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Une augmentation du pain était-elle nécessaire ?
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Une augmentation du pain était-elle nécessaire ?
Oui
Jay Dussoye propriétaire de la boulangerie- pâtisserie Au champ de blé.
Pourquoi une nouvelle augmentation du prix du pain ?
Nous sommes une industrie en pleine déprime. Nos coûts ne font qu?augmenter, alors que le prix de notre produit phare, le « pain maison », demeure le même. Nous sommes lourdement déficitaires. Plusieurs d?entre nous auront à fermer boutique si cette situation perdure. Et ce n?est pas du chantage !
La dernière augmentation date de moins d?un an, début février 2004. N?exagérez-vous pas ?
Non. Le prix du « pain maison » avait augmenté de 15 sous, passant à Rs 1,35. Depuis, la profession a fait face à des augmentations de l?électricité, du gazole, du gaz, des matières premières et de la main-d??uvre.
De plus, nos clients sont exigeants, et si un « pain maison » est mal fait, le client ne le prend pas. Sur 1 000 pains fabriqués, il faut compter entre 50 et 100 rejects. Toute étude sérieuse prouvera que, depuis février 2004, nous avons subi une hausse de 70 à 80% de nos coûts.
D?où votre demande pour que le prix du pain soit désormais à Rs 2,25 ?
C?est le seuil où nous arriverons à assurer la rentabilité de notre entreprise. Je le répète : le prix de nos matières premières ne cesse d?augmenter. Même le pain au beurre, mis en vente à Rs 5, n?est plus rentable.
Vu les déficits chroniques de la profession, il est évident qu?il n?attire plus. En plus des 14 à 15 heures minimales où l?on est sur pied, il faut, pour une boulangerie de taille minimale, un investissement de Rs 6 à 7 millions. Comment voulez-vous attirer des investisseurs dans un tel secteur? Et comment attirer des jeunes formés au métier de boulanger-pâtissier? Il nous faut au minimum une hausse de 90 sous.
Le Mauricien est-il prêt à payer son « pain maison » plus cher ?
Le Mauricien n?est pas conscient qu?il paie son pain bon marché. La preuve ? On n?a qu?à voir, chaque jour, la quantité de pains achetés mais non consommés qui se retrouvent à la poubelle.
NON
Mosadeq Sahebdin porte-parole de l?Institut pour la protection des consommateurs (ICP).
Les boulangers ont obtenu une hausse du prix du pain. Êtes-vous favorable à cela ?
Nous sommes contre cette augmentation, car nous estimons qu?elle n?est nullement justifiée. Il faut savoir que le « pain maison » ne constitue qu?une partie des ventes des boulangeries, qui commercialisent également des pains dits spéciaux et des produits de pâtisserie. Il faut savoir que, pour ces deux derniers produits, les prix sont libres et les profits conséquents.
Les boulangers affirment pourtant que le « pain maison », qui constitue l?essentiel de leurs ventes, est lourdement déficitaire?
Dans les motivations qu?ils ont soumises aux autorités, les boulangeries affirment qu?elles ne peuvent « subventionner » le prix du « pain maison » à partir des profits réalisés sur les pains spéciaux. C?est intellectuellement malhonnête, car ils sont titulaires d?un permis de boulanger-pâtissier. C?est une même patente qui recouvre les deux activités. C?est comme si on disait qu?un marchand de dholl-puri et de rotis tient deux caisses distinctes pour cela.
Vous semblez ne pas accorder de crédit aux boulangers qui disent faire des pertes?
Cela fait des années que nous demandons aux autorités une enquête indépendante du Mauritius Audit Bureau (MAB) sur l?industrie de la boulangerie. Cette étude permettra de dresser un tableau fiable de la situation des boulangers-pâtissiers de l?île, et de dire si pertes il y a. Il faut savoir que le ministère du Commerce se fonde sur une enquête datant de 1987 pour déterminer le prix des différents pains. Mais, à l?époque, la majorité des boulangers n?offraient pas de pains spéciaux et de pâtisseries. L?en-quête du MAB permettra de décider si une augmentation est justifiée.
Êtes-vous satisfait du rôle du ministère du Commerce ?
Il est peu présent sur le terrain. Il n?y a aucun contrôle quant au poids du pain et à sa qualité. De nombreuses boulangeries offrent des pains sub-standard. Le ministre Rajesh Jeetah semble être le seul Mauricien à ne pas être au courant des doléances de la population.
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