secrétaire américaine d?Etat, Condoleezza Rice, a déclaré jeudi à l?agence Reuters que le Hamas devait renoncer à la violence et que ce point de vue faisait l?objet d?un consensus entre les membres des médiateurs internationaux au Proche-Orient. «Nous avons réaffirmé notre opinion que l?on ne peut avoir un pied dans le terrorisme et l?autre dans la politique», a-t-elle dit. La responsable de la diplomatie américaine s?exprimait à l?issue de contacts à haut niveau entre les membres du «Quartet» (Etats-Unis, Union européenne, Nations unies et Russie) portant sur la victoire triomphale du Mouvement de la résistance islamique aux élections législatives palestiniennes.
«Chacun comprend que le peuple palestinien a des besoins d?ordre humanitaire. C?est une population très pauvre. Mais le fait est que les Etats-Unis considèrent ou ont classé le Hamas comme une organisation terroriste, et nous n?allons évidemment pas fournir de l?aide à une organisation terroriste», a-t-elle dit. Elle a ajouté avoir assuré Israël que la communauté internationale exigerait du mouvement islamiste qu?il reconnaisse l?Etat juif. Dans un communiqué diffusé quasi simultanément, le «Quartet» appelle le Hamas à reconnaître Israël et à renoncer à la violence.
«Un règlement du conflit sur la base d?une solution à deux Etats requiert de tous les participants du processus démocratique qu?ils renoncent à la violence et au terrorisme, qu?ils acceptent le droit à l?existence d?Israël et qu?ils procèdent à leur désarmement», souligne le «Quartet». Le Mouvement de la résistance islamique s?est adjugé mercredi 76 des 132 sièges du Conseil législatif contre 43 seulement pour le Fatah, qui dominait jusqu?alors les institutions palestiniennes issues des accords d?Oslo. La victoire écrasante du mouvement islamiste, qui ne reconnaît pas l?existence d?Israël, est un obstacle de plus sur la voie d?une éventuelle reprise des pourparlers israélo-palestiniens, qu?avaient déjà éloignée le grave accident de santé d?Ariel Sharon et la préparation des élections législatives israéliennes, fin mars.
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