Publicité

La morale des affaires vue par Justice et Paix

17 janvier 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

En janvier 1981, l’on parle déjà de rumeurs d’immoralité dans le monde des affaires. La commission diocésaine (du Port Louis) se penche sur ce dossier et lui consacre une étude de référence, à laquelle nous faisons, hélas, rarement référence. Nous préférons réinventer la roue et redécouvrir l’Amérique pour mieux camoufler notre manque de courage, tant privé que public, de mettre en pratique des recommandations qui conservent leur acuité, qui valent toujours mieux que la pénible et laborieuse réinvention de nouvelles recommandations, devant ressembler aux anciennes comme deux gouttes d’eau et risquant fort, comme elles, de subir la même mise au rancart, en attendant la venue de nouveaux Christophe Colomb.

L’étude de Justice et Paix ne se veut ni réquisitoire ni feuilleton à scandales mais plus simplement la mise en exergue d’un manque de conscience professionnelle, résultant en un glissement progressif vers une immoralité dans les relations commerciales et industrielles, devenant une véritable plaie sociale, en raison de son effet boule de neige.

Justice et Paix dénonce notamment, dans le domaine de l’emploi, trois fléaux sociaux qui se nomment : corruption, favoritisme et communalisme. En temps de crise de l’emploi, certains n’hésitent pas à débaucher pour se faire embaucher. Des escrocs extorquent des pots-de-vin à des demandeurs d’emploi, tout en sachant ne rien pouvoir faire en leur faveur. Avant de recruter, d’autres exigent des commissions sur des salaires. La corruption peut prendre tout aussi bien la forme d’une enveloppe garnie glissée sous la table que celle d’une caisse de whisky parvenant au domicile du recruteur. On n’hésite pas à s’enrichir aux dépens des plus pauvres que soi. Honteux !

Le favoritisme peut protéger indûment des proches, des amis, des relations, des agents politiques, des politiciens dans caro cannes. Pire encore, on recrute, parfois, sans nécessité aucune mais simplement pour être agréable à quelqu’un, susceptible de renvoyer l’ascenseur. Adieu alors méritocratie et bonjour démotivation et frustration au sein du personnel, sans oublier la perte de considération. Toujours très agréable d’entendre des subalternes dire ceci : “Notre patron est pire qu’un suspect. C’est un lèche-cul !”

Peut débuter alors un cercle vicieux. Il suffit d’un incompétent à la tête d’une entreprise ou d’un département pour saper le moral des troupes et rendre inefficiente toute la boîte. Favoritisme, népotisme et communalisme pourrissent l’ambiance du travail.

Le commerce fraude parfois sur les poids, les mesures, les stocks illégaux, la surfacturation ou encore son corollaire, la sousfacturation, la publicité mensongère, la manipulation des produits, la spéculation foncière.

Mais pourquoi fraude-t-on ? Justice et Paix relève les raisons suivantes : l’appât du gain, de l’argent facile, de l’argent sale échappant à tout contrôle, à toute comptabilité. Il y a aussi les endettements non professionnels (jeu, alcoolisme, tabagisme, infidélité conjugale) et qu’il faut combler par des moyens inavouables. Des salaires trop bas inventent des moyens, pas toujours recommandables, pour joindre les deux bouts.

Justice et Paix dénonce des cas de mauvaise gestion, de gaspillage et prédit de graves affaires de détournement de fonds. Elle s’élève contre la banalisation de la fraude et déplore l’évasion fiscale que Lutchmeenaraidoo rendra davantage inexcusable.

Quels en sont les remèdes ? Justice et Paix en propose quelques-uns qui ne sont que des palliatifs. L’objectif majeur est de susciter une réflexion capable d’engendrer une prise de conscience positive. Elle recommande par conséquent, au niveau de l’emploi, une planification centrale, la possibilité d’un choix professionnel, la formation à tous les niveaux hiérarchiques. Au niveau du commerce, elle préconise un meilleur contrôle des permis de morcellement, des sanctions plus lourdes, un meilleur contrôle sanitaire des fruits et légumes, une application plus stricte des lois et règlements en vigueur, dont le Fair Trading Act, une association de consommateurs plus efficace. En ce qui concerne le transport public, elle suggère un rôle accru de la CNT et des autobus spéciaux pour le transport scolaire. En matière de relations industrielles, elle conseille une meilleure formation patronale au management, des syndicats indépendants des partis politiques, des négociateurs syndiqués, une action syndicale plus positive et constructive, des lois syndicales plus justes. Au niveau de la conscience professionnelle, elle encourage une presse écrite et parlée responsable, l’application d’un code de publicité, des conseils professionnels, notamment pour les médecins, les enseignants. Enfin au niveau des affaires publiques, elle insiste en faveur d’un comité de facturation national, la revalorisation des instituts, l’utilisation de la presse pour corriger les abus, une fiscalité plus juste et mieux répartie, des impôts directs ne lésant pas les petits salaires, une politique salariale et une de logement. Au niveau des entreprises, il faut former le personnel, rédiger un code d’embauche, créer de nouveaux emplois, reconnaître les droits syndicaux.

Sur un plan plus général, il faut bannir le racisme et la corruption, réviser les valeurs, encourager la générosité et le volontariat.

Publicité