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Le dilemme
Il faut arrêter de tourner autour du pot. Au coeur de l?affaire Raddhoa, il y a une question qui mérite une réponse claire. Sommes-nous prêts à sacrifier nos libertés et nos droits sur l?autel de la sécurité et de l?ordre public ?
Personne ne conteste le fait que le chef de la Major Crime Investigation Team (MCIT) est un policier qui produit des résultats mais il y a de sérieux doutes sur la légalité des moyens qu?il utilise pour arriver à ses fins. L?opinion publique était d?abord circonspecte devant les nombreuses allégations de brutalité faites contre les hommes de Raddhoa, et réclamaient des preuves avant de porter un jugement. Mais les hommes de la MCIT chargés d?interroger Avinash Ramgotee ont eux-mêmes mis le doigt dans la plaie. Le suspect a expliqué hier au tribunal de Flacq qu?un de ses tortionnaires ?in enfonce so ledoi dan mo lestoma? alors qu?il était sur son lit d?hôpital. Le récit de ses sévices allégués est horrible.
Déjà avec la publication de la photo montrant les ecchymoses sur la plante des pieds de Ramdoollur Ramlogun, les appréhensions des uns et des autres étaient confirmées. Une ligne blanche a d?ailleurs été franchie dans ce cas car il y a eu mort d?homme. Un suspect est mort en détention, sous la surveillance de l?équipe de la MCIT. Les autorités se retrouvent désormais au pied du mur, confrontées aux réalités longtemps soupçonnées par l?opinion publique mais étalées au grand jour seulement depuis la dernière enquête sanglante de la MCIT.
Le gouvernement ne peut plus feindre d?ignorer le problème. Il doit décider s?il est prêt à cautionner l?usage de la force par la police sous le prétexte que cela rapporte des résultats. Le chef de la MCIT n?a pas en poche une formule magique pour forcer des suspects à passer aux aveux. Il doit bien procéder à des interrogatoires un peu musclés, si ce n?est pas pire, pour arracher les aveux avec un taux de réussite plus élevé que ses collègues. Si aucune décision n?est prise pour revoir la composition de l?équipe de la MCIT, c?est que pour le gouvernement, le besoin de sécurité domine le respect des droits humains et des libertés.
Dans l?immédiat, il y a un problème politique à gérer. La colère des citoyens en général, et des habitants de Lallmatie en particulier, pourrait s?intensifier si des sanctions ne tombent pas. Ainsi, quelques subalternes pourraient être arrêtés et inculpés de meurtre. Ces mesures expéditives ne pourront pas, pour autant, guérir le cancer. Aux grands maux, appliquons les grands remèdes.
Ceux qui tiennent des discours ronflants sur leur profond respect pour les droits individuels impressionnent pendant un temps mais ils s?empêtrent vite dans une forêt de contradictions si leurs actes ne suivent pas les paroles. Le pouvoir doit éviter cette posture ambiguë et reconsidérer les responsabilités qu?il a ordonnées au commissaire de police de confier au surintendant Raddhoa. Si la justice établit, par la suite, que les soupçons portant sur les méthodes Raddhoa n?ont aucun fondement, le chef de la MCIT devrait naturellement retrouver son poste.
Avec une situation économique qui se dégrade, les questions de sécurité deviendront plus préoccupantes et l?Etat policier renforcé. Sauf, si par conviction, le gouvernement tranche en faveur du respect des libertés.
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