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Au travail !

7 janvier 2006, 20:00

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Par Ariane CAVALOT-DE L'ESTRAC

Elle a pris coup sur coup sans broncher. L?électricité, l?essence, le pain? Elle a à peine grommelé d?avoir été arrachée de la torpeur des festivités. Tant mieux, la population commence à comprendre. Comprendre l?inévitabilité de mesures douloureuses. L?opposition, au lieu d?en profiter pour allumer une colère qui n?a pas lieu d?être, devrait adopter la même sobriété.

Ces hausses-là ne sont que des ajustements que le prix fluctuant du pétrole et une trop longue pression sur les caisses publiques ont rendu nécessaires. Contrairement à d?autres pays qui subissaient des hausses en cascade, nous n?avons connu en 2005 qu?une faible inflation. Il s?agissait de le corriger ; c?est un début. En attendant les catastrophes annoncées, qui auront d?autres incidences sur nos budgets, ces décisions-là agissent comme autant de signaux. Ils n?appellent qu?une réaction : changer son train de vie et se mettre au travail.

Ailleurs, là où l?économie peine, les réflexes ont changé. Le consommateur recherche du « low cost » pour certains postes de dépense afin de se desserrer la ceinture pour d?autres. Et il ne peste pas contre « le gouvernement » mais se relève les manches. C?est par le travail, seul susceptible de créer la richesse et d?augmenter le pouvoir d?achat que l?on pare les coups. Le retour de vacances est une bonne occasion de réflexion personnelle sur la qualité de l?effort à fournir.

C?est bien de qualité qu?il est question. Le débat sur la quantité de congés publics ou la longue coupure de fin d?année ne fait qu?effleurer le problème. Nos dirigeants auraient certes pu être plus prudents en évitant autant de tentations de « ponts » dans le calendrier de jours fériés ? cinq ! ?, il reste faux de penser que ceux des pays étrangers en ont moins que nous. Le débat est plutôt sur l?obligation que l?on doit se sentir, dans les jours non chômés qui doivent le rester qu?il pleuve ou qu?il tonne, de donner des résultats afin de stimuler toute la machine sur le plan national.

Pour que cette obligation imprègne le comportement du travailleur, certains automatismes dans la politique salariale seront appelés à changer. Parce qu?il ne lui est pas épargné non plus l?obligation de résultat, le gouvernement devra s?atteler à ce changement pour accroître une productivité qui, ne s?améliorant pas d?année en année, freine nos progrès. Corollaire de cette mesure, ce sont les mérites seuls qui devront être récompensés. Une société qui reconnaît la valeur du travail doit donner des signes que cette reconnaissance est basée sur le travail bien fait, de quelque type qu?il soit.

Cela implique également une valorisation officielle des métiers. Le projet de Chambre de métiers, qui consiste à donner aux professions manuelles et techniques un statut en reconnaissant le savoir-faire qu?il nécessite, est aux oubliettes alors qu?il a déjà été identifié comme une aide à l?emploi pour toute une masse de demandeurs de faible niveau académique. La barrière psychologique qui empêche d?aller vers des tâches où nous manquons de bras est réelle et notre projet de dresser d?autres piliers risque d?être illusion si elle est ignorée.

Avec l?image qu?ont les métiers de la mer, qui donc ira tenir spontanément le pilier aquaculture ou celui de l?« ocean industry », si la bijouterie, par exemple, un métier où l?on ne se salit guère les mains, a du mal à séduire ? Par des annonces régulières, un grand bijoutier du pays se remet ces jours-ci à chercher des ouvriers. Il avait procédé au même exercice il y a peu sans arriver à intéresser personne. C?est un fait : le travailleur mauricien reste conservateur, ne cherche à faire que ce qu?il sait faire, parfois le moins possible, hésite à explorer d?autres créneaux, cultive des préjugés sur certaines professions, et attend « le statut ». Ce manque d?audace nous empêchera de décoller.

La responsabilité du citoyen, alors que les dirigeants travaillent à remettre des piliers à l?économie, c?est de véhiculer jusqu?au créateur d?emploi, cet investisseur que l?on appelle de tous nos v?ux, l?image d?un peuple de travailleurs doués, ambitieux, qui n?est pas arrêté par de longues heures de travail, avides de s?ouvrir à de nouvelles techniques, de développer une nouvelle expertise. L?image d?un peuple qui a compris qu?il doit contribuer à sortir son pays de la crise.

En ce lundi 9 janvier, ce peuple sera bien reposé.

Au travail, maintenant !

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